Mesurer les transformations :

Évaluer et améliorer l’impact du microcrédit

 

DEUXIÈME PARTIE

 

 

 

 

Mise en place des évaluations d’impact et des systèmes de suivi : Le point de vue des praticiens en Zambie

 

 

Susy Cheston, Directeur exécutif, Women's Opportunity Fund

Larry Reed, Administrateur, Opportunity International Network

Suzy Salib, Responsable de programme, Women’s Opportunity Fund

 Rodger Voorhies, Directeur régional adjoint pour l’Afrique, Opportunity International Network

James Copestake, Centre for Development Studies, Université de Bath (Royaume-Uni)

 

 

 

Mise en place des évaluations d’impact et des systèmes de suivi : Le point de vue des praticiens en Zambie

 

Introduction

 

Nunya, adidoe, asi metunee o. (Akan and Ewe)
La science est le tronc d'un baobab [1]qu'une seule personne ne peut embrasser 
                 

                                                                                                                   --Proverbe en usage au Bénin, au Ghana et au Togo

 

Ce proverbe africain offre une bonne métaphore pour l’évaluation d’impact – c’est une tâche aussi impossible que d’essayer d’embrasser le tronc d’un baobab. Mais en joignant nos forces, nous pouvons accomplir ce qui semble impossible à une ou deux personnes.

 

Lors du Sommet des Conseils sur le microcrédit organisé en 1999 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, nous avons tenté l’impossible et essayé d’appliquer ce proverbe. Nous avons invité les praticiens, les bailleurs de fonds, les consultants et les universitaires à se concentrer sur notre objectif ultime, faire sensiblement reculer ou éliminer la pauvreté dans nos pays clients. Nous avons également lancé un appel à l’action, en invitant les praticiens à prendre les devants et à élaborer des systèmes d’évaluation et de suivi d’impact qui utilisent des boucles de rétroaction interne pour intégrer les informations recueillies sur le terrain dans les décisions prises par la direction. Utilisant l’analogie d’un audit financier, nous avons défini le concept d’audit d’impact :

 

·          Fournit une analyse des tendances passées et produit des résultats comparables aux données d’impact antérieures;

·          Intègre la collecte des données dans le système d’information d’une institution ;

·          Fait appel aux services internes, en limitant le rôle des experts extérieurs ; et

·          Ne coûte pas plus que le suivi et la vérification des données financières.

 

Un an plus tard, nous sommes satisfaits des progrès appréciables réalisés dans notre secteur. La Campagne du Sommet sur le microcrédit continue d’insister sur cette question, avec une mise à jour de notre premier rapport et en lui accordant la priorité dans les réunions régionales organisées en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Nous sommes également fiers d’annoncer la publication de la version préliminaire du Manuel sur l’évaluation d’impact SEEP-AIMS financé par l’USAID [2], la mise en place intégrale des outils aux Philippines et au Pérou, ainsi que les sessions de formation récemment offertes aux États-Unis et au Kenya. Nous félicitons la Fondation Ford de s’être jointe à ces efforts avec un nouveau projet financé par une subvention de trois ans pour aider les praticiens à atteindre leurs objectifs d’évaluation d’impact. Enfin, nous saluons le maintien du groupe de travail sur l’impact du réseau SEEP pour promouvoir les échanges d’information entre homologues. Ensemble, ces efforts démontrent que, tout comme une seule pesonne ne peut embrasser le tronc d’un baobab, les praticiens ne peuvent créer ces systèmes à eux seuls. Les bailleurs de fonds, les praticiens, les universitaires et les consultants ont tous un rôle important à jouer.

Dans cette nouvelle version de notre rapport, nous continuons à mettre l’accent sur les praticiens en posant la question suivante : “en quoi consiste le suivi d’impact du point de vue du praticien?” Nous sommes conscients qu’il n’y a pas de réponse simple, pas de remède miracle pour répondre aux besoins de tous. Il faut du reste utiliser différentes combinaisons d’outils et systèmes selon le contexte et l’objectif poursuivi. Notre propos est d’examiner comment les responsables peuvent utiliser l’évaluation et le suivi d’impact comme outils essentiels de décision et d’apprentissage organisationnel.

 

Pour ce faire, nous prendrons le cas d’un praticien qui entreprend de mettre en place un système intégré de suivi d’impact qui, bien qu’il soit encore au stade embryonnaire, incarne le type de travail d’équipe mené par les praticiens que nous recommandons. Le Christian Enterprise Trust of Zambia (CETZAM) a travaillé en étroite collaboration avec son bailleur de fonds principal, le Département britannique pour le développement international (British Department for International Development - DFID), pour mettre en place un système bien intégré dans ses opérations courantes. Son expérience reflète un ensemble de besoins spécifiques alors qu’il met sur pied un plan d’expansion nationale afin de créer un système d’information fiable qui permette de prendre des décisions avisées. Mais, bien que les résultats soient préliminaires et que le système ne soit pas encore au point, l’expérience du CETZAM pourrait éclairer les problèmes communs auxquels se heurtent de nombreux praticiens.  Parmi les questions soulevées citons :

1.      Comment le CETZAM a-t-il adapté et mis en place ses outils d’évaluation et de suivi d’impact ?

2.      Quels sont les premiers résultats et  comment les responsables les ont-ils utilisés pour prendre des décisions plus axées sur le client ?

3.      Ces efforts sont-ils efficaces par rapport au coût ? Sont-ils conformes aux règles d’un audit d’impact ?

4.      Quelles leçons le CETZAM a-t-il tiré de cette expérience ? Que reste-t-il à faire ?

 

Le CETZAM a appris tout autant, sinon plus, du processus d’élaboration et de mise en place d’un système de suivi d’impact que des résultats préliminaires. Nous espérons donc qu’en partageant l’expérience du CETZAM, les autres praticiens pourront également tirer des enseignements de ce processus et réfléchir aux moyens d’utiliser l’évaluation et le suivi d’impact comme outil de gestion essentiel au service de leurs clients, tout en restant compétitifs et en remplissant leur mission de lutte contre la pauvreté [3].

 

Pourquoi le CETZAM et le DFID se préoccupent-ils de l’impact?

 

Le CETZAM met l’accent sur l’évaluation d’impact pour deux raisons principales : 1) sa mission; et 2) son environnement concurrentiel. Basé à Kitwe, en Zambie, il a été fondé en 1995 par un groupe d’hommes d’affaires et de représentants de la société civile en Zambie. Le Conseil a pour mission de “transformer la vie des pauvres” en “offrant des possibilités de création d’emplois et de revenu grâce à des services de crédit et de formation.” La mission du CETZAM, permettre aux clients de devenir des agents de transformation dans leur communauté, est également celle de tous les autres membres du réseau International Opportunity Network.  Le réseau a défini la “transformation” comme étant “un changement positif en profondeur dans les croyances, les valeurs, les attitudes, les actions, les relations et les structures qui se traduit par un niveau d’existence supérieur pour l’individu et/ou la communauté”. La transformation peut être économique, sociale, politique ou spirituelle  [4]. En évaluant et en observant la transformation générale de ses clients, le CETZAM est mieux à même de déterminer s’il accomplit sa mission.

 

Parallèlement, si sa mission était le fondement de son initiative, son environnement concurrentiel est une autre raison de plus en plus importante de mettre l’accent sur l’impact. Le CETZAM est aujourd’hui le premier prestataire de services de microfinancement en Zambie. Mais des changements se profilent à l’horizon avec la création de nouvelles institutions de microfinancement. C’est pourquoi le CETZAM doit également savoir si ses clients ont des expériences négatives susceptibles de détériorer leur qualité de vie ou de les inciter à laisser tomber le CETZAM et à faire appel à d’autres services. Il est essentiel de comprendre le processus dynamique qui permet de conserver les clients pour assurer la croissance et l’expansion du CETZAM, de même qu’il doit se procurer d’autres renseignements sur ses clients par le biais d’études de marché. Pour le CETZAM, le suivi d’impact et les études de marché sont complémentaires et étroitement liés.

 

Comme le CETZAM, le Département britannique pour le développement international (DFID) suit une stratégie de lutte contre la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie en Zambie [5]. Il désire également s’assurer que les institutions auxquelles il fournit une assistance en Zambie et ailleurs en Afrique sont viables. C’est pourquoi lorsqu’il a accordé au CETZAM une subvention initiale de £2,29 million (US$3,45 million)  pour quatre ans en 1998, le DFID a inclus £98 000 (US$147 470) pour la mise en place d’un système d’évaluation et de suivi d’impact. Le DFID ne voulait pas “recommencer à zéro” dans chaque nouveau pays ni avec chaque nouvelle proposition de financement. Il voulait utiliser les outils, les systèmes et les résultats déjà réunis par le CETZAM pour prendre des mesures appropriées dans d’autres pays d’Afrique centrale. En fait, tous les grands programmes de microfinancement financés par le DFID dans la région comprendront des systèmes d’évaluation et de suivi d’impact. Bien que la somme accordée au CETZAM soit supérieure à ce qui est généralement considéré comme des projets “à faible coût”, elle représente donc un investissement à long terme dans la région.

 

 

A quelles questions le CETZAM voulait-il répondre ?

 

Alors qu’il poursuit ses objectifs de transformation et de viabilité globales de ses clients, le CETZAM doit relever un triple défi — par exemple maximiser la couverture, la qualité et l’impact. La portée de la couverture est simple à mesurer. Le CETZAM utilise une méthode d’octroi de prêts pour lutter contre la pauvreté de certains groupes appelés “Trust Banks” (“Banques de fiducie”) visant à atteindre les éléments les plus démunis des pauvres installés à leur compte, tout particulièrement les femmes [6]. Cette méthode a permis au CETZAM de desservir 1 700 clients dans les 10 premiers mois. Deux ans après le lancement du programme [7], le CETZAM compte 7 500 clients et possède des bureaux à Kitwe, Ndola, Chingola, Mufulira et Kalalushi, ce qui dépasse tous ses objectifs d’aide financière. Au cours des cinq prochaines années, le CETZAM espère avoir une couverture nationale avec 24 bureaux qui offriront des services aux particuliers à travers le pays.

 

De même que la couverture, la qualité du portefeuille a été facile à évaluer. Le taux d’arriérés (plus de 30 jours) est actuellement de 1,71 pour cent, et 1,99 pour cent du portefeuille est classé dans la catégorie à risques (plus de 30 jours). Malgré la forte croissance du CETZAM, il a par conséquent maintenu un haut niveau de performance.

 

Mais contrairement à la couverture et à la qualité, l’impact a été difficile à évaluer car les mesures types utilisées dans le secteur sont insuffisantes. C’est pourquoi le CETZAM a dû déterminer les questions auxquelles il voulait répondre et pourquoi. Le conseil a entamé le processus au niveau stratégique en définissant quels types de changement il recherchait. Sur la base de ces orientations, l’équipe de direction du CETZAM a identifié les quatre questions suivantes :

 

·        Atteignons-nous les clients sur notre marché cible et avons-nous des effets positifs sur leur vie ?

·          Atteignons-nous nos objectifs de création de revenu et d’emplois ?

·          Encourageons-nous des changements positifs dans la vie économique, sociale et spirituelle de nos clients ?

·          Combien de clients abandonnent notre programme ? Quand ? Pourquoi ?

 

Pourquoi ces quatre questions ? Tout d’abord, bien qu’il ait pu facilement mesurer l’ampleur de  la couverture, le CETZAM voulait également connaître le profil de cette couverture étant donné que son principal instrument de prêt était destiné aux plus démunis des pauvres installés à leur compte.

 

Ensuite, les objectifs de création de revenu et d’emplois étaient inclus dans l’ordre de mission du CETZAM. À cette fin, deux impacts mesurables spécifiques ont été retenus pour la première année : 1) un accroissement moyen de 20 pour cent du revenu tiré par les clients de leur entreprise ; et 2) l’amélioration de la situation professionnelle et des conditions de vie personnelles de 75 pour cent des clients [8].

 

Troisièmement, le CETZAM avait suivi dès le départ une approche centrée sur le client pour élaborer ses produits et gérer le programme. Trois mois après le lancement du programme, il a  réalisé une enquête détaillée auprès des parties prenantes (clients, chefs communautaires, membres du conseil et bailleurs de fonds). Le CETZAM a utilisé les réponses pour déterminer ce que les principaux intéressés attendaient des prêts pour améliorer la vie des clients et leur communauté. Ces commentaires ont fourni des critères supplémentaires qui ont permis au conseil et à la direction du CETZAM de mesurer l’impact et mentionnaient des changements positifs dans la vie économique, sociale et spirituelle des clients.

 

Enfin, le CETZAM a compris que la satisfaction du client est essentielle à sa viabilité à long terme. Le taux de rotation élevé des clients coûte cher ; il pourrait également signifier que les produits et services du CETZAM ne sont pas adaptés aux besoins des clients, ou qu’ils ont eu un impact négatif sur leur vie.

 

 

Comment le CETZAM a-t-il sélectionné son équipe de consultants ?

 

Avec le DFID, le CETZAM a recherché une équipe de consultants capable d’aider à concevoir un système pour répondre à ces questions. Il était essentiel pour la direction du CETZAM de trouver une équipe de consultants :

·          Expérimentée en matière d’élaboration d’outils d’évaluation et de systèmes de suivi d’impact, plus particulièrement dans la région ;

·          Familiarisée avec le contexte et la culture locaux ; et

·          Capable de fournir rapidement un appui et une formation sur place. 

 

Le CETZAM a retenu un cabinet-conseil zambien,  M&N Associates, avec le Centre for Development Studies à l’Université de Bath au Royaume-Uni. L’équipe venait de réaliser une étude d’évaluation d’impact du programme de microfinancement CARE/PULSE à Lusaka, mais elle était enthousiaste à l’idée d’élargir son approche (étude unique) en aidant à mettre en place des systèmes de suivi et d’évaluation d’impact permanents [9].

 

Leur premère tâche a consisté à dresser un plan fondé sur les critères suivants : a) suivre une orientation fournissant des résultats utiles sur l’impact au niveau du client et l’abandon des clients qui aiderait les responsables du CETZAM à prendre de meilleures décisions ; b) reconnaître que le programme du CETZAM est récent mais progresse rapidement ; et c) utiliser d’autres outils et systèmes déjà éprouvés ailleurs. Pour créer une bonne ambiance de travail avec les services et la direction du CETZAM, il s’est avéré essentiel de préciser le rôle des consultants et les objectifs du projet. Les consultants avaient les responsabilités suivantes :

 

·        Conception des outils

·        Expérimentation des outils

·        Formation du Zambien chargé de suivre l’impact (Impact Monitoring Officer – IMO)

·        Supervision du travail d’enquête et de codage des données de l’IMO

·        Analyse et rédaction de rapport trimestriels.

 

 

Comment le CETZAM a-t-il adapté et mis en place les outils ?

 

Compte tenu de ces priorités et tâches, trois principaux outils d’évaluation et de suivi d’impact ont été choisis : a ) examen des ressources, b) enquête d’impact (enquête de comparaison par sondage) et c) enquête de sortie.  Le CETZAM a adapté ces outils et les a mis en place comme suit :

 

Examen des ressources : L’examen des ressources est un outil de classification de la pauvreté qui permet de déterminer si les habitants d’une région donnée correspondent au groupe cible et de répondre aux conditions requises pour être des clients potentiels. Dans ce processus, il réunit des données économiques et sociales qui peuvent servir de référence. Le CETZAM a effectué son examen des ressources en s’inspirant de ceux utilisés par d’autres partenaires de l’Opportunity International Network.  Les quelques adaptations nécessaires pour répondre au contexte zambien portaient sur l’identification des facteurs démographiques qui représentaient le segment de marché cible.  En Zambie, ces facteurs comprenaient des critères tels que le nombre de personnes à charge, le nombre d’enfants scolarisés et le soutien financier fourni par le conjoint ou son interférence avec la participation du client au programme du CETZAM. 

 

Les chargés de prêt effectuent l’examen des ressources au domicile ou dans l’entreprise du client potentiel une fois que celui-ci a assisté à la première réunion d’information de la Trust Bank. Cet examen est une condition préalable à la poursuite du processus d’orientation et à l’octroi d’un prêt.

 

Enquête d’impact : L’enquête d’impact compare les clients qui participent au programme depuis un an avec un “groupe de comparaison” de clients comparables qui suivent l’orientation initiale. L’enquête a été choisie parce qu’elle fournit des données quantifiables et relativement faciles et rapides à interpréter, tout en aidant à constituer une base de données qui pourra être analysée ensuite plus rigoureusement dans un cadre analytique quasi-expérimental.

 

Les questions formulées à partir de l’enquête utilisée par CARE/PULSE à Lusaka ont également été appareillées avec celles posées dans d’autres enquêtes menées en Zambie auprès des entreprises et des ménages. Cela permet d’obtenir des données comparables avec celles d’autres enquêtes. Sur la base des directives AIMS, l’enquête a été mise au point après deux séries de questions préliminaires posées aux clients du CETZAM. Les questions suivantes figurent parmi les questions ainsi formulées :

·          Quel était le bénéfice brut de votre entreprise principale pour le dernier mois complet ?

·          Combien d’employés salariés à temps complet aviez-vous le mois dernier ? Il y a un an ?

·          Comment décririez-vous votre rôle dans les décisions de votre ménage ?

·          Cotisez-vous à un centre de santé ?

 

Le CETZAM tenait à mener à bien son enquête, mais ses chargés de prêt ont davantage mis l’accent sur l’examen des ressources et les impératifs d’expansion et de croissance. Il a donc créé un nouveau poste de chargé de suivi d’impact à temps complet (IMO - impact monitoring officer) afin de mener les enquêtes et de coder et saisir les données. Bien qu’il ait été officiellement recruté par le cabinet-conseil zambien, l’IMO est secondé par le CETZAM et travaille en étroite collaboration avec le bureau du chargé de prêts [10].

 

Enquête de sortie:  L’enquête de sortie est une adaptation d’une enquête type mise au point et documentée par Carter Garber dans le manuel AIMS préliminaire. (L’enquête AIMS est elle-même tirée d’une enquête initialement mise au point par le Women’s Opportunity Fund et utilisée par d’autres programmes de Trust Bank au sein du réseau Opportunity International Network. Le CETZAM a donc pu utiliser un processus éprouvé de questionnaires, d’adaptation et d’échange de pratiques optimales et poursuit ce processus avec ses propres méthodes d’expérimentation.) L’enquête de sortie reprend les questions sur la satisfaction des clients posées dans l’enquête d’impact et aide à répondre à la question : “Combien de clients abandonnent le programme ? Quand ? Et pourquoi ?”  Voici quelques questions spécifiques :

·          Quel était l’avantage principal de souscrire à une Trust Bank ? L’inconvénient principal ?

·          Comment avez-vous trouvé les réunions hebdomadaires ?

·          Pour quelle raison principale avez-vous quitté votre Trust Bank ?

·          Votre départ est-il temporaire ou définitif ?

 

Les clients du CETZAM économisent 10 pour cent de leur prêt sous forme d’épargne obligatoire et les chargés de prêt devaient initialement administrer l’enquête de sortie à chaque client avant qu’il retire la somme épargnée. Mais poussés par les besoins d’expansion, les chargés de prêt effectuaient le sondage à la va-vite ou pas du tout. En conséquence, l’IMO a été chargé de procéder aux entretiens de sortie auprès d’un échantillon aléatoire de clients de la Trust Bank dans différents cycles de prêt.  

 

Bien que cela représente un “coût de transaction” supplémentaire pour les clients, les entretiens de sortie donnent aux clients la possibilité d’exprimer directement et au moment opportun leur satisfaction ou leur mécontentement à l’égard des produits et services du CETZAM. Les clients peuvent également aborder des questions qui ne figuraient pas dans l’enquête d’impact, ce qui peut aider à interpréter d’autres réponses.

 

 

Quelles sont les premiers résultats ?

 

Le CETZAM a effectué deux séries d’enquêtes de suivi trimestrielles, la première en janvier 2000 et la deuxième en mai 2000. La première série portait sur 81 clients dont 41 clients participant au programme depuis un an et 40 clients “nouveaux” dans le groupe de comparaison pour lesquels on avait procédé à un examen des ressources mais qui n’avaient pas encore reçu de prêt. La deuxième série portait sur 104 clients, dont 60 clients existants et 44 clients dans le groupe de comparaison [11].  

 

Le CETZAM voulait obtenir des réponses à ses questions sur l’impact mais sans tomber dans le piège qui aurait consisté à mesurer l’impact sur une période trop brève. Les deux premières séries ont permis de mettre au point les outils d’analyse et d’identifier les questions nécessitant des recherches plus poussées. Les données préliminaires sur le marché cible ont permis d’établir la répartition des clients par sexe, leur nombre moyen de personnes à charge et leur accès aux services publics tels que l’électricité.

Les enquêtes ont également fourni des renseignements préliminaires intéressants sur les changements économiques, sociaux et spirituels intervenus dans la vie des clients, en particulier :

·          Vie professionnelle : 93 pour cent des clients existants ont indiqué que le fait d’appartenir à une Trust Bank avait élargi leurs relations professionnelles et leur avait donné de nouvelles idées. 55 cinq pour cent ont également indiqué que cela les aidait à gérer leur entreprise, 27 pour cent ont dit que cela les avait aidé à développer leur entreprise et 10 pour cent que cela les avait aidé à transformer leur entreprise.

·          Santé : 62 pour cent des clients existants ont indiqué qu’ils étaient affiliés à  un centre de santé, contre seulement 38 pour cent dans le groupe de comparaison [12].

·          Prise des décisions : 33 pour cent des clients existants ont indiqué qu’ils prenaient la décision finale en ce qui concerne les activités professionnelles et les dépenses du ménage, contre 13 pour cent dans le groupe de comparaison [13].

·          Aptitudes à diriger  : 87 pour cent des clients existants estiment que le fait d’appartenir à une Trust Bank a amélioré leur autorité personnelle.

 

Outre ces données d’impact au niveau du client, le CETZAM s’intéressait également à la dynamique qui sous-tend la décision d’abandonner le programme. Son système d’information fournit des chiffres sur le nombre de clients qui abandonnent le programme mais il n’indique pas quand ni pourquoi les clients prennent cette décision. Les réponses des clients existants aux questions sur la satisfaction dans l’enquête d’impact ont cependant fourni quelques éléments d’information, en particulier :

·          Taille du prêt : 9 pour cent des clients ont déclaré que le montant des prêts était insuffisant (contre 29 pour cent dans la première série).

·          Taux d’intérêt : 10 pour cent estimaient que les taux  d’intérêt étaient trop élevés (contre 32 pour cent dans la première série).

·          Périodicité des remboursements : 32 pour cent ont indiqué que les prêts devaient être remboursés trop rapidement (contre 76 pour cent dans la première série).

·          Conflit : 22 pour cent ont déclaré que leur prêt avait été une source de conflit.

 

 

Comment la direction du CETZAM a-t-elle pris les conclusions des enquêtes en compte dans ses décisions ?

 

Le CETZAM en est encore à la phase préliminaire de l’évaluation et du suivi d’impact, et la direction procède avec prudence pour introduire des changements substantiels basés sur les premiers résultats. La première série de données a du reste fourni de premières impressions qui ont changé avec les éléments d’information fournis par la deuxième série d’enquêtes. Cela a conduit le CETZAM à incorporer des outils d’évaluation d’impact qualitative dans la deuxième série afin d’obtenir des informations plus approfondies. Le CETZAM a également affecté davantage de ressources à son nouveau service interne d’études de marché. Ce service mettra au point des questions spécifiques sur le marché et chargera une entreprise locale de réaliser des projets spécifiques très détaillés. Ces deux éléments permettront de mieux comprendre la dynamique des résultats fournis par les questions sur la satisfaction des clients et l’enquête de sortie.

 

Dans l’intervalle, cependant, la direction du CETZAM a utilisé les données préliminaires tirées des deux premières séries d’enquêtes d’évaluation d’impact pour prendre des décisions davantage centrées sur le client dans les domaines suivants :

 

1.      Détermination du montant des prêts. Le premier rapport d’évaluation d’impact a indiqué que les nouveaux clients qui s’inscrivent au programme sont en moyenne plus pauvres et moins instruits que ceux qui se sont inscrits plus tôt. Le CETZAM pense que cela tient au fait que le programme a initialement été offert dans des communes plus pauvres. La direction du CETZAM a utilisé ces informations pour effectuer un sondage sur le montant moyen des fonds investis par les nouveaux clients dans leur entreprise. Comme il s’y attendait, ces clients avaient une entreprise plus petite et pouvaient donc contracter un prêt initial moins important que les clients qui s’étaient inscrits au programme un an plus tôt.

 

Le CETZAM a par conséquent travaillé avec les chargés de prêt pour renforcer la formation sur le calcul du montant des prêts et la constitution des groupes. Cela s’est traduit par un montant initial des prêts moins élevé et  un taux de croissance plus lent du montant des prêts consentis aux nouveaux clients. La réduction du montant du prêt initial aura à court terme un impact négatif sur ces emprunteurs, mais le CETZAM espère que cela évitera aux nouveaux clients les plus vulnérables de trop s’endetter. Parallèlement, il espère que leur chiffre d’affaires et le montant des prêts augmenteront peu à peu, avec un résultat positif à long terme pour ces clients.

 

Mais à côté de ces nouveaux clients plus pauvres, le CETZAM a également un autre groupe de clients qui ont indiqué que les prêts étaient insuffisants. C’est ce qu’ont affirmé 29 pour cent des clients existants dans la première série d’enquêtes de suivi. Le CETZAM a approfondi la question en rencontrant les chargés de prêt et en recueillant des informations supplémentaires. En fin de compte, étant donné le climat inflationniste de la Zambie, le CETZAM a décidé d’accroître le montant maximum du prêt initial de 40 pour cent. Cela correspond à une hausse de quelque 10 pour cent en tenant compte de l’inflation ; cela élargit également le rôle des chargés de prêt dans la détermination du montant approprié du prêt initial.

 

2.      Modification de la périodicité des remboursements.  Avant de recevoir les rapports de suivi d’impact, le CETZAM avait entendu dire que certains clients avaient des difficultés à faire des remboursements hebdomadaires. Le CETZAM entendait donc passer d’un remboursement par semaine à un remboursement deux fois par mois. Mais l’enquête de suivi d’impact a révélé que les clients étaient globalement satisfaits du système de remboursement hebdomadaire. La direction a donc finalement décidé de ne pas modifier la périodicité des remboursements, en demandant aux chargés de prêt d’insister auprès des clients pendant les sessions et les réunions hebdomadaires sur l’importance de faire un remboursement par semaine.

 

3.      Introduction de nouveaux produits. Après avoir étudié les commentaires selon lesquels le remboursement hebdomaire posait un problème, le CETZAM a découvert que la majorité des plaintes provenaient de clients qui en étaient à leur quatrième ou cinquième prêt. Ces clients faisaient de nouveaux investissements dans leur entreprise et avaient des besoins de trésorerie différents de ceux des clients qui n’en étaient qu’à leur premier ou deuxième prêt. Dotés de ces informations, le CETZAM a travaillé avec ces clients pour mettre au point un nouveau type de prêt mieux adapté à leurs besoins.

 

Le nouveau produit est un prêt aux groupes de solidarité. Conçu pour répondre aux besoins financiers des clients les plus prospères de la Trust Bank, ce produit récompense les clients qui ont remboursé leur prêt dans les délais en leur offrant des prêts plus importants avec des remboursements moins fréquents. Les groupes de solidarité comprennent cinq à sept membres qui ont obtenu et remboursé quatre prêts de la Trust Bank et qui peuvent documenter leurs flux de trésorerie des six derniers mois. Les prêts ont un montant maximum de 800 dollars US, une durée maximum de 18 mois et doivent être remboursés deux fois par mois. À ce jour, les clients ont respecté les échéances de remboursement.

 

Le CETZAM a également appris que les règles concernant les flux de trésorerie ne sont pas la seule charge financière des clients. L’enterrement d’un membre de la famille représente également une lourde charge financière qui limite leur aptitude à rembourser les prêts une fois par semaine ou deux fois par mois. Pour faire face à ce problème, le CETZAM a demandé à une compagnie d’assurance locale d’offrir une police d’assurance à un prix abordable qui couvre le coût des obsèques des clients et de six de leurs personnes à charge. Ce produit sera introduit en septembre 2000 et couvrira tous les emprunteurs du programme. Le CETZAM sera l’agent chargé de ce produit et les polices d’assurance seront souscrites par une compagnie d’assurance locale.

 

4.   Comprendre pourquoi les clients quittent le programme. Le système d’information du CETZAM indique que 25 pour cent des clients quittent le programme chaque année, ce qui correspond au taux d’abandon des autres programmes de prêt de la région mais reste inférieur au taux visé de 15 pour cent.  Le système d’information du CETZAM n’indique cependant pas quand ni pourquoi les clients abandonnent le programme.

 

Les réponses initiales des enquêtes de sortie semblent indiquer que le taux d’abandon est constant pendant cinq cycles de prêt. Si l’analyse finale le confime, le CETZAM peut étudier plus en détail pourquoi les clients abandonnent le programme. Il peut y avoir des raisons internes liées aux produits ou aux procédures du CETZAM (telles que de mauvais rapports avec le chargé de prêt), ou des raisons externes liées à l’économie ou à d’autres facteurs. Les commentaires recueillis suggèrent que la plupart des clients abandonnent le programme parce qu’ils ne peuvent pas rembourser, que ce soit pour cause de maladie, de décès dans la famille ou à cause de problèmes professionnels. Mais certains clients désirent peut-être simplement abandonner le programme pendant quelque temps et revenir plus tard. Le CETZAM prévoit d’analyser les données de l’enquête de sortie, de mettre en place les outils de suivi d’impact qualitatif et d’effectuer des études de marché plus approfondies afin de mieux apprécier ces tendances. 

 

5.   Améliorer son système d’incitation.  89 pour cent des clients existants du CETZAM étaient satisfaits ou très satisfaits de leur expérience. Mais le taux d’abandon est beaucoup plus élevé que le CETZAM ne le souhaite et des améliorations seraient possibles. En conséquence, le CETZAM a introduit une mesure du taux de rétention des clients dans le régime de primes qu’il offre aux chargés de prêt. Si un chargé de prêt a un taux d’abandon supérieur à 20 pour cent, il se voit privé d’une partie de sa prime mensuelle. Ce taux de 20 pour cent sera progressivement modifié, de même que la pondération du facteur de rétention des clients, à mesure que le CETZAM obtiendra des informations plus détaillées sur les raisons pour lesquelles les clients abandonnent le programme.

 

 

Comment les résultats sont-ils présentés ?

 

L’un des facteurs clés pour tirer parti des résultats est de les présenter rapidement aux clients, au personnel, à la direction et aux membres du conseil du CETZAM sous des formes diverses, notamment  :

 

·          Rapports trimestriels de suivi d’impact

·          Réunions trimestrielles d’information en retour

·          Rapports annuels de suivi d’impact

·          Groupes de discussion annuels

 

Les consultants rédigent les rapports trimestriels de suivi d’impact qui comprennent trois parties : a) un résumé des conclusions ; b) un tableau récapitulatif des données tirées de l’examen des ressources, des entretiens de sortie et des sondages ; et c) un rapport analytique qui interprète les différences dans les données de chaque catégorie d’indicateurs d’impact. Ces diverses informations en retour sont un autre élément essentiel pour garantir que le processus de suivi d’impact suit une orientation pratique et permet d’améliorer les décisions prises par la direction.

 

En utilisant ces rapports comme base de discussion, l’équipe de direction du CETZAM organise des réunions trimestrielles avec ses services afin de recueillir leurs commentaires sur les conclusions. Ils examinent les implications pour les opérations, les produits existants, les nouveaux produits potentiels, les systèmes d’incitation, les possibilités d’expansion, etc. Il s’agit d’un processus participatif qui encourage une discussion et une interprétation ouvertes des résultats.  Lorsque les membres du personnel sont ainsi impliqués, ils se sentent davantage responsables du processus et des résultats.

 

Le conseil du CETZAM examine également le rapport à la lumière de ce qu’il espérait accomplir et fournit ses commentaires lors de la réunion trimestielle. Des questions spécifiques (telles que la transformation globale) sont confiées à des comités chargés d’examiner ces questions. Ainsi, lorsque les résultats du suivi d’impact ont révélé que le montant du prêt initial posait des problèmes, le comité chargé du crédit a utilisé les conclusions pour aider le conseil à prendre des décisions de principe plus avisées.

 

À la fin de la première année d’évaluation et de suivi, les consultants soumettent un rapport récapitulatif annuel qui contient des résultats quantitatifs assortis d’explications sur les tendances dominantes et les questions qui se poseront en matière d’impact au niveau du client et de satisfaction du client. Ce rapport sera présenté au conseil, à la direction et aux services du CETZAM, ainsi qu’au DFID.

 

À partir de ce rapport, un cabinet local d’études de marché organisera un groupe de discussion annuel pour permettre aux clients de commenter les résultats. Les clients seront choisis au hasard et la discussion sera enregistrée au magnétoscope. La direction utilisera la discussion pour interpréter les résultats de l’enquête et améliorer le processus de suivi d’impact.

 

 

Ces mesures sont-elles conformes aux principes d’un audit d’impact ?

 

Nous avons présenté ce que le CETZAM a accompli jusqu’à présent, mais une question se pose : comment appliquer le concept d’audit d’impact dans la réalité ? Le CETZAM n’avait pas l’intention de mettre en place un système d’audit d’impact à proprement parler. Mais il serait intéressant d’examiner si les mesures prises sont conformes aux principes d’un audit d’impact exposés plus haut, c’est-à-dire si l’approche suivie par le CETZAM :

 

Fournit une analyse des tendances à long terme et des résultats comparables aux données d’impact antérieures? Oui.  Les données recueillies par le CETZAM contiennent des réponses de clients existants et des nouveaux clients qui servent de groupe de comparaison. L’an prochain, le groupe des clients existants comprendra des clients inscrits au programme depuis deux ans ainsi que des clients inscrits depuis un an. Et chaque année successive, le groupe des clients existants comprendra le groupe des clients les plus anciens (par exemple clients depuis cinq ans) et un autre groupe intermédiaire (par exemple clients depuis deux ans).  Ce vieillissement de l’échantillon permettra une analyse de l’évolution des tendances dans le temps. D’autre part, étant donné que les données de base proviennent d’un examen standard des ressources et que les données d’impact proviennent d’échantillons aléatoires de la population de clients, les futurs résultats seront comparables aux résultats antérieurs. Enfin, vu que les questions des enquêtes d’impact ont été tirées d’autres enquêtes auprès des ménages et sur le revenu réalisées en Zambie, les résultats peuvent être comparés aux données nationales et autres donnée externes.

 

Intègre la collecte des données avec le système d’information habituel de l’institution?  Oui et non. Le CETZAM suit ses données de suivi d’impact indépendamment de son système d’information sur le portefeuille (qui suit les décaissements et les remboursements de prêt). Cependant, les deux systèmes (impact et portefeuille) fournissent des données au système d’information et de prise de décision général qui présente des rapports pour les clients, les chargés de prêt, les responsables, les membres du conseil et les bailleurs de fonds. Le CETZAM considère son système d’information non pas comme une base de données unique mais comme un ensemble de systèmes qui, rassemblés, fournissent les informations nécessaires pour prendre des décisions avisées. La caractéristique la plus saillante de la base de données d’impact est donc la souplesse avec laquelle elle permet de recouper les données. Ainsi, les commerçants pourraient être plus satisfaits que les fabricants, ou les clients qui en sont à leur quatrième prêt sont peut-être moins satisfaits que ceux qui enpruntent pour la première fois. L’analyse par chargé de prêt, secteur d’activité, localité, cycle de prêt, âge du client, etc. peut aider à répondre à ces types de questions. Avec les données sur la couverture et la qualité du portefeuille, ces données permettent au CETZAM de prendre des décisions davantage centrées sur le client.

 

Utilise les services internes en limitant le rôle des experts extérieurs? Oui et non. Le CETZAM n’avait pas les moyens internes de mettre en place son propre système d’évaluation et de suivi d’impact. Avec le DFID, il a dû trouver le temps et les moyens financiers de créer des mesures, des outils et des systèmes pour le faire, et il a dû faire appel à des consultants extérieurs ayant les compétences et l’expérience requises.

 

Les consultants ont travaillé en étroite collaboration avec la direction du CETZAM pour mettre le système en place et former la personne chargée de suivre l’impact (IMO). Mais maintenant que le système est en place, le rôle des consultants a changé. Leur rôle consiste aujourd’hui davantage à assurer la qualité technique des données et de l’analyse, ainsi qu’à élaborer les outils d’évaluation qualitative et de suivi d’impact qui complèteront les outils quantitatifs existants.

 

Bien que le consultant joue encore un rôle significatif, il s’agit d’un rôle clairement défini et approprié aux yeux du CETZAM. La fonction essentielle du CETZAM est d’accorder des prêts et de créer de nouveaux services financiers, non pas de faire une analyse statistique des données d’impact ni d’élaborer de nouveaux outils d’évaluation et de suivi d’impact. L’IMO recruté et formé par le consultant local travaille en étroite collaboration avec les services du CETZAM.

 

Ne coûte pas plus cher qu’un système de suivi et de vérification des données financières? Cela dépend. Le CETZAM dépense actuellement environ £2 500 (US$3 762) par an pour son audit financier, contre un budget de £25 000 (US$37 620) pour la première année d’évaluation et de suivi d’impact. Mais ces deux chiffres ne sont pas directement comparables ; ils n’ont aucun point commun.  Le CETZAM a dû initialement recruter un directeur financier, des chargés de comptes et des aide-comptables pour suivre et analyser ses données d’impact. Mais contrairemenent aux données de vérification financière, les mesures, outils et systèmes n’existaient pas et ont dû être mis en place.

 

Sur les £25 000 dépensées la première année, £16 000 (US$24 077) ont été versées au consultant local recruté pour élaborer les instruments d’enquête, mettre en place le système de suivi, analyser les données et former l’IMO. La mise en place de ce type d’infrastructure ne figure pas dans les coûts comparables d’un audit financier, puisque que ces outils sont en place depuis longtemps.  Pour faire une comparaison équitable, il faudrait inclure les frais de gestion  de toutes les données financières et comptables, y compris le coût du programme informatique de gestion et les salaires du responsable financier, du chargé de comptes et des comptables [14].

 

Toutefois, bien que cela représente une somme non négligeable, il y a deux autres facteurs importants à considérer. D’une part, une fois que le système fonctionnera bien et que le CETZAM l’exploitera entièrement, il sera sensiblement moins onéreux. D’autre part, n’oublions pas que les coûts de suivi d’impact (y compris les honoraires du consultant) représentent moins de deux pour cent par an du portefeuille du CETZAM. Si les informations fournies par le suivi d’impact aident à réduire les arriérés ne serait-ce que de 1 pour cent et accroissent le taux de rétention de cinq pour cent, ces frais seront amortis. Pour le CETZAM, les avantages potentiels l’emportent largement sur les coûts. Ce sera de plus en plus le cas du fait qu’il utilise les mêmes techniques de collecte et d’analyse des données pour l’évaluation d’impact et les études de marché. 

 

 

Quelles leçons le CETZAM a-t-il tirées de ce processus ?

 

Les systèmes d’évaluation et de suivi d’impact peuvent être financés par des bailleurs sans être dictés par ces derniers. Le DFID et l’équipe de consultants ont été chargés de concevoir un système basé sur les besoins décisionnels du CETZAM. L’objectif n’était pas de fournir des données aux bailleurs de fonds, mais d’aider le CETZAM à accomplir sa mission, à rester compétitif et à mieux servir ses clients. Les services du CETZAM y ont veillé en collaborant étroitement avec l’équipe de consultants, le DFID et la direction du CETZAM. Et même si le CETZAM a utilisé des subventions extérieures pour mettre en place son système, les avantages  au niveau des décisions prises ont déjà convaincu le CETZAM d’utiliser son propre bénéfice d’exploitation pour effectuer des études de marché. Cela permettra de répondre aux questions sur la satisfaction des clients soulevées dans le suivi d’impact.

 

Les consultants jouent un rôle important dans la mise en place d’une infrastructure d’évaluation et de suivi d’impact. Le CETZAM aurait pu utiliser des outils standard d’évaluation et de suivi et les mettre en place de façon indépendante. Mais il souhaitait créer un système qui soit utile à la direction pour prendre ses décisions. Il n’avait pas les compétences internes nécessaires pour adapter les outils existants et réaliser une analyse des données qui fournisse des résultats valables pour la direction et les services du CETZAM. Mais il a clairement défini le rôle des consultants externes, apportant ainsi une valeur ajoutée à ses propres compétences. Il a ensuite sélectionné un consultant situé à proximité afin d’établir rapidement un bon climat de communication, de confiance et d’apprentissage mutuel.

 

Les mesures, les outils et le système ne sont pas statiques. Initialement, le CETZAM n’a utilisé que l’examen des ressources et l’enquête d’impact. Mais la première phase de collecte des données n’a pas véritablement abordé la dynamique qui sous-tend les abandons. L’équipe de direction a alors demandé au consultant d’élargir la section sur la satisfaction des clients dans l’enquête d’impact et d’ajouter l’enquête de sortie afin d’obtenir des données plus approfondies sur la rétention des clients. (Il est intéressant de noter que cette évolution signifie que les outils sont aujourd’hui plus similaires aux outils AIMS.)

 

Lorsqu’il est ressorti des premières réponses à l’enquête de sortie que les clients n’avaient peut-être pas répondu correctement, l’équipe de direction du CETZAM s’est renseignée auprès des chargés de prêt. Ceux-ci suspectaient que les clients hésitaient peut-être à leur dire pourquoi ils avaient abandonné le programme, de crainte de compromettre leurs chances d’obtenir d’autres prêts. Parallèlement, les chargés de prêt avaient mal administré les questionnaires, ou n’avaient simplement pas effectué l’enquête, pressés par le temps et les impératifs d’expansion. Le CETZAM a alors confié les enquêtes de sorties à l’IMO, ce qui a aidé à améliorer la qualité des réponses fournies.

 

L’intégration dans les opérations courantes aide à créer un sentiment de paternité au sein des services du CETZAM.  Au début du programme, les chargés de prêt craignaient que l’IMO ne soit là pour les surveiller. Mais en travaillant avec les chargés de prêt pour intégrer la mise en place des outils dans les opérations courantes, l’IMO a établi de bons rapports de travail qui ont atténué les craintes des chargés de prêt

 

La communication des résultats et le recueil des commentaires du personnel en temps opportun contribuent également à créer un sentiment de paternité dans les services du CETZAM. Mais aussi et surtout, les chargés de prêt ont rapidement observé les résultats produits par la collecte et l’analyse des données, ils ont été consultés en temps utile sur  les conclusions et ils ont vu que la direction prenait leurs commentaires au sérieux. Cela a créé un esprit de solidarité et de responsabilité vis-à-vis des efforts de suivi d’impact. 

 

Les résultats peuvent améliorer le moral. Bien que les chargés de prêt aient souvent une notion intuitive ou empirique des différents types d’impact, leur quantification peut démontrer leur influence sur les clients dans leurs rapports quotidiens avec eux. D’autre part, lorsque les chargés de prêt voient que les résultats positifs sont pris en compte dans le système de primes, cela peut les aider à se sentir mieux appréciés et les motiver à travailler plus dur.

 

Le processus et les résultats peuvent transmettre un message fort aux bailleurs de fonds et aux décideurs.  Même si les résultats du CETZAM sont préliminaires et qu’il lui reste beaucoup à faire pour améliorer son système, le conseil, la direction et le personnel ont endossé le concept de suivi d’impact. Au lieu de redouter les résultats, ils les utilisent pour mieux servir les clients, devenir plus compétitifs et remplir la mission de l’organisation. Les données et l’analyse fournies par le suivi d’impact sont également des outils plus efficaces que les anecdotes glanées ici et là lorsque le CETZAM cherche des informations complémentaires ou recommande des mesures aux responsables gouvernementaux en matière de microcrédit. Cela indique aux bailleurs de fonds et aux décideurs que le CETAM prend au sérieux sa mission de lutte contre la pauvreté.

 

Que reste-t-il à faire ?

 

Pour des organisations en pleine expansion comme le CETZAM, les ressources en personnel devront être accrues pour faire face à la croissance. Il n’y a pour le moment qu’un responsable du suivi d’impact. C’était initialement approprié car la clientèle du CETZAM était limitée et que le système n’était pas encore au point. Mais la croissance rapide du CETZAM et l’introduction d’outils d’évaluation d’impact qualitative nécessitent aujourd’hui de recruter deux autres personnes chargées du suivi d’impact. Rétrospectivement, le CETZAM aurait pu recruter une personne supplémentaire plus tôt pour accélérer la collecte des données de l’enquête de sortie et l’analyse des données de l’examen des ressources. À mesure qu’il se développe, le CETZAM devra s’efforcer de trouver le juste équilibre entre ses besoins d’évaluation d’impact et ses ressources en personnel.

 

De même, les organisations devront rechercher l’équilibre optimal entre l’option d’assurer elles-mêmes certaines fonctions d’évaluation et de suivi d’impact et le recrutement de consultants extérieurs pour se charger d’autres fonctions. La prise en charge interne de toutes les fonctions pourrait être un bon moyen à court terme de réduire les coûts. Mais en se concentrant sur son activité principale (l’octroi de prêts) et en laissant les consultants faire ce qui est leur spécialité (concevoir des outils d’évaluation et de suivi d’impact), le CETZAM estime qu’il a pu créer un système efficace à court terme et économique par rapport au coût à long terme. Quelles que soient les dispositions prises, cependant, les consultants et les services internes du CETZAM jouent des rôles critiques, et il est important de régler les nombreux problèmes contractuels pour assurer le bon déroulement du processus général.

 

Par ailleurs, la définition de critères d’évaluation de leur performance est également une urgente nécessité pour les organisations. Les audits financiers peuvent clairement comparer les pratiques financières internes avec les normes extérieures en vigueur. Il serait bon pour les organisations de microfinancement d’avoir un ensemble de normes communes en matière de “bonnes pratiques” qui les aideraient à évaluer leur impact tout comme elles évaluent leur converture ou la qualité de leur services. Entre temps, les organisations comme le CETZAM peuvent évaluer leur performance par rapport à des normes internes et examiner les tendances d’évolution.

 

L’évaluation d’impact et les études de marché pour obtenir de meilleures informations sur les clients représentent également un défi intéressant. Comme mentionné, l’approche suivie par le CETZAM  a pour double objectif d’évaluer l’impact et de fournir des données pour les études de marché. De son point de vue, ce ne sont pas deux options mutuellement exclusives mais complémentaires. C’est pourquoi le CETZAM consacre des ressources aux deux. Il met en place un nouveau système de codage des données d’impact de manière à pouvoir les recouper et les analyser de différentes façons dans les études de marché. Afin de réduire les coûts, cependant, la collecte et l’analyse des données pour des questions particulièrement détaillées des études de marché seront confiées à un cabinet local. Parallèlement, le CETZAM met actuellement en place des outils d’évaluation qualitative et de suivi basés sur des approches participatives. Ils permettront d’obtenir des données plus complètes sur les retombées économiques, sociales et spirituelles pour les clients à mesure qu’ils prennent de l’ancienneté dans le programme du CETZAM.

 

Enfin, alors que le CETZAM achève sa première année d’évaluation d’impact, il s’apprête à présenter les résultats à ses clients et à recueillir leurs commentaires dans le cadre de rapports et de groupes de discussion. Il est essentiel de continuer à mettre l’accent sur la participation et les réactions des clients si l’on espère obtenir des résultats utiles pour les clients et les autres décideurs. Donner la parole aux clients et offrir des moyens de réflexion par le biais du processus d’évaluation et de suivi d’impact est une tâche qui incombe à chacun.

 

 

Conclusion

 

Les objectifs du CETZAM ne sont pas identiques à ceux de toutes les institutions de microfinancement, et son approche ne peut être suivie “telle que” par n’importe quelle institution de microfinancement. D’autre part, le CETZAM est une organisation encore jeune, et son système d’évaluation et de suivi d’impact va évoluer à mesure qu’elle se développe. Ses efforts représentent une approche qui vise à mettre en place un système qui aide la direction à prendre de meilleures décisions, à améliorer les produits et services offerts aux clients, et à déterminer si elle accomplit sa mission de lutte contre la pauvreté. Nous espérons que les autres praticiens trouveront l’expérience du CETZAM enrichissante et contribueront eux-mêmes à enrichir cette expérience, en “embrassant le tronc du baobab” et en partageant leurs réflexions avec le secteur du microfinancement.

 

Pour tout renseignement complémentaire

 

Vous pouvez télécharger la version préliminaire du manuel AIMS sur le site http://www.mip.org/componen/aims.htm. Si vous désirez recevoir une copie des outils mis au point pour le CETZAM, veuillez envoyer un courrier électronique à info@microcreditsummit.org.

 

Les auteurs

 

Susy Cheston est directeur exécutif du Women’s Opportunity Fund, qui fournit une assistance technique et financière pour les prêts aux groupes de solidarité par le biais des Trust Bank. Larry Reed est administrateur de l’Opportunity International Network, un réseau mondial de plus de 50 organisations de microfinancement. Suzy Salib est responsable de programme au Women’s Opportunity Fund. Rodger Voorhies est directeur régional adjoint de l’Opportunity International Network pour l’Afrique et est basé à Kitwe, en Zambie. James Copestake travaille au Centre for Development Studies de l’Université de Bath au Royaume-Uni.

 

L’information pour contacte les auteurs:

 

Susy Cheston.  Email: scehston@opportunity.org  Fax: 1.202.393 6933

Larry Reed.  Email: lreed@opportunity.org  Fax: 1.630.645.1458

Suzy Salib. Email: ssalib@opportunity.org  Fax: 1.630.645.1458

Rodger Voorhies. Email: oizambia@zamnet.zm  Fax: 260.2.229.553

James Copestake. Email: hssjgc@bath.ac.uk  Fax: 44.122.582.6381

 

Les opinions exprimées ici sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement les vues de la Campagne du Sommet sur le microcrédit.



[1] Le baobab est un arbre d’Afrique dont le tronc en forme de baril peut atteindre neuf mètres de circonférence et 18 mètres de haut.

[2] Le réseau pour l’éducation et la promotion des petites entreprises (SEEP – Small Enterprise Education and Promotion) est une coalition d’ONG nord-américaines spécialisées dans le développement des microentreprises ; le projet d’évaluation de l’impact des services aux microentreprises (AIMS – Assessing the Impact of Microenterprise Services) est parrainé par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).

[3] Le CETZAM vient à peine d’entreprendre ces études d’évaluation d’impact et, bien que les résultats soient statistiquement fiables, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions générales. D’autre part, les résultats éclairent le comportement des clients avant et après l’intervention du CETZAM mais ils ne fournissent en aucun cas des explications. Les études d’impact du CETZAM en sont encore au stade préliminaire et, comme le dit le CETZAM, “il nous reste beaucoup à faire”.

[4] Les indicateurs de transformation économique peuvent comprendre l’accroissement du revenu des ménages ou l’accélération de la croissance, ou des changements économiques au niveau de la communauté ; les indicateurs de transformation sociale peuvent inclure une prise de confiance en soi ou l’amélioration des rapports sociaux ; les indicateurs de transformation politique peuvent inclure  une participation politique élargie et une plus grande parité entre les sexes ; et les indicateurs de transformation spirituelle peuvent être un plus grand respect des valeurs morales ou une plus grande liberté et de nouvelles aspirations.

[5] Note de stratégie sur la Zambie, DFID 1999.

[6] Les Trust Banks comprennent généralement entre 15 et 40 personnes, réparties en groupes de 5 à 7 membres. Plusieurs programmes de Trust Bank ont atteint un haut niveau de viabilité et d’efficacité financière en promouvant des objectifs économiques, sociaux et spirituels par le biais de la formation d’animateurs, de services communautaires et d’activités de formation organisées lors de réunions hebdomadaires.

[7] Au 1er juillet 2000.

[8] À noter qu’il est très difficile de mesurer le revenu des entreprises et des ménages ainsi que les changements dans la situation professionnelle et les conditions de vie personnelle. L’instrument de mesure utilisé par le CETZAM consistait en un entretien à long terme comprenant diverses questions.

[9] Copestake, J, 2000. “Impact Monitoring and Assessment of Microfinance Programmes : Scope for Integrating Impact Studies and Market Research”. Development in Practice, 10(4).

[10] Cette solution a donné de bons résultats, en assurant un haut degré de supervision technique par l’équipe de consultants et en protégeant le travail d’évaluation d’impact  des pressions de l’expansion, mais cela crée une certaine dépendance à l’égard des compétences techniques d’un individu et ne permet pas de développer une base de connaissances internes aussi rapidement (problème qui se pose pour tout travail hautement spécialisé). Cela changera lorsque le CETZAM mutera l’IMO au service de marketing, et avec le recrutement d’un second IMO. D’autre part, puisque l’IMO est au CETZAM tous les jours, il fait déjà partie de l’équipe. 

[11] Cela signifie que les deux premières séries d’enquêtes ont porté sur quatre groupes différents.

[12] Le CETZAM essaie de déterminer le comportement du groupe (les individus qui participent au programme) par rapport aux individus qui ne participent pas encore au programme (le groupe de contrôle). Le CETZAM utilise les nouveaux clients comme groupe de contrôle en faisant l’hypothèse qu’ils sont comparables avec les individus qui sont avec le CETZAM depuis un an. Le CETZAM teste ensuite cette hypothèse sur la base des données démographiques générales. Le CETZAM mesure les nouveaux membres au bout d’un an et détermine ce qui a changé.

[13] Les autres ont indiqué que les décisions étaient prises par l’époux, la famille, etc. C’est la différence entre les deux groupes qui est significative et non le nombre absolu.

[14] Le CETZAM a par exemple un directeur financier et 10 comptables qui gèrent ses informations financières. En supposant que cela représente une charge salariale globale de 2 500 livres sterling par mois (ce qui est raisonnable par rapport aux salaires gambiens), cela représente 30 000 livres sterling par an, soit plus que le coût du système de suivi d’impact. Ces chiffres sont purement indicatifs mais ils démontrent la nécessité de comparer les coûts toutes choses égales par ailleurs.