David S. Gibbons, Directeur Général, Service des prestations financières et
techniques, CASHPOR
Jennifer W. Meehan, Conseillère financière, Service des prestations
financières et techniques CASHPOR
Mise à jour en juin 2000
(Le présent document a été rédigé pour la réunion des Assemblées
du Sommet du Microcrédit tenu à Abidjan, Côte d’Ivoire, 24-26 juin 1999. Il a
été préparé pour répondre à la mission d’éducation de la Campagne du Sommet du
Microcrédit. Les opinions exprimées sont celles des auteurs.)
David S. Gibbons,
Directeur général, Service des prestations financières et techniques, CASHPOR
Jennifer W. Meehan, Conseillère
financière, Service des prestations financières et techniques CASHPOR
Mise à jour en juin 2000
L’autonomie financière
institutionnelle (AFI) est essentielle pour toute institution de microfinance
(IMF) désireuse d’obtenir les sommes considérables nécessaires pour apporter
une assistance réelle à un grand nombre de familles pauvres et très pauvres.
L’autonomie financière institutionnelle et l’action auprès des plus démunis ne
sont pas des concepts mutuellement exclusifs, comme le démontrent les réussites
des IMF d’Asie, Afrique et Amérique Latine présentées sous forme d’études de
cas à l’intérieur de cet article.
Pour procéder à l’identification
économiquement efficace des femmes pauvres et très pauvres, il est crucial
d’augmenter au maximum l’efficacité et la compétence des prestations de
microfinance qui leur sont offertes. Dans les cas où ces prestations ne leur
sont pas exclusivement réservées, l’institution devrait opérer avec deux
systèmes différents de manière à éviter le plus possible toute dispersion de
ressources vers les non pauvres.
Si ces activités sont gérées
efficacement (systèmes de planification opérationnelle détaillés, contrôle
précis des performances et préservation de la qualité du Portefeuille de prêts
grâce à un ensemble de mesures d’incitation conçu pour la clientèle et le
personnel), le secteur de la microfinance destinée aux familles les plus
pauvres devrait leur permettre de recevoir la plus grande proportion des
ressources. Il est crucial d’étudier très précisément les besoins des femmes
des plus pauvres dans le domaine des services financiers pour que les produits
financiers, aussi bien que le système d’allocation de ces services, soient
conçus spécifiquement pour répondre à ces besoins.
Lorsque le microcrédit offert aux
plus pauvres des familles est géré de manière efficace, son coût varie entre 35
% et 51 % du montant moyen du Portefeuille de prêts, cette variation étant
fonction des conditions de fourniture du crédit. La plus grande partie de ce
coût (50 % à 70 %) représente les frais de personnel versés des représentants
locaux chargés de fournir les prestations financières aux femmes pauvres dans
leurs villages, cela étant la seule manière de leur permettre de bénéficier de
la microfinance. Les femmes les plus pauvres d’Asie, d’Afrique et d’Amérique
Latine ont montré qu’elles sont en mesure et sont disposées à payer le coût
d’opportunité exigé pour réduire leur pauvreté et offrir un meilleur avenir à
leurs enfants. Cela leur est possible du fait du taux de rentabilité
extraordinaire de leurs microentreprises : 100 % en moyenne.
Dans la mesure où les états n’ont
jamais réussi à offrir aux familles les plus pauvres un accès durable aux
crédits, il leur incombe désormais d’élaborer un ensemble de directives et de
réglementations favorables aux initiatives privées agissant dans le domaine. La
toute première étape devrait consister à supprimer tous les plafonnements de
taux affectant les prestations offertes aux pauvres, et à créer un statut juridique
acceptable (et une structure de réglementation appropriée) pour les IMF
agissant auprès des femmes des plus pauvres. De telles mesures devraient
inciter les établissements bancaires commerciaux à financer les programmes de
microfinance destinés aux familles les plus pauvres, supprimant ainsi les
contraintes à l’expansion de celles-ci. C’est de cette façon que la
microfinance destinée aux pauvres et aux femmes les plus démunies pourra se
généraliser et que l’on assistera à une réduction significative de la pauvreté.
I. A. L’importance de l’autonomie financière
institutionnelle (AFI) Faut-il qu’il y ait un compromis entre l’action auprès
des plus démunis et l’AFI ?
I. B. Comment tirer parti de l’expérience
réussie de certaines IMF agissant sur les plus démunis
I. B. 1. Une action positive auprès des plus démunis
I. B. 2. Durabilité et rentabilité
II. A. Comment cibler les plus démunis de
manière économiquement efficace
II. A. 1. Faut-il limiter
l’action exclusivement aux pauvres et aux plus démunis ?
II. B. Efficacité administrative
II. C. Efficacité du personnel de terrain
II. D. De nouveaux outils de gestion pour les IMF
II. D. 1. Le contrôle des performances financières et opérationnelles
: les systèmes d’information et de gestion
II. D. 2. Comment utiliser la planification opérationnelle pour
réaliser l’AFI
II. D. 3. Préserver
la qualité du Portefeuille de prêts : les systèmes d’incitation conçus pour la
clientèle
II. D. 4. Les systèmes d’incitation au personnel
II. E. Se mettre à l’écoute de sa clientèle :
personnaliser les produits financiers
III. A.
Comment couvrir vos frais – Calculer des taux d’intérêts adéquats
III. B.
Analyse de l’écart – Comment vérifier qu’une IMF reçoit le revenu escompté
III. C.
Les plus démunis sont-ils en mesure de payer des taux d’intérêts appropriés
?
III. D.
La question de l’épargne
IV. A.
Le défi a bien été relevé, mais à une échelle insuffisante
IV. B.
Généralisation
IV. C.
L’effet de levier des capitaux propres
IV. D.
Céder des franchises aux pauvres et aux plus démunis
L’autonomie financière
institutionnelle[3] * (AFI) est cruciale
pour les institutions de microfinance (IMF) qui désirent offrir à un nombre
important de familles des plus démunies*– définies comme les familles situées
dans la moitié inférieure de la catégorie de la population vivant au-dessous du
seuil de pauvreté[4] – les
prestations financières visant à la réduction de la pauvreté. L’AFI reflète la
« capacité d’une IMF à fonctionner à un niveau de rentabilité suffisant pour
assurer sa durabilité en ne dépendant que peu, ou pas du tout, de dons des
bailleurs de fonds, organismes internationaux ou organisations philanthropiques
» (Christen et col, 1995 : vi). Nous croyons que les IMF ne pourront atteindre
notre objectif premier, qui est de réduire la pauvreté pour un très grand
nombre de pauvres et de très pauvres, qu’en adoptant des stratégies du modèle
commercial et à but lucratif, tout particulièrement si elles agissent auprès
des plus démunis.
L’argument en faveur de l’AFI est
bien connu :
… à mesure que les
[institutions] de microfinance commencent à se libérer de leur dépendance
envers les subventions et à agir conformément aux normes bancaires sérieuses,
elles se verront dans l’obligation d’innover et de contenir leurs coûts. Cela
entraîne non seulement une meilleure qualité de prestations pour les emprunteurs
pauvres, mais, en principe, cela mettra les institutions de microfinance à même
d’utiliser leur nouvelle rentabilité pour faire appel aux vastes ressources du
capital privé. Si cela se produit, le secteur de la microfinance tout entier
pourra bientôt tirer un bien plus grand parti des montants limités disponibles
auprès des bailleurs de fonds, et pourra ainsi augmenter la portée de son
action de manière enfin réellement significative pour la pauvreté au niveau
mondial[5].
(Conning, 1998: 2)
L’AFI est définie comme la
capacité d’une IMF à couvrir la totalité de ses frais de fonctionnement, ainsi
que les ajustements pour inflation et subventions, au moyen du revenu ajusté,
généré par ses activités de prestations financières. Les ajustements pour
inflation ont un double objectif : (i) prendre en compte l’impact négatif, ou
«coût» de l’inflation, sur la valeur des fonds propres* et (ii) prendre en
compte l’impact positif de la revalorisation de l’actif* et du passif* non
financiers en raison des effets de l’inflation. De la même manière , il
convient d’effectuer un ajustement à la suite de deux types de subventions :
(i) les subventions explicites, pour prendre en compte correctement les dons*
directs reçus par votre IMF pour couvrir les frais de fonctionnement et (ii)
les subventions implicites pour prendre en compte les prêts reçus par votre IMF
à des taux d’intérêt inférieurs à ceux du marché et les dons en nature
(utilisation gratuite de locaux, personnel salarié par une tierce partie,
assistance technique, utilisation des structures et équipements d’une tierce
partie…)[6]
. Lorsque vous analysez les performances de votre IMF, vous devez effectuer ces
ajustements dans la mesure où les IMF opèrent souvent dans des environnements
inflationnistes et/ou reçoivent une « assistance non négligeable de tierces
parties – états ou bailleurs de fonds – sous forme de subventions implicites.
L’utilisation des ajustements permet à l’IMF de prendre en compte cette «
assistance » et de comprendre la viabilité commerciale potentielle de ses
activités de prestations financières. Cela ne peut être effectué qu’en
comparant le bénéfice d’exploitation ajusté avec les frais d’exploitation
ajustés. Si ce chiffre est supérieur à 1,000, nous concluons que l’IMF a
atteint l’AFI. Dans le cas contraire, si « l’assistance » venait à disparaître,
cela pourrait entraîner la disparition d’une IMF, résultant en des conséquences
potentielles désastreuses pour la clientèle de pauvres à qui sont offertes les
prestations.
En conséquence, les IMF qui désirent
travailler avec un nombre réellement
élevé de pauvres devraient viser
l’AFI consciemment. Ce qui ne signifie évidemment pas que l’AFI devrait être
obtenue au détriment de l’objectif primordial qu’est la réduction de la
pauvreté. Cela serait contraire à notre mission première, laquelle n’est pas le
profit en tant que tel, mais bien la réduction de la pauvreté. Cela signifie en
revanche que l’AFI doit être recherchée à un rythme qui soit cohérent avec une réelle démarche de
réduction de la pauvreté. Il est important de surveiller l’approche des deux
objectifs pour contrer toute tendance à privilégier l’AFI par rapport à la
réduction de la pauvreté.
Malgré ce genre d’avertissement,
il se trouve encore de nombreuses personnes pour nier l’importance d’une
stratégie tournée vers l’IFS. La plupart d’entre elles utilisent l’argument que
les ONG sont soumises à des objectifs importants qui ne peuvent être réalisés à
long terme dans le cadre de méthodes financièrement acceptables: une
institution ne pourrait prétendre viser les deux objectifs à la fois. On peut
en effet soutenir qu’il est plus important d’offrir des services aux familles
pauvres et très pauvres que de se livrer à la recherche du profit. L’un des
buts premiers de cette présentation est de tenter de convaincre ceux qui
veulent toucher des nombres très élevés (par exemple au moins 500 000) des
familles les plus démunies en leur offrant l’accès à la microfinance, qu’ils
doivent viser l’AFI et que celui-ci leur sera bénéfique plutôt que nuisible dans
le cadre de leur effort en faveur de la réduction de la pauvreté.
La raison la plus importante
touche au financement. Une réduction réelle de la pauvreté pour des catégories importantes
des plus pauvres familles de la population mondiale (les 500 000 mentionnées au
paragraphe précédent par exemple) nécessitera des sommes considérables. Si le
montant moyen de prêt accordé à chaque client était de 150 dollars US, par
exemple, il faudrait disposer d’un montant annuel de ressources de 75 millions
de dollars US[7]. Si l’on y
ajoute les contraintes d’investissement destinées à couvrir les pertes
d’exploitation des premières années et une expansion d'envergure, ces chiffres
seraient encore plus élevés. On estime généralement que l’objectif de la
Campagne du Sommet du Microcrédit, d’atteindre 100 millions des familles des
plus démunies, reviendra approximativement à 21 milliards de dollars US ! Où
trouver des ressources aussi considérables ? Non auprès des bailleurs de fonds,
qui n’ont que des montants limités à offrir à la microfinance. Ni sans doute
auprès des états, déjà en peine de satisfaire toutes les demandes de
financement qui leur sont présentées ; remarquons toutefois que dans les
pays où des fonds sont mis à la disposition des IMF par l’état, ceux-ci
devraient les utiliser, à condition de pouvoir le faire sans subir d’ingérence
extrême au niveau de leur fonctionnement.
Les subventions et les prêts à
condition de faveur ont toujours eu un rôle capital pour le lancement des IMF:
ils apportent une aide précieuse au cours de la première phase durant laquelle
l’institution ne possède pas encore de capitaux propres et affiche encore des
résultats déficitaires. Garanties* et quasi-capitaux*, en fait des prêts soumis
à des conditions de faveur, peuvent aussi se révéler cruciaux lorsque l’IMF
cherche à établir des relations avec les banques. Il n’en reste pas moins que
les subventions et les prêts à conditions de faveur ne sont disponibles que de
manière limitée et au prix de procédures assez longues. Pour toutes ces
raisons, ces moyens financiers ne suffiront sans doute pas pour financer
l’expansion nécessaire des IMF pour toucher des nombres considérables de
pauvres tout en réalisant conjointement l’AFI.
S’il s’avère, comme cela sera
certainement le cas, que les subventions et prêts à conditions de faveur ne
peuvent assurer le financement total de l’expansion des IMF, celles-ci devront
solliciter d’autres ressources. Seules de véritables institutions financières
pourront fournir les énormes ressources financières indispensables pour mettre
les prestations de la microfinance à la portée des pauvres et des plus démunis[8].
Pour s’assurer de la
collaboration effective de véritables institutions bancaires à but lucratif,
les
IMF devront les convaincre de la
solidité de leur gestion opérationnelle et financière : ces IMF devront donc
fonctionner comme des entités commerciales à but lucratif, tout comme les
clients d’autres institutions financières. Pour tirer le meilleur parti
possible de leur collaboration, les IMF devront accroître leurs fonds propres
(ceux-ci leur servira de « levier » pour obtenir des crédits de la part
d’institutions financières), ainsi que les comptes d’épargne (lorsque cela
s’avère approprié) de leurs membres. À l’heure actuelle, pour les IMF, la
source de capital à long terme la plus fiable est celle des réserves (ou
bénéfices non distribués)*. Pour accroître le montant de leurs réserves, les
IMF devront réaliser un bénéfice dans le cadre de leurs activités auprès des
pauvres et des plus démunis en agissant véritablement sur un très grand nombre.
Réaliser un profit, que ce soit à moyen terme ou à long terme, signifie obtenir
un niveau d’AFI suffisant et un taux de rendement ajusté de l’actif
raisonnable*. C’est le seul moyen possible.
Il ne s’agit donc pas de savoir si nous devons rechercher
ou non l’AFI pour réaliser une réduction très importante de la pauvreté, mais
plutôt de déterminer le meilleur moyen de s’y prendre, sans perdre de vue notre
mission première qui est la réduction de la pauvreté. Cette discussion forme
l’essentielle du reste de cette présentation.
Il y a quelques années, on a beaucoup parlé d’un
livre qui relatait l’expérience de 12 IMF en Asie, Afrique et Amérique latine,
et estimait que les IMF agissant auprès des plus démunis se verraient
confrontés à un compromis avec l’AFI. La conclusion indiquait notamment que «
il se trouve un moment ou les [IMF] ont à opérer un choix : la croissance pour
laquelle elles doivent consacrer leurs ressources financières au soutien
d’institutions établies et en pleine croissance elles-mêmes, ou l’impact sur la
pauvreté … consacrant alors leurs ressources à des activités axées sur la
pauvreté et comportant un risque d’échec plus important et des projections de
rendements moins élevées » (Hulme & Mosley, V1, p. 206). Le secteur du
crédit aux plus démunis est celui des prêts de très faible montant et les
portefeuilles exhibent donc un faible montant moyen de prêt. On entend
généralement dire que l’on ne peut atteindre l’AFI sans un montant moyen de
prêt beaucoup plus élevé. C’était la thèse principale du Groupe Consultatif
d'Assistance aux plus Défavorisés (GCAPD) de la Banque mondiale à l’intérieur
d’un document thématique (« Focus Note N° 5 »). Un grand nombre des praticiens
de la microfinance auprès des pauvres et des plus démunis ont exprimé leur
désaccord. De par notre expérience, nous estimons qu’il n’existe pas
obligatoirement de compromis, à long ou à
moyen terme, dans la mesure où même le montant moyen de prêt accordé aux
clients les plus démunis tend à augmenter considérablement au fil des ans [9],
à mesure que les clients font la preuve de leur capacité à rembourser et ont de
ce fait accès à des prêts plus importants en montant ou en nombre. En réalité,
c’est bien cette « progression » du crédit au bénéfice d’un grand nombre de
pauvres et très pauvres, associée à l’efficacité et à d’autres initiatives au
niveau des programmes locaux, qui font de l’AFI un objectif réalisable à
l’intérieur de l’action auprès des plus démunis.
En dépit de l’influence exercée par l’analyse
d’Hulme et de Mosley, on estime maintenant d’une manière générale qu’il
n’existe en fait pas de compromis incontournable (Christen, 1997 : Christen et
coll., 1995 -- Gulli, 1998 : 28). Une enquête menée auprès de 11 programmes de
microfinance performants situés sur trois continents a observé qu’ « en ce qui concerne les programmes très
performants (souligné par les auteurs du présent article), il ne paraît pas
y avoir de conflit entre une action auprès des plus démunis et une action
auprès d’un grand nombre de personnes » (Christen et coll., 1995 : viii), et a
conclu que les résultats indiquaient que « …l’autonomie peut parfaitement être
réalisée par les institutions au service des plus démunis… » (p. 27). On est donc en droit de conclure que ce
n’est pas le type de clientèle qui détermine la capacité d’une IMF à atteindre
l’AFI[10],
mais la qualité de la conception et de la gestion de son programme de
prestations financières.
Dans le cadre de cette analyse, nous avons pu
identifier plusieurs IMF en Asie, Afrique et Amérique latine travaillant avec
un nombre élevé des familles des plus démunies de leurs pays mais qui
paraissent également en bonne voie de réaliser leur autonomie financière
institutionnelle. Parmi ces institutions, nous en avons retenu une pour chaque
continent[11], à titre de
démonstration:
Ces études de cas d’IMF, situées sur trois continents
différents, fonctionnant dans trois environnements très distincts et utilisant
des méthodologies d’offre de crédits variées, apportent la preuve empirique que
le compromis n’est pas inévitable.
Chaque fois que nous le jugerons approprié, nous
examinerons également l’expérience de CASHPOR Financial & Technical
Services Private Limited (CFTS), qui a commencé à accorder des prêts en
septembre 1997 selon une approche commerciale rapide d’offre des prestations de
microfinance aux familles pauvres et très pauvres en Inde, au moyen de la
méthodologie de la Grameen Bank. Sa mission explicite est de maximiser la
portée de son action auprès des femmes des plus démunies tout en réalisant
l’AFI en moins de cinq ans. Nous avons décidé de faire référence au CFTS, en
dépit de sa taille encore faible, pour démontrer la possibilité d’atteindre
l’AFI relativement rapidement, tout en
agissant auprès des clients les plus démunis, à condition d’en faire un élément
systématique de la planification et de la mise en oeuvre dès le départ.
Nous présentons ci-dessous une brève introduction
statistique des trois études de cas d'IMF. Toutes les données proviennent
directement des IMF concernées. Étant donné le danger qu’il y a à comparer des
IMF fonctionnant dans des environnements différents, nous prions nos lecteurs
d’analyser chaque étude de cas d’IMF sur une base individuelle.
Tableau 1.
Statistiques de Base sur l’étude de cas des IMFs
|
Statistiques
de Base à 31/12/99 (en US$) |
CARD |
CRECER |
FINCA |
|
Pays |
Philippines |
Bolivie |
Ouganda |
|
Taux d’Inflation |
5.5% |
3.1% |
10% |
|
Taux de Change (fin de la période) |
40.3 Pesos/US$ |
6.0 Bol./US$ |
1,520 Shil./US$ |
|
|
|
|
|
|
Méthodologie de Crédit |
Réplique Grameen |
Village Banking |
Village Banking |
|
Prêt non Ajusté |
US$3,691,622
|
US$2,825,387 |
US$1,131,069 |
|
Nombre de Prêts courants |
44,341 |
17,353 |
20,769 |
|
|
|
|
|
|
Capital |
US$1,901,555 |
1,567,682 |
1,691,306 |
|
Bénéfice d’Exploitation |
US$24,928 |
(69,026) |
42,060 |
|
Personnel Total |
281 |
103 |
94 |
|
|
|
|
|
|
Autonomie Opérationnelle (AO) * |
102.2% |
93.8% |
105.5% |
|
Autonomie Financière (IFS)* |
95.9% |
85.0% |
79.7% |
|
Taux d’Intérêt Réel* |
42.8% |
42.0% |
87.0% |
|
Autonomie Administrative* |
30.6% |
38.5% |
76.3% |
|
Portefeuille des Prêts à Risque* |
0.0% |
0.2% |
1.9% |
Chacune des IMF de nos études de cas s’est engagée
à travailler avec les familles pauvres et très pauvres. Le tableau ci-dessous
démontre que ces trois études des cas sont réellement au service d’un nombre
substantiel de ménages les plus démunis des régions où elles opèrent : Le
CARD fournit des services à plus 20,000
familles, le CRECER à plus de 9,500 et FINCA Ouganda à environ 13,915.
Tableau 2. Portée
sur les plus démunies parmi les IMFs de l’étude de cas
|
Au
31/12/98 |
CARD |
CRECER |
FINCA |
|
Épargnants Actifs |
40,367 |
19,351 |
20,769 |
|
Les plus pauvres |
Approx. 50% |
49% |
67% |
|
Pauvres |
Approx. 50% |
34% |
22% |
|
Non-Pauvres |
0% |
17% |
10% |
|
|
|
|
|
|
Emprunteurs Actifs |
28,531 |
17,353 |
20,769 |
|
% de femmes |
100% |
98% |
100% |
|
|
|
|
|
|
Montant Maximum du Premier Prêt |
US$74.4 |
US$83.3 |
US$98.7 |
|
Durée Maximum du Premier Prêt |
6 mois |
16 semaines |
16 semaines |
|
|
|
|
|
|
Montant Moyen des Prêts courants |
US$83.3 |
US$163.0 |
US$54.0 |
|
Montant Moyen de l’Epargne |
US$42.6 |
US$29.1 |
US$65.0 |
|
No.
d’Années de Fonctionnement |
10 |
6 |
7 |
Parmi les trois études de cas, le CARD est la
seule institution à utiliser l’une des stratégies de ciblage de la pauvreté économiquement
efficace décrites dans la section ci-dessous. L’institution identifie ses
clients potentiels sur le terrain à l’aide de l’indice de logement de CASHPOR
(CASHPOR House Index - CHI) adapté en fonction des conditions du Luzon
septentrional et des îles au large des Philippines, puis avec un « Test de
richesse personnelle » pour les personnes vivant dans des logements affectés
d’une note de 4 à 6 points sur l’indice. Remarquons toutefois que le CARD ne
classe pas ses clients en « pauvres » et « très pauvres ». Pour les besoins de
cet article, on a formé deux échantillons de 100 nouveaux clients, dont l’un
était membre de Landless Peoples' Association (Association des personnes sans
terres, nom officiel du Programme de crédit et d’épargne de la CARD) avant la
création de la CARD Bank en 1997, alors que l’autre groupe ne l’était devenu
que par la suite. On a pu observer que 53 % de ceux qui sont devenus membres
avant que le CARD ne devienne une banque vivaient dans des logements
misérables, alors que 63 % de ceux qui sont devenus membres après la création
de la banque vivaient dans des maisons misérables. On peut donc conclure sans
trop de difficulté que la transformation du CARD en institution bancaire n’a
pas eu d’impact négatif sur la portée de son action auprès des plus démunis et
que la majorité au moins de ses clients se trouvaient dans cette catégorie au
moment de leur entrée dans le programme.
En 1997, le Grameen Trust a commandité une évaluation
d’impact indépendante du programme de microfinance du CARD destiné aux pauvres,
dont il était le bailleur de fonds principal à l’époque (Mahabub Hossain &
Catalina P. Diaz, 1997). Les résultats indiquaient que le CARD avait réussi à
atteindre les plus démunis, dans la mesure où « … pratiquement 70 % de ses
emprunteurs ne possédaient aucun moyen d’accès à la terre alors que la valeur
de leur logement était inférieure à 25 000 Peso (environ 650 $US), et que la
proportion de crédit qui leur a été accordée était proportionnelle à leur
nombre » (p. 19), « La productivité
moyenne du travail observée dans les entreprises financées par le crédit
s’élevait à 107 pesos par jour, c’est-à-dire supérieur au taux de rémunération
de 34 % du marché de 80 pesos par jour.
Le taux de rendement du capital montait à 117 %, à comparer avec le taux
d’intérêt (réel) de 46 % facturé par le CARD sur le montant du prêt en cours.
L’emploi, le revenu et la productivité de la main d’œuvre augmentent en même
temps que sont accordés les renouvellements de prêts par le CARD » (p.20). On
peut donc vraiment conclure que le taux de pauvreté a bien diminué, même parmi
les clients les plus démunis.
Le CRECER n’utilise pas de barème de comparaison
spécifique à la mesure de la pauvreté et ne projette pas actuellement d’en
introduire un, mais le champs d’action de l’institution est situé dans les
régions rurales les plus pauvres de la Bolivie. Une enquête récente de la
Campagne contre la faim a fourni une évaluation du niveau de pauvreté des
clients desservis par le CRECER. La conclusion de cette enquête était que « les
résultats indiquent que même à l’intérieur des provinces souffrant d’un taux
très élevé de pauvreté, le programme de Crédit et d’éducation du CRECER
parvient à incorporer les familles relativement plus pauvres que la moyenne et
l’on n’observe pas de tendance du programme à offrir ses prestations aux
familles bénéficiant d’une situation relativement moins difficile que la
moyenne », (Bresnick & MkNelly, 1999 :p. 7). Une comparaison entre les
participants au programme du CRECER et un échantillon de familles choisies au
hasard n’a montré aucune différence statistique au niveau du statut de
pauvreté. La conclusion de l’enquête est donc que « Si l’on sait qu’en moyenne
84 % de la population des 20 provinces dans lesquelles le CRECER exerce son
action est classée comme pauvre et que 49 % de la population totale est classée
comme « extrêmement pauvre », il est probable que l’on constate une répartition
similaire de la clientèle du CRECER au niveau de la pauvreté », (Bresnick &
MkNelly, 1999 : p. 5). Nous ne possédons pas de données d’évaluation d’impact
au sujet du CRECER mais on peut supposer, étant donné le faible pourcentage de
prêts à risque dans son portefeuille (0,2 %), qu’il s’est produit une réduction
de la pauvreté parmi ses clients les plus démunis. Si ce n’était pas le cas,
comment seraient-ils en mesure de rembourser aussi exactement ?
Le champ d’action de FINCA Ouganda a fait l’objet
d’une évaluation dans le cadre d’une étude de 1999 commanditée par le Siège de
la FINCA de Washington, DC. Il en ressort que « lorsqu’ils commencent à
participer au programme, 67 % des nouveaux clients de FINCA Ouganda souffrent
de « pauvreté sévère », cette catégorie étant celle des familles disposant d’un
revenu journalier par personne [RJP] inférieur à 1 dollar US. Le RJP moyen de
cette catégorie se montait à 0,56 dollars US. 22 % des nouveaux clients
appartenaient à la catégorie des familles « modérément pauvres » (RJP situé
entre 1 dollar US et 2 dollars US), avec un RJP moyen de 1,39 dollars US. Le
RJP moyen des 10 % de clients non pauvres (RJP > 2 dollars US) s’élevait
3,44 dollars US »[12].
La situation est semblable à celle du CRECER en ce sens qu’il n’existe pas de
données d’évaluation d’impact sur FINCA Ouganda, mais on peut supposer que la
proportion encore plus faible (0,1 % du portefeuille) de prêts en difficulté
signifie une réduction de la pauvreté parmi les clients les plus démunis.
Dès le début, le CFTS a classé les clients potentiels
en « pauvres » ou « très pauvres », selon le résultat de leur évaluation par
l’Indice du logement de CASHPOR (CHI), leurs biens et utilisation de terre
agricole et la quantité de bétail qu’ils possèdent. Les familles pauvres sont
celles qui obtiennent 4 points sur le CHI, possèdent ou cultivent au plus les
deux tiers d’un âcre de terre arable irriguée (1/4 d’hectare) et dont le bétail
a une valeur inférieure à 8,000 roupies (environ 190 dollars US). Les plus
démunis sont ceux qui obtiennent de 1 à 3 points sur le CHI, ne possèdent ni ne
cultivent aucune terre irriguée, n’ont aucun gros animal d’élevage et dont la
femme travaille régulièrement en tant qu’ouvrière agricole ou domestique. Les
familles pauvres habitent généralement dans des maisons de taille moyenne, aux
murs de boue renforcés, d’une hauteur de cinq à huit pieds (entre 1m65 et 2m65)
et possédant un toit de tuiles (d’occasion) permanent. Les familles les plus
démunies habitent dans des huttes de boue d’une hauteur inférieure à 1m65
recouvertes d’un précaire toit de chaume. Avec le recul, on peut penser que le
seuil de très grande pauvreté a été fixé trop bas puisque les plus démunis
semblent ne représenter que 20 % et non 50 % du montant total des pauvres. Il
n’est donc pas surprenant que ces familles très pauvres soient sous
représentées parmi les clients du CFTS, lesquels sont tous pauvres. À la date
de la fin des dix-huit premiers mois d’activité à Mirzapur, les plus démunis ne
représentaient que 13 % des épargnants actifs. Il faudra un certain temps pour
apaiser les hésitations des clients potentiels et leur présenter un plus grand
nombre d’instruments appropriés de crédits avant que des groupes plus variés
des familles situées dans la moitié inférieure de la catégorie des pauvres
décident de tirer parti des prestations financières mises à leur disposition.
Au cours de l’année fiscale 2000, le CFTS a décidé d’assouplir quelque peu
sa définition stricte des plus démunis pour que ceux-ci correspondent
réellement à la moitié inférieure de la catégorie des familles pauvres à
Mirzapur ; la définition de ce
groupe a donc changé pour englober, outre les
ménages ayant obtenu de 1 à 2 poinst sur le CHI, ceux qui obtiennent de 1 à 3 points. A compter du mois de mars 2000, cette nouvelle définition des
plus pauvres permettra au CFTS
d’atteindre 20 % d’entre eux.
L’analyse de tendance illustre que le CARD a
réussi à offrir ses services à un nombre important de familles pauvres tout en réalisant
son autonomie opérationnelle chaque année pendant les trois dernières
années. FINCA Ouganda a atteint
l’autonomie opérationnelle pour la première fois au cours de l’année close le
31 décembre1999, alors que le CRECER est sur le point d’atteindre cet important
objectif, à 98,3 %. Les trois IMF ont
fait des progrès notables en vue de l’AFI au cours des quatre dernières années,
le CARD l’ayant pratiquement atteinte à 95,9 %. Leur taux de rendement ajusté de l’actif s’est aussi amélioré,
quoiqu’il reste négatif dans toutes les études de cas tant que l’AFI n’a pas
été atteinte.
Graphique 1 :
Durabilité et Rentabilité des cas d’étude des IMFs



Note :
Pour une description des abréviations de ces graphiques, veuillez vous référer
à la liste des abréviations à la fin de ce document.
Bien que la tendance globale se soit améliorée de manière
constante au cours des quatre dernières années, les chiffres relatifs à
l’autonomie opérationnelle du CARD n’ont guère progressé entre le 31 décembre
1997 et le 31 décembre 1999, fluctuant entre 102,7 %, 100,5 % et 102,2 %, ce
qui paraît, à première vue, inquiétant. Toutefois, cette absence notable
d’amélioration peut s’expliquer par une expansion rapide, notamment l’ouverture
de nouvelles succursales, qui entraîne une augmentation des frais généraux plus
rapide que celle des revenus sur intérêts en raison de frais de lancement
élevés relatifs aux salaires du nouveau personnel et aux dépenses
d’investissement pour les nouvelles succursales, toutes dépenses subies
longtemps avant que le Portefeuille de prêts ne commence à générer des revenus.
On assiste donc à une baisse temporaire de l’autonomie opérationnelle tant que
les revenus sur intérêts des nouvelles succursales ne couvrent pas les frais
supplémentaires encourus pour les générer. Depuis le 31 décembre 1996, la zone
d’action du CARD a progressé de 490 %, et a pratiquement doublé pendant chacune
de ces trois années. L’écart comblé
entre l’autonomie opérationnelle et l’AFI reflète une transition du financement
du CARD de sources principalement subventionnées à des sources principalement
commerciales.
Après une amélioration constante enregistrée entre
le 30 juin 1996 et le 31 décembre 1998, les chiffres relatifs à l'autonomie
opérationnelle du CRECER n'ont plus progressé entre le 31 décembre 1998 et le
31 décembre 1999. L'amélioration notable des dernières années peut être
imputée au fait que le taux d'expansion du CRECER a été plus modeste que ceux
des deux autres programmes, à savoir de 118 % du 30 juin 1996 au 31 décembre
1998. Durant l'année civile 1999,
toutefois, le CRECER a lancé un plan d'expansion plus ambitieux, accroissant le
nombre de ses clients de 12 892 à 19 351. Le CRECER prévoit un ralentissement
de son taux de croissance en 2000, et il convient de noter qu'au cours des six
mois écoulés entre octobre 1999 et mars 2000, son autonomie opérationnelle a
atteint 99,8 %.
La portée de l’action de FINCA Ouganda auprès des
pauvres a connu une augmentation remarquable : 301 % entre le 31 décembre 1996
et le 31 décembre 1998. De même,
pendant cette période, des progrès graduels ont été accomplis en matière de
durabilité. Toutefois, au cours de
l’année civile close au 31 décembre 1999, la portée de l’action de FINCA
Ouganda a diminué de manière notable, passant de 17 225 à 20 769. Deux raisons
principales sont à l’origine de ce résultat : i) la faillite de la Co-operative
Bank of Uganda, où FINCA Ouganda détenait 30 % de ses espèces et valeurs
assimilables à des espèces et à laquelle 80 % des clients avaient confié leurs
économies [13] et ii)
le fait que FINCA Ouganda n’a pas eu de directeur d’avril 1999 à janvier
2000. Le taux de 105,5 % d’autonomie
opérationnelle atteint le 31 décembre 1999 a résulté de l’augmentation du taux
d’intérêt effectif annuel, qui est passé de 62,3 à 87,0 % au cours de cette année.
Il est donc
évident que les IMF offrant leurs services et leurs ressources à des nombres
élevés de familles parmi les plus démunies dans leurs pays peuvent réaliser, où
presque réaliser, leur autonomie opérationnelle, se rapprocher de leur AFI et
progresser vers ces deux objectifs. Il ne leur est pas nécessaire d’opérer un
compromis entre l’action auprès des plus démunis et leur durabilité financière
institutionnelle. La suite de cette présentation illustre de quelle manière
accomplir cela.
La plupart des IMF fonctionnent dans des
environnements où la seule concurrence est représentée par des prêteurs locaux
facturant des taux d’intérêts largement au-dessus de ceux des marchés
financiers, situés souvent entre 5 % et 10 % par mois, même pour leurs clients
les plus démunis. Les IMF ont donc une marge de manœuvre importante pour fixer
leurs taux d’intérêt avant de se heurter à la concurrence locale. Dans la
mesure où les taux d’intérêt réels des IMF ne sont pas soumis aux forces du
marché et au mécanisme de l’offre et de la demande, mais sont fixés par des
institutions monopolistiques ou oligopolistiques, on peut craindre sérieusement
que ne surgissent des problèmes de défaillances et d’inefficacités, sous le
couvert de « taux d’intérêt appropriés », au risque de supprimer toute
tentative d’innovation. Même s’il est certain que les plus démunis doivent
payer intégralement le coût des prestations financières reçues, il est tout
aussi certain qu’il ne devrait pas leur être demandé de subir les conséquences
de la gestion incompétente et de l’organisation inefficace de certaines IMF[14].
Si l’on considère la situation sous cet angle,
l’AFI devient une question de coût plutôt qu’une question de barème de prix,
tout particulièrement lorsqu’une IMF choisit d’offrir ses services aux
catégories les plus démunies. C’est la conclusion à laquelle arrive Elisabeth
Rhyne dans sa présentation des résultats obtenus par Christen et d’autres
auteurs en 1995 : « On ne peut douter que le défi le plus important consiste à
offrir aux clients des prêts de faible montant ou à agir auprès des clients en
zones rurales isolées. En dépit de cela, on remarque que même les [IMF]
affrontant des situations relativement défavorables ont pu mettre au point des
méthodes d’offre de prestations si bien appropriées à leur clientèle et si
efficaces que leurs clients sont en mesure de payer le coût intégral de ces
prestations, avec pour conséquence des institutions viables financièrement. »
(Rhyne, 1998 : 6).
Si le coût est l’élément crucial de l’AFI, il
incombe aux IMF de réévaluer leurs activités constamment pour déterminer si
elles offrent leurs services au plus grand nombre de clients possible, au coût
le plus faible possible. En d’autres termes, l’institution fonctionne-t-elle
efficacement ? Par définition, le concept d’efficacité est simple : maximiser
ce qui peut être obtenu à partir d’une quantité limitée de ressources. La
réalité est considérablement plus complexe, d’autant que les IMF ne sont pas
encore habituées à surveiller les indicateurs de durabilité et d’efficacité :
le secteur ne possède donc pas encore de « normes établies » du type de celles
qui peuvent guider leurs homologues du secteur bancaire commercial[15].
Personne n’a encore pu établir jusqu’où une
institution de microfinance peut mener l’efficacité sans nuire à la qualité des
prestations offertes. Nous offrirons quelques suggestions à cet effet dans
cette présentation, mais le seul principe directeur évident est de s’assurer
que la plus grande proportion possible des ressources disponibles arrive entre
les mains des plus démunis.
La condition cruciale pour obtenir l’AFI tout en
agissant auprès d’un très grand nombre de clients très pauvres est de devenir
une IMF économiquement efficace. La première étape consiste donc à adopter une méthode
d’évaluation économiquement efficace pour mesurer le niveau de pauvreté des
familles pauvres et très pauvres dans les villages.
Si nous voulons savoir que nous agissons auprès
des pauvres et des plus démunis, nous nous devons de les identifier et de les
motiver sur place selon des méthodes économiquement efficaces. On fait souvent référence à ce processus
d’identification et de motivation sous le terme de « ciblage des pauvres ».
D’une manière générale, les plus démunis ne se présentent jamais pour demander
les prestations financières dont ils ne pensent jamais qu’elles puissent leur
être réellement destinées. Même une fois, ils ont reçu les informations les
concernant, un grand nombre de pauvres estiment encore qu’il serait trop
dangereux pour eux d’emprunter. On ne peut les pousser à tirer parti de cette
opportunité qu’avec un patient effort de motivation et en utilisant l’exemple
convaincant fourni par des plus pauvres familles ayant participé au programme
et en ayant réellement retiré des avantages.
Même si le ciblage des plus démunis est un élément
essentiel de notre poursuite primordiale de réduction de la pauvreté, si un
programme se révèle incapable d’y parvenir de manière économiquement efficace,
il lui sera peut-être impossible, ou pratiquement impossible, d’atteindre l’AFI
– ce qui met en grand danger la viabilité à long terme de ce programme. Hulme
et Mosley eux-mêmes s’en inquiètent : « …le ciblage des pauvres en matière de
crédit … suppose des coûts de recherche (pour trouver ceux qui remplissent les
conditions requises), suppose une relation avec les ayants-droit et une
surveillance destinée à éliminer les non ayants-droit, tout cela, poussé à
l’extrême, pouvant oblitérer les avantages de la réduction de la pauvreté ».
(Hulme & Mosley, 1996 :V1, 36). Heureusement, on a pu élaborer et mettre au
point des stratégies sûres et économiquement viables permettant aux programmes
d’identifier les plus démunis tout en maintenant les qualités d’évaluation
nécessaires pour que seuls les pauvres et les très pauvres aient accès au
programme.
Même si l’objectif premier de cette présentation
n’est pas de se livrer à une description ou à une discussion des coûts et des avantages
des stratégies de ciblage[16],
il nous a paru utile d’y faire allusion rapidement du fait des conséquences
reconnues qu’elles pourraient avoir sur la capacité d’une IMF à atteindre son
AFI. Nous connaissons déjà deux approches établies et économiquement efficaces
pour cibler les pauvres et les très pauvres : (i) l’Indice du logement de
CASHPOR (CHI) et le Système d’évaluation participative de la richesse de la
Fondation pour les P.M.E. (Small Enterprise Foundation Participatory Wealth
Ranking (PWR))[17] . Le CHI
utilise la maison et l’enceinte de celle-ci comme des indicateurs préliminaires
permettant d’éliminer les familles non pauvres dès la première étape, au lieu
de la méthode plus traditionnelle de l’entretien avec la famille, méthode plus
coûteuse en temps et en ressources. Ce n’est qu’après une première
classification des pauvres et des très pauvres à l’aide du CHI que le personnel
de terrain procède à la visite des familles pour vérifier leur admissibilité au
programme au cours d’un bref entretien portant sur leurs biens productifs.
Le PWR n’utilise pas [l’évaluation de] la maison
mais se fie en revanche aux habitants du village eux-mêmes pour identifier les
pauvres et les très pauvres parmi eux. On demande aux villageois d’établir une
carte du village et de regrouper les familles en fonction de leur niveau de
pauvreté. Ce n’est qu’ensuite que le personnel local procède à l’interrogation
des candidats potentiels. En moyenne, chaque méthodologie prend environ cinq
minutes par famille de pauvres ou très pauvres.
Chacun pourra choisir entre ces deux méthodes de
ciblage en fonction de son expertise et des conditions locales. Quel que soit
le choix effectué, la méthode retenue se révélera économiquement efficace dans
la mesure où les deux méthodes ont été conçues de manière à éliminer les
dépenses inutiles. Les premières étapes n’utilisent pas les entretiens pour
déterminer les niveaux de revenus et de dépenses des familles : ceux-ci sont
coûteux en temps et en ressources et les données produites sont rarement
fiables. En revanche, on utilise une enquête rapide portant sur les biens
productifs de la famille. D’une durée moyenne de cinq minutes, cette enquête
n’est effectuée que lors de la dernière étape du ciblage, une fois que la
plupart des familles non pauvres ont déjà été éliminées. Qui plus est, comme la
plupart des familles retenues par les évaluations CHI et PWR se révèlent
pouvoir légitimement participer au programme, cet entretien est également utile
comme première approche de motivation et d’incitation des familles pauvres et
très pauvres à tirer parti des prestations financières mises à leur
disposition.
Les IMF qui concentrent leurs efforts
exclusivement sur les pauvres et les très pauvres sont ceux qui peuvent
utiliser le plus efficacement les ressources qui leur sont allouées. Étant
donnée la nature limitée de ces ressources, il est crucial de s’assurer que ces
fonds parviennent aux mains de ceux à qui ils sont destinés et que le
gaspillage en faveur des non pauvres soit minimisé.
Il existe toutefois un argument contradictoire : «
C’est l’échelle, et non pas l’effort exclusif, qui détermine la vraie réussite
d’une action d’envergure auprès des pauvres » (Christen et coll., 1995 : 24).
On a pu soutenir que les programmes agissant auprès de plusieurs strates de la
population, et non pas seulement auprès des pauvres et des très pauvres,
peuvent se révéler capables d’un taux d’expansion supérieur et d’une portée plus
importante. Ces programmes pourraient donc agir auprès de grands nombres de
pauvres et de très pauvres. Par ailleurs, de tels programmes peuvent utiliser
un financement croisé de leur crédit, entre les portions plus profitables de
leur Portefeuille de prêts aux non pauvres (en raison du montant initial moyen
plus élevé des ces prêts) en faveur des plus démunis, ce qui leur permet de
réaliser leur AFI plus rapidement.
Ce n’est que de manière empirique que l’on peut
répondre à la question de savoir si de tels programmes « mixtes » peuvent
profiter à de grands nombres de pauvres et de très pauvres. Si tel est le cas,
c’est une excellente chose ; mais ils ne devraient en aucun cas diriger vers
les non pauvres des ressources destinées aux pauvres et aux très pauvres.
La plupart des responsables de
programmes ont trop tendance à examiner un seul élément de l’efficacité
institutionnelle – l’efficacité administrative. Ce ratio indique ce qu’il en
coûte à votre institution pour chaque dollar[18] de crédit placé entre les mains de vos
clients.
Les normes actuelles de «
pratiques optimales » prennent comme hypothèses que les IMF bien gérées
devraient pouvoir maintenir leurs taux de frais administratifs entre 15 % et 25
%, soit 15 à 25 cents pour chaque dollar prêté, quelle que soit la méthodologie
de crédit employée (Christen, 1997 :172). Les analyses de tendance montrent
qu’aucune des études de cas n’a pu réaliser la norme de Christen, bien que le
CARD et CRECER soient en train de se rapprocher rapidement des normes de
pratiques optimales.
Graphique 2 :
Efficacité Administrative des cas d’étude des IMFs



Note :
Pour une description des abréviations de ces graphiques, veuillez vous référer
à la liste des abréviations à la fin de
ce document.
Au cours de la période de quatre
ans analysée, le CRECER et le CARD ont enregistré une baisse constante de leurs
frais administratifs par dollar moyen de prêt en cours, alors que l’efficacité
de FINCA Ouganda est en recul constant.
Cela étant dit, le CARD et le CRECER, ont connu des périodes
intermédiaires de déclin de leur efficacité, le CARD en 1998 et le CRECER en
1999, en raison de taux d’expansion plus élevés. Nous avons constaté
précédemment que des taux élevés d’expansion, surtout s’ils sont accompagnés de
l’ouverture de nouvelles succursales, entraînent une forte hausse des coûts
administratifs, notamment les salaires, avant même le déboursement des premiers
prêts. L’efficacité administrative
connaît donc une baisse temporaire jusqu’à ce que la progression des prêts en
cours permette un renversement de la tendance.
Malgré la progression constante
et spectaculaire de sa zone d’action pendant cette période, qui a atteint 490
%, l’efficacité administrative globale du CARD s’est améliorée puisque ses
frais sont passés de 60,6 % à 30,6 % entre le 31 décembre 1996 et le 31
décembre 1999. Ces résultats sont
dus : i) aux efforts importants fournis par son Conseil d’administration,
ses responsables de programmes et son personnel pour intensifier les mesures de
réduction des coûts à tous les niveaux ; ii) à une hausse de la
productivité du personnel due à une multiplication des mécanismes
d’encouragement ; iii) aux améliorations constantes de la méthodologie du
crédit et de l’épargne qui a stimulé l’efficacité ; et iv) à une évaluation
mensuelle des résultats réalisés par rapport aux cibles au niveau des
succursales.
Bien qu’elle ait fortement
progressé au cours de l’année précédente, l’efficacité administrative du CRECER
a chuté, ses frais passant de 33,7 % à 38, 5 % entre le 31 décembre 1998 et le
31 décembre 1999. Quelles en sont les
raisons ? L’expansion rapide menée
en 1999 a obligé le CRECER à recruter beaucoup de nouveaux agents, dont le
nombre est passé de 59 à 103 entre le 31 décembre 1998 et le 31 décembre
1999. Le CRECER prévoit que son
efficacité administrative s’améliorera à mesure que son expansion ralentit et
que ses activités sont regroupées. L’un
des facteurs qui influe constamment sur ses coûts, et donc son efficacité
administrative, est la présentation de services d’éducation (sur la santé, la
nutrition, les meilleures pratiques commerciales et l’auto-estime), intégrés
aux services de microfinancement. Vu
que ces services d’éducation sont fournis par les mêmes agents et en même temps
que les services de microfinancement, leurs coûts sont minimes. En 1999, Freedom from Hunger a publié un
document de recherche dont l’auteur estime que le « coût de l’éducation » a
représenté environ 6 % des frais d’exploitation totaux de 1996 à
1998.
Le faible taux d'efficacité administrative
de FINCA Ouganda enregistré entre le 31 décembre 1996 et le 31 décembre 1998 a
été dû à sa stratégie de croissance rapide, effectuée au moyen
d'investissements initiaux en renforcement de capacité ; rappelons que cette
croissance a été de 301 % pendant cette période. Toutefois, le recul de
l'efficacité administrative, les frais ayant augmenté de 71,8 % à 76,3 % en
1999, sur une base non ajustée a été imputé à cinq autres facteurs : i) une
augmentation de 30 % de tous salaires afin de les rendre concurrentiels sur le
marché du travail ; ii) une augmentation de 50 % des commissions versées au
bureau régional de FINCA Afrique au titre de l'assistance technique ; iii)
l'offre de polices d'assurance de groupe contre les accidents et d'assurance vie
aux clients ; iv) la fourniture d'articles de papier gratuits aux clients ; et
v) la prise en charge par FINCA Ouganda de certaines dépenses précédemment réglées par le bureau régional de FINCA
Afrique. Bien que certaines nouvelles
dépenses administratives aient été ajoutées au ratio, ce qui nous empêche de
comparer les résultats d'une année sur l'autre, il n'en demeure pas moins que
FINCA Ouganda dépense plus de 76 cents pour faire parvenir un dollar entre les
mains d'un client pauvre, ce qui indique un taux d'efficacité très faible.
La partie la plus importante des
coûts administratifs est imputée aux frais salariaux et associés, souvent entre
50 % et 70 %, du total. Le personnel local, auquel on fait quelquefois
référence sous le terme de « personnel directement productif », représente en
général entre 60 % et 70 % du personnel des IMF. Étant donné l’importance de ce
poste, les responsables de ces institutions se doivent de contrôler
soigneusement les performances et la productivité de ce personnel. On utilise
en général deux méthodes simples pour évaluer l’efficacité du personnel local
d’une IMF : (i) le nombre moyen de prêts en cours par employé local et (ii) le
montant moyen du Portefeuille de prêts par employé local. Ces deux nombres
indiquent de manière relativement similaire la quantité de revenus générés par
chaque employé par comparaison avec les coûts subis. Par exemple, si les prêts
sont de faible montant, le personnel local devra gérer un nombre élevé de
clients, sans pour autant sacrifier la qualité, afin de générer des revenus
suffisants.
En ce qui concerne le premier
indicateur, le nombre moyen de prêts par employé local, les pratiques optimales
pour les IMF à travers le monde s’établissent entre 300 et 500 clients[19],
quelle que soit la méthodologie de prêt utilisée (c’est-à-dire, prêt
individuel, groupe de solidarité, services bancaires au niveau du village). Il
est toutefois plus délicat de mettre au point une fourchette de pratiques
optimales pour le montant moyen du portefeuille par employé local, dans la
mesure où ce chiffre peut être fonction de la méthodologie de prêt utilisée, du
niveau de pauvreté de la clientèle et de l’environnement économique local (taux
d’inflation, par exemple). Dans le cadre de la méthodologie de la Grameen Bank,
on considère que la pratique optimale résulte en un portefeuille par employé
local supérieur à 25 000 dollars US.
Graphique 3 :
Efficacité du personnel de terrain des cas d’étude des IMFs



Note :
Pour une description des abréviations de ces graphiques, veuillez vous référer
à la liste des abréviations à la fin de
ce document.
Les diagrammes ci-dessus
indiquent que le ratio de clients par employé local du CRECER a légèrement
progressé de 274 à 280, se rapprochant ainsi de la première norme
d’efficacité. Des améliorations ont été
enregistrées en 1999 malgré l’augmentation du nombre d’employés locaux de 47 à
62, qui a été plus que compensée par l’augmentation importante de la zone
d’action de 12 892 à 19 351. Le CRECER possède un montant moyen de
portefeuille par employé local élevé : plus de 45 000 dollars US, ce qui
indique un haut niveau d’efficacité des employés locaux. L’institution prévoit que cette efficacité
devrait encore s’améliorer l’an prochain lorsque son nouveau plan
d’encouragement sera mis en œuvre.
Bien que le CARD se soit
rapproché de la première norme d’efficacité avec 242 prêts en cours par employé
local le 31 décembre 1998, une augmentation massive du nombre d’employés
locaux, de 74 à 176, a ramené ce ratio à 162 le 31 décembre 1999. Cette augmentation a aussi exercé un impact
négatif sur le montant moyen de portefeuille par employé local, qui est retombé
à 21 000 dollars US. Ce déclin devrait toutefois être temporaire et ces deux
chiffres devraient augmenter à mesure que les nouveaux employés accroissent le
nombre de leurs clients.
En revanche, FINCA Ouganda qui
possède le ratio le plus élevé de clients par employé local parmi notre étude
de cas d’IMF (399 clients par employé local), est en dessous du CRECER et à
peine au même niveau que le CARD quant au montant moyen du portefeuille, qui ne
s’élève qu’à 21,751dollars US par employé local. En l’examinant de plus près,
ce chiffre reflète à la fois la proportion élevée d’emprunteurs qui en sont aux
premiers cycles du crédit et le fait que cette institution offre le montant
moyen de prêt le plus bas : 54 dollars US, au lieu des 83,30 dollars US du CARD
et des 163 dollars US du CRECER. On peut imputer le faible montant moyen de prêt
en cours de FINCA au grand nombre d’emprunteurs extrêmement pauvres dans son
programme ainsi qu’à la condition qui leur est imposée d’épargner 20 % de la
somme empruntée au cours de chaque cycle de prêt. Cette condition est
d’ailleurs en cours d’évaluation à l’heure actuelle et si les conditions
d’épargne sont allégées, on peut s’attendre à une hausse du montant moyen de
prêt en cours : on assisterait alors à une hausse du portefeuille moyen par
employé et donc à une progression de l’efficacité administrative globale.
L’efficacité est un processus dynamique, pas un
processus stationnaire. Même si la tendance actuelle est de se fier avant tout
à des mesures de production spécifiques – coûts administratifs, dépenses et
productivité du personnel local – pour tenter d’estimer les réalisations des
IMF, ces données ne peuvent suffire à donner une image intégrale de la
situation. Pour chacune des IMF analysées dans le cadre de cet article, on a pu
observer la volonté d’adapter les prestations offertes à l’environnement local
et d’adopter de nouvelles techniques de gestion opérationnelle et financière,
avec pour conséquence une nette progression de leur efficacité et donc de leur
capacité à atteindre l’AFI. Ces institutions ont ouvert la voie aux autres IMF
agissant auprès des pauvres et des très pauvres en prouvant que l’AFI peut
devenir une norme à la portée de tous.
Si elles veulent augmenter leur efficacité et
atteindre l’AFI, les IMF doivent avoir l’accès immédiat à des informations
correctes et détaillées au sujet de leur performance globale. Les systèmes
d’information de gestion (SIG) – qu’ils soient manuels, informatisés à l’aide
de feuilles de calcul ou de logiciels spécialisés – doivent être introduits et
mis à jour à mesure que les techniques financières aussi bien
qu’opérationnelles augmentent en sophistication. Bien que ce genre de systèmes
entraîne des coûts supplémentaires, ils sont absolument essentiels pour tous
ceux qui désirent offrir des prestations de qualité aux familles les plus
pauvres.
Un SIG économiquement efficace devrait générer des
informations financières aussi bien qu’opérationnelles. En premier lieu, on
doit préparer des états financiers complets, notamment une déclaration des
revenus, un tableau des flux de trésorerie et un bilan, trimestriellement au
moins, mensuellement si possible. Les IMF du monde entier ont maintenant à leur
disposition des formats de rapports d’états financiers[21]
qui facilitent l’analyse de l’AFI et de l’efficacité entre autres indicateurs
importants. Dans la mesure où ces nouveaux outils de gestion augmentent
grandement la capacité des IMF à surveiller leurs performances financières, il
est urgent de les adopter.
En ce qui concerne la gestion opérationnelle, on a
pu observer au cours des dernières années l’émergence du concept de
portefeuille de prêts à risque* (en remplacement du taux de remboursement)
comme principale mesure de qualité du portefeuille de prêts, conformément à
l’évolution observée dans les milieux bancaires traditionnels. Cette méthode
d’évaluation relativement nouvelle et sérieuse de la qualité du Portefeuille de
prêts effectue une comparaison du solde impayé des prêts ayant au moins un
versement en souffrance pour une période spécifiée (c’est-à-dire une semaine,
un mois ou 90 jours) avec le montant total du portefeuille de prêts. Ce rapport
offre une indication du pourcentage de prêts en cours qui pourraient ne pas
être remboursés à l’avenir. Ce chiffre ne remplace pas le taux de remboursement
(Montant recouvré divisé par Montant dû pour une période de temps spécifiée),
ce dernier taux étant un indicateur historique, montrant quel pourcentage du
capital et des intérêts dûs au cours d’une période de temps spécifiée ont
réellement été recouvrés. Le portefeuille de prêts à risque devrait faire
l’objet d’une surveillance, hebdomadaire au niveau de la succursale, mensuelle
pour chaque employé local. Par ailleurs, le classement chronologique des
arriérés de paiement permet de classer les prêts du portefeuille selon
différents niveaux de risque (c’est-à-dire en fonction du vieillissement des
arriérés depuis des dates différentes, en nombre de jours ou de semaines) et
peut être utilisé également pour le calcul des provisions pour pertes sur prêts
des IMF[22].
De telles informations permettent aux responsables
de prendre les décisions voulues en toute connaissance de cause, notamment en
ce qui concerne les points faibles de leur institution qui pourraient entraîner
une situation de crise si l’on n’effectue pas les corrections indispensables.
Ce n’est qu’en disposant de ces données et en les surveillant, au moyen
d’audits internes et externes, que les IMF seront à même de prendre les
décisions conduisant à l’efficacité et à l’AFI.
Le CRECER a mis en œuvre un système de
surveillance informatisé (au moyen de feuilles de calcul Excel) en 1995, bien
avant que le sujet devienne à la mode dans le secteur des « pratiques optimales
» du secteur de la microfinance. Au cours de l’année civile 1999, l’institution
a adopté un SIG (Système d’information de gestion) intégré plus sophistiqué et
des nouveaux formats qui facilitent la collecte d’informations tout en permettant
de mieux analyser les indicateurs clés aux niveaux des zones d’action des
régions et des bureaux nationaux. Cette
initiative s’inscrit dans un effort plus vaste de décentralisation des
fonctions administratives et comptables au niveau des bureaux régionaux et de
zone. Les bureaux de zone font
actuellement des rapports mensuels sur les portefeuilles de prêt et les données
opérationnelles regroupées par le bureau régional. Les bureaux régionaux, eux, sont chargés de préparer des états
financiers complets. Le CRECER a
renforcé ses effectifs au niveau des zones et des régions pour s’assurer du bon
fonctionnement du système. Les
résultats sont comparés aux objectifs établis pour la même période. Pour automatiser toutes ses opérations, le
CRECER évalue actuellement deux possibilités d’actualisation de son SIG :
i) charger une société locale de programmation informatique de concevoir un
système intégré dont la mise en œuvre serait de deux ans et le coût de 100 000
dollars US ou ii) acheter le prologiciel standard intégré (prêts et
comptabilité) A-3 Partners, développé par CAYLX, financé par Catholic Relief
Services et spécifiquement conçu pour les programmes bancaires de village.
Auparavant, le CARD effectuait le contrôle de ses résultats
trimestriels manuellement au moyen de feuilles de calcul. Depuis sa
transformation en banque en 1997, l’institution s’est servie d’un SIG plus
sophistiqué. Un programmeur du CARD a
donc développé un système interne de contrôle des prêts qui utilise un système
basé sur DOS compilé sous langage clipper.
Le SIP est désormais installé dans toutes les succursales. Afin de se conformer aux exigences de la
Bangko Sentral ng Pilipinas (BSP) en matière de documentation et de rapports,
le logiciel Rural Banker a aussi été adopté.
Ce programme, qui exploite des données dans le cadre des politiques et
des conditions de la BSP, a été adapté aux besoins du CARD afin d’être utilisé
plus facilement par cette IMF. Un serveur principal a été installé pour que les
informations transactionnelles circulent plus rapidement entre les succursales
et le siège. Cela permet de préparer
quotidiennement des balances de comptes et des états financiers. Grâce à ce SIG, le CARD peut générer des
rapports exacts et ponctuels, y compris les ratios des performances financières
et opérationnelles nécessaires pour que les responsables prennent des décisions
opportunes et, le cas échéant, modifient les orientations. Comme dans le cas du
CRECER, les performances réelles font l’objet d’une comparaison avec les
objectifs établis.
Tout comme les autres IMF examinées dans nos
études de cas et reflétant un thème crucial de l’AFI en tant qu’objectif, FINCA
Ouganda surveillait auparavant ses performances opérationnelles et financières
sur des feuilles de calcul Excel, avec notamment un compte de résultats, un
bilan, et un tableau des flux de trésorerie mensuels. Reconnaissant les limites de ce système « manuel », un
système appelé GMS a été utilisé en août 1999 pour automatiser le SIG. A ce
stade du processus, la comptabilité est encore effectuée manuellement mais devrait être automatisée et intégrée au
système de contrôle des prêts au début de mars 2000. Les performances financières et opérationnelles réelles sont
comparées aux chiffres projetés pour chaque période.
Une surveillance précise et fréquente des
résultats s’avère particulièrement importante pour les nouvelles IMF, telles le
CFTS, qui ont été mises en place avec l’AFI comme l’un des objectifs
principaux. C’est grâce à un contrôle
hebdomadaire des portefeuilles de prêt à risque au niveau des succursales que
le CFTS a pu déterminer rapidement l’impact des diverses mesures prises pour
compenser une forte augmentation des arriérés dans la seconde moitié de 1999 et
parvenir à la maîtriser à la fin de l’année fiscale. L’informatisation du SIG, réalisée à l’aide d’un logiciel
personnalisé de la Banque Graamen, a permis d’obtenir des informations encore
plus exactes et opportunes sur les portefeuilles de prêt à risque, ainsi que
d’autres indicateurs financiers et opérationnels importants. Par exemple, avec le système manuel, les
rapports hebdomadaires établis sur un portefeuille de prêt à risque n’étaient
disponibles que le mardi après-midi suivant.
Par ailleurs, ces rapports pouvaient être manipulés et contenaient des
erreurs. A présent, ils sont
disponibles le vendredi après-midi de la même semaine, et les possibilités
d’erreur humaine ou de manipulation ont été minimisées. Les superviseurs locaux peuvent organiser et
effectuer des visites rectificatrices dans des délais plus brefs. Quand il
s’agit d’arriérés qui peuvent se multiplier à une vitesse extraordinaire, cette
différence peut s’avérer cruciale.
Un système de SIG solide devrait
toujours être accompagné d’un processus de planification opérationnelle.
Pendant longtemps, la planification opérationnelle n’a pas été le fort des IMF,
en dépit du fait que le processus est intégré par toutes les institutions à but
lucratif. Même dans les cas où un effort a eu lieu, il s’agissait souvent
d’estimations subjectives formulées par la direction pour les chiffres les plus
importants, tels que l’envergure de l’action et le montant des ressources
nécessaires au moment de la projection des objectifs pour l’année suivante. Le
problème est que cela fait fi de la dynamique sous-jacente des activités
opérationnelles d’une IMF. Ce n’est qu’au prix d’un processus de planification
opérationnelle – et tout particulièrement de la construction d’un modèle
financier – que la direction peut espérer commencer à comprendre de quelle
manière les différents aspects de l’institution sont affectés par les décisions
financières et opérationnelles et surtout dans quelle mesure ces conséquences
revêtent un impact positif ou négatif[23]
.
Alors que par le passé les
programmes qui désiraient établir un modèle financier détaillé devaient souvent
faire appel à des spécialistes extérieurs, il existe aujourd’hui des outils
conçus à l’intention des IMF[24]
-- accompagnés même de la formation nécessaire pour l’équipe de direction -
permettant d’élaborer des plans financiers détaillés sur cinq ans. De tels
outils donneront à la direction des IMF une meilleure compréhension de la
dynamique de leurs opérations et leur permettront de prendre des décisions
cruciales et souvent délicates dans le cadre de la recherche conjointe de
l’efficacité et de l’AFI. Une fois établis les objectifs qui marquent les
étapes de la réalisation de l’AFI pour l’institution, les responsables peuvent
établir des comparaisons avec les résultats réels et déterminer à quels
endroits procéder à des ajustements à l’intérieur de l’organisation afin
d’atteindre l’AFI dans les délais prévus[25]
.
Comme nous l’avons indiqué
précédemment, le CARD et le CRECER ont déjà accompli ces étapes.
Jusqu’en 1998, ni le CARD ni le
CRECER ne préparaient de modèles financiers de trois à cinq ans. Ils créaient
toutefois des budgets opérationnels annuels mis à jour et révisés chaque année
en fonction des résultats obtenus. Le CRECER a même dépassé le stade de la
planification de quelques objectifs opérationnels et financiers clés et a
entrepris de produire des états financiers complets. Les responsables de ces
deux institutions pouvaient donc utiliser la comparaison entre leurs résultats
réels et ces budgets annuels soigneusement élaborés pour modifier leurs
opérations (ou, le cas échéant le modèle financier) de façon à réaliser leurs
objectifs premiers. Le CRECER a l’intention d’utiliser à l’avenir un outil de
planification plus sophistiqué et le CARD emploie depuis l’été 1998 le model
Microfin du GCAPD, un outil de modélisation financière sophistiqué mais
d’utilisation facile.
Jusqu’en 1997, FINCA
Ouganda, tout comme le CARD et le CRECER, établissait un plan opérationnel
annuel et un budget dont l’institution se servait pour évaluer ses performances
réelles. Ce processus comprenait des indicateurs détaillés de performance
opérationnelle et financière, notamment des états financiers complets. En 1997,
FINCA Ouganda a construit un plan stratégique sur trois ans, développant le
plan opérationnel annuel et offrant une projection à moyen terme des objectifs
de l'IMF. C’est en 1999 que FINCA Ouganda a imité le CARD et adopté l’outil
plus sophistiqué Microfin du GCAPD.
La conception et le mandat de
base du CFTS ont été formés à partir de modèles établis sur des feuilles de
calcul. Au moment de sa création, les deux objectifs principaux de
l’institution étaient de réaliser l’AFI et d’augmenter rapidement l’étendue de
son action : une taille optimum a été définie pour le programme – six
succursales permettant de toucher 18 000 femmes pauvres et très pauvres du
district de Mirzapur dans l’état d’Uttar Pradesh, en Inde, ce qui devait
aboutir à la réussite des deux objectifs en cinq ans. En conséquence, dès le
départ, le CFTS possédait des objectifs bien définis, sur le plan financier
comme sur le plan opérationnel, et qui étaient connus de tous les responsables.
La comparaison de ces objectifs avec les résultats réels permet au CFTS de surveiller exactement dans quels secteurs
l’institution se trouve en deçà ou au-delà de ses projections et de procéder
aux corrections nécessaires pour atteindre l’AFI.
Au bout de deux ans et demi, le
CFTS a ajouté six succursales de plus, ce qui fait un total de 12, et couvre à
présent tout le district de Mizrapur.
Il semble en bonne voie d’atteindre son objectif qui est d’offrir des
services financiers à 36 000 familles pauvres (les plus démunis étant
représentés proportionnellement à leur nombre) et par la même de réaliser son
autonomie financière institutionnelle dans un délai de cinq ans. C’est ce
qu’illustre le tableau suivant.
Tableau
3 : Le CFTS : Réalisation des Objectifs Clés du Plan Opérationnel au
Bout de l’Année 2,5
Indicator de Performance
|
Performance Réelle |
Objectif Projeté |
% de Réalisation |
|
5,842 |
6,027 |
97% |
|
|
Emprunteurs Actifs |
4,157 |
4,865 |
85% |
|
|
|
|
|
|
Autonomie Opérationnelle |
16% |
16% |
100% |
|
Autonomie Institutionnelle |
14% |
14% |
100% |
|
|
|
|
|
|
Montant Total des Prêts Accordés (US$) |
151,998 |
188,980 |
80% |
|
Portefeuille des Prêts à Risque (> 28 jours) |
8% |
7% |
114% |
Si l’on considère que les
résultats sont positifs lorsqu’ils offrent une variance de plus ou moins 10 %
avec les objectifs établis et qu’ils sont satisfaisants lorsque cette variance
est de 20 %, on peut conclure que la performance du CFTS est positive dans le
domaine des emprunteurs actifs et satisfaisante selon les trois autres
indicateurs. D’une manière générale, toutefois, ces résultats indiquent qu’il
est tout à fait possible [pour une IMF] de projeter et de réaliser l’AFI sans
pour autant perdre de vue sa mission première auprès des pauvres. Ces résultats
montrent aussi l’importance de pouvoir évaluer les réalisations actuelles par
rapport aux objectifs établis.
Les innovations destinées à
maintenir la qualité du Portefeuille de prêts dans le cadre d’une progression
du crédit (c’est-à-dire un Portefeuille de prêts en augmentation et un nombre
de clients toujours croissant), peuvent être considérées comme des mesures
d’incitation à la clientèle. Comme nous l’avons souligné précédemment, la
progression du crédit, qui présuppose le relèvement des plafonds des prêts
accordés à mesure que les emprunteurs progressent d’un cycle de prêt à un autre
est un élément crucial, aussi bien pour la réduction de la pauvreté que pour la
réalisation de l’AFI, dans la mesure où elle permet des économies d’échelle non
négligeables (veuillez vous référer à la section E ci-dessous). En revanche, si
l’on ne parvient pas à maintenir la qualité du Portefeuille de prêts lorsque
celui-ci s’accroît, on peut raisonnablement s’attendre à des conséquences
néfastes et même
désastreuses pour l’ IMF.
À côté de la « carotte » de la
progression du crédit, un « bâton » d’un genre nouveau a été introduit par certaines
IMF. Le CARD et le CFTS imposent tous deux un rapprochement entre le plafond
des prêts suivant le cycle initial et les expériences de remboursement des
cycles précédents. En d’autres termes, le plafond du prêt suivant est diminué
d’un montant prédéterminé et qui est fonction du nombre de versements non
effectués; au bout d’un certain nombre de non versements (quatre dans le cas du
CARD, cinq dans celui du CFTS), l’emprunteur perd son droit au crédit. Le CARD
affine encore un peu plus la formule en soumettant également le plafond des
prêts suivants à la participation [aux réunions]: une absence (ou deux retards)
équivaut à un non remboursement. Quant à lui, le CFTS retarde les déboursements
de prêts suivants : une semaine pour chaque absence ou retard lors d’une
réunion hebdomadaire. Cela offre au CARD et au CFTS l’avantage de garder le
contrôle des emprunteurs qui pourraient avoir du mal à rembourser des prêts
ultérieurs tout en réduisant le montant des prêts à risque. En dernier lieu,
cette méthode renforce la discipline du crédit.
Le CRECER dispose de deux «
carottes » pour inciter les membres du programme à effectuer leurs
remboursements : i) la progression du crédit et ii) les prestations de
santé, de nutrition et d’éducation , de planning familial, de gestion des
activités commerciales et de
renforcement de l’auto-estime, ainsi
que l’accès aux contraceptifs à travers un système de distribution basé sur la
communauté et d’aiguillage en matière de services de santé. Par ailleurs, les clients ayant fait la
preuve d’une solide capacité de remboursement et d’une bonne autogestion se
voient offrir par le CRECER, au début du quatrième cycle de prêt, une
modification des termes de leur prêt: recul de l’échéance de quatre à six mois
et remboursements bimensuels plutôt qu’hebdomadaires. La direction est
actuellement en train d’étudier la possibilité d’offrir à l’avenir des taux
préférentiels (comme n’importe quelle banque commerciale le fait pour ses
meilleurs clients) mais pas avant d’avoir réalisé son AFI.
Tout comme le CRECER, FINCA
Ouganda utilise la progression du crédit comme première mesure d’incitation au
remboursement.
L’analyse de tendance présentée
ci-dessous illustre la progression du crédit dans le cadre des trois études de
cas et la compare à la qualité du Portefeuille de prêts, observée au travers de
l’indicateur du montant du portefeuille de prêts à risque:
Graphique
4 : Maintenir la qualité du portefeuille de crédit



Note : Pour une description des abréviations
de ces graphiques, veuillez vous référer à la liste des abréviations à la
fin de ce document.
Parmi
les études de cas, le CRECER et le CARD ont tous deux enregistré des
augmentations remarquables du montant moyen des prêts en cours durant la
période de quatre ans examinée : d'un peu plus de 96 $US à presque 163 $US pour
le CRECER entre le 30 juin 1996 et le 31 décembre 1999, et de 59 $US à 83 $US
pour le CARD. En revanche, le montant moyen d'un prêt accordé par FINCA Ouganda
n'a pas progressé : 50 $US, quoiqu'il ait légèrement augmenté en atteignant 54
$US en 1999. Comme il avait été souligné dans la section sur l'efficacité du
personnel local, la stagnation du montant moyen des prêts accordés de FINCA
Ouganda s'explique par la présence de nombreux emprunteurs situés dans les tous
premiers cycles de prêts, ce qui tend à diminuer les chiffres globaux.
En
revanche, malgré l'augmentation du montant moyen des prêts accordés et du
nombre de clients, il convient de souligner que tous les programmes ont pu
maintenir la qualité de leur portefeuille, comme le montre l'indicateur du
portefeuille de prêts à risque. Seul le taux de FINCA Ouganda, de 1,9 %, mais
qui se situe encore dans les limites des pratiques optimales, est supérieur à 1
%. Ces IMF, FINCA Ouganda et le CARD en particulier, devront faire un effort
pour augmenter à l'avenir le montant moyen des prêts accordés. En l'absence de progression du crédit, il
leur faudra plus de temps pour atteindre leur double objectif de réduire la
pauvreté et de réaliser l'AFI.
Comme nous l’avons souligné au cours de la discussion
sur l’efficacité du personnel local, pour la plupart des IMF, où qu’elles
soient dans le monde, les dépenses salariales représentent plus de la moitié du
montant total des coûts administratifs. Si l’on désire donc progresser vers
l’AFI, il faut que le personnel travaille de manière aussi efficace et
productive que possible, tout en maintenant le niveau de qualité de ses
activités. Il est courant, dans le monde des affaires traditionnel, de
renforcer la motivation des employés au moyen de mécanismes d’incitation. Un
grand nombre d’IMF novatrices, qui ont décidé d’essayer d’utiliser ces méthodes
d’incitation, soumettant une partie de la rémunération totale du personnel de
terrain à la réalisation d’objectifs de performances prédéterminés en fonction
de la situation réelle et concrète de la microfinance, se déclarent satisfaites
des résultats.
C’est le cas du CARD et du CFTS. Les mécanismes
d’incitation conçus pour le personnel local peuvent être classés en deux
catégories. Tout d’abord, les méthodes d’incitation liées à l’accroissement du
nombre de clients participant au programme, ce qui est particulièrement à
l’ordre du jour si l’IMF vient d’être créée ou se trouve en période
d’expansion. En second lieu, pour éviter que ne soient acceptés dans le programme
des clients à haut risque[26]
, le personnel est également récompensé en fonction de la qualité du
portefeuille de prêts, celle-ci étant mesurée par l’indicateur du portefeuille
de prêts à risque, et les employés peuvent même être pénalisés si le montant de
prêts à risque des clients pour lesquels ils sont personnellement responsables
se situe à un niveau « élevé » pendant une période prolongée. On observe donc
que les méthodes d’incitation cherchent à encourager non seulement une
meilleure productivité du personnel mais aussi l’importance essentielle d’une
bonne gestion de la qualité du Portefeuille de prêts. Toutefois, le CFTS s’apprête à introduire des mécanismes
d’incitation axés sur la participation
aux intérêts, ce qui implique que le personnel local devra remplir toutes ses
tâches de manière satisfaisante.
En 1999, le CRECER a revu ses mécanismes
d'incitation destinés au personnel local.
Ceux-ci comportent à présent trois volets : i) le montant du
portefeuille de prêt par employé local ; ii) le nombre de clients par employé
local ; et iii) le pourcentage des défaillances. Comme il s'agit d'un Programme de crédit avec éducation, le
CRECER envisage actuellement la possibilité d'intégrer des mécanismes d'incitation
modifiés pour les employés locaux qui fournissent des services d'"
éducation " à ses clients. Ces
mécanismes n'ont pas été mis en œuvre à ce jour.
FINCA Ouganda a commencé à utiliser les mécanismes
d’incitation pour le personnel sur le terrain vers la fin 1996. Le programme
est conçu dans trois directions, assez différentes des méthodes décrites
précédemment. En premier lieu, les mesures d'incitation sont liées aux
indicateurs de remboursement (ratio du taux de remboursement du montant reçu
divisé par le montant échu) des clients d’un employé au cours du mois. En
deuxième lieu, FINCA Ouganda rémunère son personnel local en fonction du
Portefeuille de prêts brut géré (ajusté pour tenir compte des arriérés de
paiement). En dernier lieu, afin d’encourager le personnel local à accélérer la
rotation du Portefeuille de prêts et donc à améliorer les rendements annuels,
l’institution a créé la mesure d’incitation « Recapitalisation de la 17 è
semaine ». Dans le cas d’un prêt d’une échéance de 16 semaines, cette mesure
d’incitation contient un ensemble de primes en liquide pour les employés qui
réussissent à faire remplir une demande de prêt du client au cours de la 16 è
semaine et à verser le montant du nouveau prêt au cours de la 17 è semaine :
cela permet d’éviter que les fonds ne stagnent dans des comptes bancaires ne
produisant que de faibles taux d’intérêt. Contrairement à ce qui se passe pour
les autres IMF de l’étude de cas, le personnel de FINCA Ouganda doit satisfaire
des conditions d’admissibilité avant de pouvoir participer aux programmes
d’incitation. En particulier, un employé doit être responsable d’un nombre
moyen de 30 clients pour un groupe de services bancaires au village. Quoique
satisfait de ce mécanisme, FINCA Ouganda est en train d’essayer de simplifier
le processus. Le nouveau programme d’incitation, qui est encore à l’étude, sera
basé intégralement sur le Portefeuille
de prêts (ajusté pour tenir compte des arriérés) géré par le personnel local :
cela présuppose indirectement un certain niveau de rendement du portefeuille et
du revenu nécessaires à l’institution pour satisfaire ses objectifs d’AFI. Dans
les cas où le personnel local peut dépasser les conditions du portefeuille, le
montant des mesures d’incitation sera une portion du revenu supplémentaire reçu
par FINCA.
Les mesures d’incitation destinées au personnel
local du CFTS présentent un caractère encore plus novateur. Le personnel est
récompensé de manière différente suivant que les nouveaux participants au
programme proviennent des catégories de familles pauvres ou très pauvres. En
fait, la rémunération est relevée de 66 % pour l’introduction au programme d’un
client très pauvre.
Parmi les institutions reproduisant les programmes
CASHPOR de la Grameen Bank, le CARD s’est révélé l’un des plus novateurs dans
le domaine des mesures d’incitation du personnel local. L’institution a
introduit par exemple le concept des « promotions rapides » pour le personnel
local récemment embauché. Les employés participant à la formation de base
initiale de trois mois peuvent être promus au statut de stagiaire au bout de
deux mois s’ils ont réussi à recruter et former au moins 20 « membres de
qualité » (c’est-à-dire de clients qui ont réussi le « Test de reconnaissance
du groupe »). L’objectif des employés locaux stagiaires est de 60 « membres de
qualité » en six mois, mais ils peuvent être promus au statut de personnel de
CARD dès qu’ils atteignent ce nombre de clients. Le CFTS a utilisé la procédure
de promotion rapide à Mirzapur en Inde avec des résultats satisfaisants en
termes de création de groupe et de satisfaction du personnel.
Le CRECER se distingue des autres IMF de l’étude
de cas par la structure d’incitation des principaux dirigeants. Ceux-ci
reçoivent des primes liées directement aux résultats de leur secteur ou de leur
région administrative par rapport aux projections établies.
L’un des éléments fondamentaux de la stratégie de réussite
de l’AFI est l’hypothèse implicite qu’une IMF est en mesure d’attirer de
nouveaux clients tout en maintenant l’engagement et la participation des
clients existants. Les produits financiers offerts, au niveau du crédit comme à
celui de l’épargne, doivent obligatoirement être montés en gardant à l’esprit
les besoins spécifiques des femmes les plus démunies. Le montant du premier
prêt doit être suffisamment faible pour permettre des remboursements de moindre
montant et fréquents, mais doit quand même être d’un montant assez important
pour générer un revenu supplémentaire. L’observation des activités génératrices
de revenus des femmes pauvres et très pauvres permet de déterminer le montant
moyen approprié d’un premier prêt. D’une manière générale, en Asie, le montant
du capital se situe entre 25 $US et 75 $US et l’échéance est fixée entre six
mois et un an. Les prêts et produits d’épargne ultérieurs de l’IMF doivent être
conçus pour faciliter la sortie de la pauvreté[27]
. Par la suite, le montant des prêts doit progresser en fonction des demandes
du client et de sa capacité (grandissante) à rembourser. Tous les clients
n’évoluent pas au même rythme. Il faudrait pouvoir offrir des instruments de
crédit et d’épargne différents en fonction des capacités et des demandes de
chaque client. Il en résultera toutefois une augmentation du montant moyen des
prêts et des comptes d’épargne à mesure que le temps passe. Cela accroît les
opportunités des femmes pauvres et très pauvres à augmenter leurs revenus et
leur profit, tout en soutenant l’expansion continue des services offerts aux
plus démunis. En dernier lieu, cette stratégie fournit les meilleures
conditions pour la réussite de l’autonomie financière des IMF agissant auprès
des plus démunis et pour la création de profits intéressants pour les banques
fournissant les prêts de base à ces institutions[28].
Ces directives générales se situent néanmoins
quelquefois assez loin de la réalité d’un environnement opérationnel. Il est
essentiel que le IMF choisissant d’agir auprès des plus démunis doivent
conserver une certaine souplesse dans la conception de leurs instruments de
crédit et d’épargne.
En essayant d’adapter le programme de la Grameen
Bank du Bangladesh, le CARD s’est rendu compte très rapidement qu’une échéance
d’un an pour un premier prêt ne convenait pas à la plupart de ses clients, les
activités de ceux-ci prenant souvent place dans le secteur tertiaire et le
petit commerce, soumis à des cycles d’activité plus brefs. L’institution a donc
pris la décision de ramener l’échéance du premier prêt à six mois. Au cours des
dernières années, le CARD a également lancé de nouveaux produits de crédit,
tels le Prêt polyvalent, que le client peut utiliser à sa guise, après six mois
de participation au programme, plafonné à 5 000 pesos (environ 132 $US). Ce
produit a été conçu pour encourager les clients à ne plus se tourner vers les
prêteurs traditionnels en cas de difficultés économiques et a connu un grand
succès. Le CARD vient aussi de lancer le Programme accéléré de crédit de CARD
(Loan Accelerated Program (CLAP)) destiné aux membres participant au programme
avec succès depuis de nombreuses années. Les membres admis à ce programme
reçoivent un numéro d’identification leur permettant de retirer des fonds d’un
compte à découvert en fonction des besoins de leurs activités professionnelles.
Ils sont toujours tenus de participer aux réunions hebdomadaires du centre.
Contrairement aux autres institutions de notre
étude de cas, le CRECER opère au sein d’un environnement très concurrentiel.
Même si le CRECER a su éviter les effets de cette concurrence en ciblant les
familles pauvres et très pauvres des zones rurales et semi-rurales (qui ne sont
pas forcément les groupes visés par la majorité des IMF situées en Bolivie),
l’institution doit néanmoins fonctionner efficacement, offrir des taux
d’intérêts concurrentiels et fournir des prestations que les clients puissent
juger préférables à celles des autres IMF. C’est ici qu’intervient le programme
Crédit avec Éducation : il associe aux prestations de crédit offertes chaque
semaine au village des services de santé, nutrition, planning familial, et
gestion des activités commerciales. Même en tenant compte d’un coût
supplémentaire d’environ 6 % encouru par le programme, les résultats concernant
l’efficacité et la durabilité fournis précédemment indiquent clairement que ces
prestations peuvent être fournis de manière concurrentielle. Les innovations
récentes comprennent la distribution de contraceptifs au niveau du village,
notamment des condoms et des comprimés vaginaux, dans le cadre d’un programme à
but lucratif. Le CRECER travaille également en collaboration avec des
représentants d’ONG et d’organismes sanitaires d’état pour fournir des
prestations médicales à prix réduits à ses clients et notamment des
recommandations.
FINCA Ouganda n’a pas introduit un seul nouvel
instrument de crédit depuis sa création il y a six ans et reconnaît que c’est
l’un des points faibles du programme: FINCA Ouganda devra développer des
produits financiers un peu plus sophistiqués si elle veut conserver sa part de
marché. L’institution a donc organisé des groupes de discussion avec des
emprunteurs pour évaluer leur opinion au sujet de nouveaux produits et le
bureau central est également en train d’effectuer une étude de marketing. Même
si FINCA Ouganda n’a pas encore ajouté de nouveaux instruments de crédit, un
certain nombre de « produits périphériques » sont maintenant offerts à la
clientèle, notamment des polices d’assurance-crédit, assurance-vie et assurance-invalidité.
Il est aussi question d’offrir aux clients l’opportunité de souscrire une
assurance-maladie. Les nouveaux
responsables de FINCA Ouganda sont parfaitement au fait de cette question.
Dans le cas du CFTS, certains instruments de
crédit ont été reformulés six mois après leur introduction sur le terrain
lorsqu’il s’est avéré que le prêt à échéance d’un an d’un montant de 2000 Rs
était trop rigide pour les besoins des clients. Devant cet état de fait, un
atelier a été organisé qui réunissait les Chefs de Centre, c’est-à-dire les
dirigeants élus de chaque centre basé dans un village, à la suite duquel ont
été lancés les prêts conçus pour le secteur du petit commerce : d’un montant
moindre et d’une échéance plus courte, ils connaissent une grande popularité à
l’heure actuelle. C’est au cours du même atelier que les responsables de
l’institution apprirent que certains des utilisateurs des prêts à un an avaient
besoin d’un capital plus important durant l’année. On a donc créé de toutes
pièces et lancé deux nouveaux types de prêts : (i) Le Prêt additionnel basé sur
le solde (Additional Balance-Based Loan (ABBL)) dont la formule permet aux
clients n’ayant pas emprunté le montant plafond pour leur cycle de prêt (et
jouissant d’un historique de remboursement parfait) d’emprunter la différence
et (ii) le Prêt additionnel basé sur l’épargne (Additional Savings-Based Loan
(ABSL)) au moyen duquel les emprunteurs ayant déjà atteint le montant plafond
(et jouissant d’un historique de remboursement parfait) peuvent, au bout de six
mois, recevoir un prêt supplémentaire, d’un montant pouvant se monter à
cinquante fois la moyenne hebdomadaire
du montant de leur épargne volontaire. La clientèle a accueilli ces nouveaux
instruments de crédit d’une manière favorable.
Au cours de l’année fiscale se terminant le 31 mars 2000, un premier
prêt sur six mois ayant un plafond de 4 000 Rs a été lancé pour répondre à la
demande des clients.
Ce qui vient d’être écrit sur la réalisation des
objectifs en matière d’efficacité administrative et de personnel local ne doit
pas donner l’impression fausse que la tâche est facile. Au 31 décembre 1999, aucune des trois
IMFconcernées par nos études de cas n’avait atteint tous les objectifs en matière
de niveaux d’efficacité. Le taux
d’efficacité administrative du CARD de 30,6 % est proche du niveau supérieur de
la fourchette fixée, à savoir entre 15 % et 25 %, et semble être sur le point
de l’atteindre. Le CRECER prévoit une
forte amélioration de son taux au cours de l’année prochaine, après son
expansion considérable en 1999. Mais
FINCA Ouganda, dont le taux était de 76,3 % le 31 décembre 1999 et dont
l’efficacité a reculé au cours des quatre dernières années, n’est manifestement
pas sur la bonne voie.
Concernant l’efficacité du personnel sur le
terrain, FINCA Ouganda a dépassé l’objectif minimum des pratiques optimales de
300 prêts en cours par employé local en enregistrant 399 prêts. Le CRECER s’en est beaucoup rapproché avec
280. Mais le CARD, qui affiche
seulement 162 prêts en cours par employé local, ce qui marque un recul
important par rapport au chiffre de 242 enregistré le 31 décembre 1998 au vu du
recrutement de 102 employés locaux en 1999, est encore loin de l’objectif
minimum. Le montant moyen minimum de
prêts en cours par employé local de 25 000 $US n’a été dépassé que par le
CRECER, qui affiche 45,571 $US. Le CARD et FINCA Ouganda restent en-deça, avec
des montants moyens de prêts en cours de 20 976 $US et 21 751$US, respectivement. Dans le cas du CARD, ce chiffre s’explique
par une augmentation importante de personnel due à un accroissement important
de la clientèle en 1999. Comme nous
l’avons vu plus haut, FINCA Ouganda reconsidère actuellement les conditions
d’épargne qui limitent le montant de ses prêts. Ces modifications devraient améliorer le taux d’efficacité de
cette IMF.
Pour ce qui est du portefeuille de prêts à risque,
qui peut être utilisé pour mesurer l'efficacité du recouvrement des prêts,
toutes les IMFconcernées par nos études de cas ont obtenu de très bons
résultats. FINCA Ouganda enregistre le
niveau le plus élevé : 1,9 %, ce qui reste dans la fourchette acceptable de 0 %
à 10 %.
Une leçon doit être tirée de ces résultats. Si l'examen des IMF dans nos études de cas
montre qu'il n'y a pas de corrélation négative entre l'AFI et la prestation de
services à un grand nombre de familles pauvres et très pauvres, il prouve aussi
que d'importants progrès restent à faire en matière d'efficacité, même par les
IMF les plus performantes. Le CARD, le
CRECER et FINCA Ouganda devront intensifier leurs efforts pour ramener leurs
taux d'efficacité aux niveaux requis pour les IMF, notamment dans le contexte
d'une concurrence accrue qui pourrait faire baisser les taux d'intérêt. Les outils et les formations nécessaires
pour améliorer ces taux sont toutefois disponibles à tous les praticiens à
l'heure actuelle. Il faut en tirer
parti si nous voulons atteindre notre objectif principal de réduction de la
pauvreté.
Une phase d’expansion de la zone d’action
s’accompagne souvent d’un recul de l’efficacité administrative au départ,
notamment lorsque de nouvelles succursales sont ouvertes et/ou que du personnel
supplémentaire est recruté. Les raisons
principales sont les suivantes : i) les coûts initiaux de l’ouverture de
nouvelles succursales ; ii) le fait que les nouveaux employés doivent être
formés (et donc payés), souvent pendant plusieurs mois, avant d’être
productifs ; et iii) et qu’après avoir été formés, il leur faut un certain
temps pour trouver de nouveaux clients pour l’IMF et arriver au niveau des
employés de terrain expérimentés. Nous
avons constaté qu’il faut souvent plus de 5 ans aux nouveaux employés pour
atteindre l’objectif de 300 clients et le montant moyen de prêts de 25 000 $US.
Ce n’est qu’après 3 ou 4 ans que le portefeuille de prêts qu’ils gèrent produit
des intérêts suffisants pour couvrir leur salaire.
Pourtant, l'expansion de la zone d'action en
faveur des pauvres nécessite inévitablement l'ouverture de nouvelles
succursales, ainsi que le recrutement et la formation de personnel local. Les taux d'efficacité administrative et des
employés locaux reculeront dès que ces employés seront inclus dans l'évaluation
des performances. Il faudra un temps
considérable pour que les économies d'échelle générées tôt ou tard par
l'expansion de la zone d'action donnent des résultats positifs. Les IMF à expansion rapide ne pourront donc
pas atteindre les niveaux d'efficacité qui permettent d'arriver à l'AFI dans
des délais raisonnables, obtenir des financements de la part de banques
commerciales ou avoir accès à l'épargne du public. Ces IMF enregistreront des pertes accrues, jusqu'à ce que
l'expansion soit compensée par la mise en place d'économies d'échelles.
Ici, une corrélation négative existe entre
l’expansion de la zone d’action et l’AFI, dans la mesure où l’ouverture de
nouvelles succursales et le recrutement et la formation de personnel supplémentaire
sont nécessaires. Le recul de la
durabilité financière qui accompagne une expansion rapide de la zone d’action
constitue un obstacle au financement de cette expansion dans la durée. On peut appeler cela « le paradoxe de la
réduction de la pauvreté par microfinancement » : une IMF doit
étendre sa zone d’action pour réduire davantage la pauvreté, mais cette
expansion réduit les capacités de l’IMF, ce qui rend son financement commercial
difficile, sinon impossible[30].
La planification stratégique et l’élaboration de
modèles financiers peuvent contribuer à briser ce paradoxe. La période maximale au terme de laquelle les
investisseurs sociaux et les donateurs s’attendent à ce que l’AFI soit atteinte
est de 5 ans. Sur la base des hypothèses
réalistes qui peuvent être formulées en matière d’acquisition de clients, de
produits de prêt, de montant moyen des prêts par cycle, de taux de
remboursement, de taux de prêts, de produits d’épargne et de mobilisation de
l’épargne, de salaires et d’allocations, d’autres frais administratifs, de
coûts de financement, de coefficients moyens probables et de coûts des capitaux
supplémentaires, nous pouvons utiliser des modèles financiers pour calculer le
nombre de clients que nous pourrons servir et le taux d’intérêt adéquat qu’il
faudra appliquer pour atteindre l’AFI et couvrir toutes les pertes accumulées
en cinq ans. Si les pauvres peuvent
payer ce taux d’intérêt, nous pouvons leur offrir nos services. Dans le cas du CFTS, le recours à ces
modèles nous a appris que le taux d’intérêt devait être de 20 % (fixe), c’est
donc celui qui a été adopté dans toutes nos transactions avec les pauvres.
Pour attirer les financements nécessaires à la
mise en œuvre du Plan d’entreprise sur 5 ans, il faut le promouvoir en tant que
« financement combiné » pour atteindre l’AFI. Si les investisseurs sociaux et
les donateurs peuvent fournir des subventions et des prêts à des conditions
libérales, subordonnés à la réalisation d’objectifs de performance annuels
prédéterminés, pour financer les déficits d’exploitation avant l’AFI, les
banques commerciales devraient alors accepter de fournir les fonds requis avec
modalités de réaffectation aux taux en vigueur dans ce secteur. Le paradoxe peut donc être brisé.
Comme nous l’avons défini précédemment, un taux
d’intérêt « approprié » est celui qui permet à une IMF de couvrir tous ses
coûts d’exploitation ajustés au moyen de ses revenus d’exploitation ajustés
dans un délai raisonnable. On estime que la durée maximum est d’environ quatre
ou cinq ans, dans la mesure où les donateurs/investisseurs fournissant les
fonds et autres « financements et subventions » risquent de perdre patience
ensuite. La méthode du prix coûtant majoré (qui couvre les coûts avant de
fournir un profit raisonnable), de la manière la plus fondamentale, aboutit à
un taux d’intérêt approprié déterminé en majeure partie par l’efficacité avec
laquelle l’organisation conduit ses activités. Il ne s’agit toutefois pas de ne
pas tenir compte de l’importance cruciale du dernier élément figurant dans le
calcul des taux d’intérêt appropriés – le profit, tel qu’il est mesuré par le
taux de capitalisation.
En l’absence de profit, il devient impossible de
maintenir l’AFI. Les IMF qui génèrent un profit sont capables d’accumuler des
fonds propres – ce qui est une source de financement – afin d’augmenter la
portée de leur action auprès des pauvres et des très pauvres. À mesure
qu’augmentent les fonds propres d’une IMF, elle peut également renforcer sa
capacité de financement, que ce soit au moyen de l’endettement ou en acceptant
des dépôts plus importants de la part de sa clientèle (ou du grand public si
elle satisfait à la réglementation en vigueur) ce qui entraîne une nouvelle
progression de la portée de son action, avec pour conséquence la réussite, et
au-delà, de l’AFI.
Le calcul des taux d’intérêt appropriés revient
donc à estimer vos coûts unitaires administratifs, coûts de perte sur prêts,
coûts de financement et coûts de capital. On trouve de bonnes instructions à
cet effet à l’intérieur du document hors série n° 1 du GCAPD. On peut y lire
que « le taux d’intérêt réel annualisé (Tx) facturé sur les prêts sera fonction
de cinq éléments, tous exprimés sous la forme d’un pourcentage de la moyenne du
montant du portefeuille des prêts accordés : les frais administratifs (FA), les
pertes sur prêts (PP), le coût de financement (CF), le taux de capitalisation
souhaité (K), et le revenu d’investissement (RI) » (Hors série n° 1, page 1) :
Tx =
[(AE + LL + CF + K) / (1 – LL)] – II
Les IMF
asiatiques exhibent les résultats suivants pour ces ratios:
Tableau 4: Établissant des
Taux d’Intérêt Appropriés en Asie
|
|
Frais Administrafis |
Pertes sur Prêts |
Couts de Financement |
Taux Souhaité |
Revenu d’Investissement |
|
Range |
15% to 25% |
2% |
12% to 15% |
8% to 10% |
2% |
La formule précédente
signifie que les taux d’intérêt appropriés pour les IMF agissant auprès des
pauvres en Asie se situent entre 35 % et 51 % par an.
Une mise en garde doit être ajoutée ici. Pour toutes les raisons énoncées ci-dessus,
il est essentiel que les IMF atteignent l’AFI si elles veulent étendre la
portée de leur action à un grand nombre de familles pauvres. Toutefois, étant donné que nous travaillons
avec les pauvres et les très pauvres, un équilibre doit être trouvé pour fixer
ces taux d’intérêt. Cet équilibre se
situe entre la réalisation précoce de l’AFI et les avantages institutionnels
qu’elle comporte, et l’application de taux d’intérêt que les clients puissent
payer. Cela veut dire que ces taux ne
doivent pas atteindre un niveau qui nuise à une profitabilité adéquate des
activités principales génératrices de revenus pour les pauvres, c’est-à-dire
que le rythme fixé par une IMF pour atteindre l’AFI doit être en accord avec la
réalisation de son objectif supérieur de réduction de la pauvreté. Fait encore plus important, un fardeau
impossible à supporter ne doit pas être placé sur les épaules des premiers
clients[31].
L’institution qui veut obtenir son AFI doit absolument
établir un taux d’intérêt approprié, mais il lui faut également s’assurer que
son Portefeuille de prêts et ses actifs génèrent le taux de rendement souhaité[32]
. Jusqu’ici, cet article a souligné l’importance d’une bonne gestion des
dépenses pour accroître l’efficacité. Nous avons néanmoins à notre disposition
trois outils pour mesurer notre efficacité dans le domaine de la gestion du
revenu. En d’autres termes, une IMF génère-t-elle le niveau de revenu projeté à
partir de son Portefeuille de prêts, en fonction de son taux d’intérêt
approprié ? Dans l’affirmative, son équipe de direction est efficace. Dans la
négative, même une excellente gestion de ses coûts ne lui suffira pas pour
atteindre l’AFI.
La meilleure manière de mesurer l’efficacité de la
gestion des revenus est d‘effectuer une comparaison entre le taux d’intérêt
réel annuel, également appelé Taux d’intérêt annuel – le coût total encouru par
l’emprunteur pour les prestations de crédit au cours d’une année – et le
rendement réel du portefeuille. Le rendement du portefeuille cherche à mesurer
l’efficacité de l’IMF à se faire payer par ses clients en comparant les revenus
financiers reçus de la part des clients au cours d’une période donnée (d’un an
maximum) avec le montant moyen du Portefeuille de prêts durant la même période.
Les différences observées entre le taux d’intérêt annuel et le rendement du
portefeuille peuvent signaler la mauvaise qualité du portefeuille ou des
difficultés rencontrées pour percevoir les intérêts dus. Dans le cas des IMF
soumises à des cycles de prêt d’une durée inférieure à un an, il peut s’agir
d’une trop grande lenteur administrative à renouveler les prêts, peut-être due
à une inactivité croissante des clients en ce qui concerne les prêts ultérieurs
ou, notamment, à des techniques de gestion inefficaces provoquant des délais à
l’intérieur du processus de déboursement des prêts ultérieurs. En affinant
encore l’analyse de l’écart, une IMF devrait aussi comparer les revenus
financiers perçus des emprunteurs au cours d’une période donnée (un an maximum)
avec la moyenne du montant total des actifs pour la même période – autrement
dit, le rendement de l’actif. Si l’on observe une différence entre le rendement
du portefeuille et le rendement de l’actif, on peut mesurer l’efficacité de
l’IMF en ce qui concerne ses investissements autres que ceux non reçus par des
emprunteurs sous forme de prêts pour des activités génératrices de revenus. Par
exemple, existe-t-il d’autres sommes situées sur des comptes bancaires ne
versant pas d’intérêts, ou l’institution a-t-elle placé tous les fonds
disponibles dans des instruments financiers générateurs de revenus, tels que
des comptes de dépôts ou comptes d’épargne ? Une différence significative entre
les deux taux de rendement peut indiquer que les actifs situés en dehors du
Portefeuille de prêts ne sont pas gérés correctement.
Les IMF les mieux gérées exhiberont très peu de
différence entre tous ces outils d’évaluation. Les institutions constatant des
différences assez importantes feront bien de conclure qu’il est temps de se
livrer à des corrections de leurs systèmes administratifs, nécessité qu’elles
auront peut-être déjà saisi dans le cadre de leurs techniques de gestion de
coûts. Toute IMF qui surveille l’efficacité de sa gestion aux deux niveaux des
dépenses et des revenus possède de bien meilleures chances de réaliser l’AFI.
Les graphes suivants indiquent le taux d’intérêt
réel annualisé, le rendement du portefeuille et le rendement de l’actif
constatés par les IMF de notre étude de cas:
Graphique 5 : Analyse d’écart des cas d’étude chez les
IMFs



Nous voyons ici que des trois IMF, le CRECER est
celle qui présente l'écart le plus faible entre son taux d'intérêt annuel et le
rendement de son portefeuille, cette différence atteignant seulement 9 % le 31
décembre 1999. Il s'agit là d'une
amélioration notable par rapport à l'écart de 6 % enregistré le 31 décembre
1998. Elle reflète l'attention accrue
portée par les responsables des programmes du CRECER aux revenus immédiats des
prêts sur 16 semaines en 1999. La
réduction spectaculaire de l'écart de FINCA Ouganda de 12, 7 % le 31 décembre
96 à 3,6 % le 31 décembre 1999, est due aux efforts spécifiques déployés pour
améliorer les revenus de son portefeuille de prêts à l'aide de la " la
recapitalisation en 17 semaines ", un mécanisme d'incitation des employés
locaux décrit dans la section ci-dessus consacrée à ce sujet. Toutefois, FINCA Ouganda affiche la
différence la plus importante rencontrée dans toutes nos études de cas entre le
rendement de son portefeuille de prêts et de ses actifs, à savoir 34,1 %, ce
qui indique sa forte liquidité. Le 31
décembre 1999, un peu plus de 33 % des actifs totaux de FINCA Ouganda étaient
détenus en espèces et équivalents d'espèces.
A mesure que cet argent est mis à la disposition des pauvres, l'écart
devrait se combler. L'écart de
rendement du CARD a aussi été réduit, mais seulement de 5,6 % à 3,8 % entre le
31 décembre 1998 et le 31 décembre 1999.
Nous touchons ici à un problème délicat ! Les
hommes politiques n’aiment rien tant que « défendre » les pauvres et les très
pauvres en soutenant qu’ils ne devraient avoir à verser que des intérêts
artificiellement bas. Cela en dépit du fait que nous savons maintenant que le
crédit subventionné parvient rarement entre les mains des personnes à qui il
avait été promis. Les gouvernements de plusieurs pays maintiennent les taux
plafonds pour les prêts de faible montant, dans le but erroné d’apporter un
soutien aux pauvres. En réalité, le résultat involontaire est de priver les
pauvres de l’accès au crédit car les ressources et subventions, d’un montant
limité, sont raflées au passage par des emprunteurs jouissant de plus
d’influence que n’en ont les pauvres et les très pauvres au niveau local.
Il est ironique de constater que les ONG, et
encore plus les sociétés à but lucratif, qui offrent des prestations
financières durables directement aux pauvres et aux très pauvres à des taux
d’intérêt appropriés sont en danger constant de se voir accuser de pratiquer
l’usure par les hommes politiques, bureaucrates et intellectuels de tout poil –
mais jamais par leurs clients. Il est donc nécessaire de désamorcer le débat.
Comme tout le monde le sait, les prêts de microfinance
ont de faibles montants. Même s’ils sont assortis de taux d’intérêt « élevés »,
le montant de chaque remboursement reste relativement peu élevé, surtout dans
les cas de calendriers de remboursement fréquents, hebdomadaires par exemple :
lorsque le CARD accorde un prêt à 6 mois, d’un montant de 2 000 pesos, destiné
à l’engraissement d’un cochon, chaque remboursement hebdomadaire se monte à 88
pesos (environ 2,32 $US) , dont 8 pesos (environ 0,21 $US) d’intérêts.
L’emprunteur peut acheter deux porcelets au prix approximatif 1 000 pesos
chacun. Au bout de six mois, les cochons (engraissés principalement à l’aide
des déchets de la famille, de légumes cultivés dans le potager familial et
d’aliments industriels) peuvent être vendus au prix approximatif de 4 000 pesos
chacun, donnant donc à la famille un revenu total intéressant et un profit
moyen pouvant être estimé à 100 %. Les remboursements hebdomadaires proviennent
de la trésorerie familiale, ce qui peut entraîner des privations pour les
membres de la famille. Il s’agit donc d’un exemple tout à fait classique
d’épargne fondée sur la privation dans un objectif de gain futur.
Dans le cas des ménages trop pauvres pour pouvoir
même se priver ainsi, il peut être plus approprié d’offrir des instruments de
crédit conçus autour du petit commerce et permettant la production rapide et
fréquente de revenus supplémentaires. On pourra offrir des prêts de très faible
montant pour minimiser le montant des remboursements. Par exemple, une activité
de commerce de bracelets et produits de beauté entreprise par les femmes
pauvres du CFTS en Inde ne demande guère plus qu’un fonds de roulement de 1 000
roupies indiennes (24 $US). Si le taux d’intérêt est de 20 % (fixe) pour une
échéance à 20 semaines, capital et intérêts faisant l’objet de remboursements
égaux chaque semaine, le remboursement hebdomadaire nécessaire est de 60
roupies (environ 1,42 $US) , dont 50 roupies (1,18 $US) de capital et 10
roupies (0,24 $US) d’intérêts. La plupart du temps, les femmes font du porte à
porte de village en village en portant leurs marchandises dans un panier sur
leur tête, six jours par semaine. Elles arrivent à gagner environ 100 roupies
par jour ou 600 par semaine, ce qui leur donne environ 120 roupies de bénéfice
net (2,83 $US), dont elles utilisent la moitié pour le remboursement de leur
prêt.
Dans le cas des prêts d’un montant plus élevé, une
échéance plus éloignée permettra de réduire le remboursement hebdomadaire.
L’une des activités souvent choisies parmi les pauvres de l’Inde consiste à
acheter une bufflonne laitière fournissant une moyenne approximative de 3 kilos
de lait par jour. Une génisse pleine coûte environ 6 000 roupies (150 $US). Si
une femme très pauvre emprunte la totalité du prix d’achat, à un taux d’intérêt
de 20 % (fixe), soit un taux d’intérêt réel d’environ 40 %, avec un solde
dégressif sur une échéance de deux ans, elle doit effectuer 100 remboursements
hebdomadaires égaux. Chaque paiement (composé du capital et des intérêts) se
monte à [(6 000 + (6 000 x 0,2)) + (3 000 + (3 000 x 0,2) = 7 800 / 100 = 78
roupies (ce qui est légèrement inférieur à 2 $US)]. Il est possible de vendre 3
kilos de lait chaque jour au prix approximatif de 12 roupies le kilo. Cela
signifie que le remboursement hebdomadaire de 78 roupies peut être gagné en deux ou trois jours, le
revenu des quatre ou cinq jours restants servant à réduire la pauvreté de la
famille. Une police d’assurance sur le bétail permet de couvrir le risque de
mort de la bufflonne au prix de 4 roupies par semaine, soit 100 roupies par an.
Le coût total de 160 roupies durant la période de deux ans est assuré par la
vente du lait. Remarquons toutefois que les clients doivent prévoir le fait que
la génisse ne peut produire de lait que pendant neuf mois par an et doivent
donc trouver une autre activité génératrice de revenus pour les trois mois
restants. Certains clients indiens procèdent à l’achat d’une deuxième bufflonne
le plus rapidement possible. Deux génisses laitières fournissent un revenu
satisfaisant et régulier durant toute l’année, ce qui leur permet de sortir
leur famille de la pauvreté en quelques années. On en trouve un bon exemple
autour de la succursale de SHARE à Dachepalli, District de Gunter, Andhra
Pradesh : plus de la moitié des prêts accordés au cours des cinq dernières
années ont financé l’achat de bufflonnes laitières et un grand nombre des
clients d’origine habitent désormais dans de grandes maisons de ciment qu’ils
ont dessinées eux-mêmes.
Les exemples précédents font allusion au second
des facteurs importants qui permettent aux pauvres et très pauvres de payer des
taux d’intérêt appropriés : les taux de rendement du capital de leurs
micro-entreprises sont souvent supérieurs à 100 %. Telle est la conclusion
d’une étude d’évaluation d’impact récente très bien effectuée pour le CARD par
Mahabub Hossain[33]. Les
clients de son échantillon choisis au hasard affichaient un rendement moyen du
capital de 117 %. Si l’on sait que le taux d’intérêt réel du CARD pour les
prêts de ses clients est d’environ 39 % par an, les clients peuvent donc
conserver 78 % pour réduire leur pauvreté. On peut bien entendu déclarer que si
le taux d’intérêt du CARD était plus faible, ses clients sortiraient de leur
état de pauvreté encore plus rapidement. La question serait alors pour CARD de
trouver les ressources nécessaires. Si le CARD ne facture pas un taux d’intérêt
approprié, il peut lui être impossible, à court terme comme à long terme, de
réaliser un profit, ce qui rend l’institution complètement dépendante de la
générosité des bailleurs de fonds et des organismes d’état. Dans le pire des
cas, il ne lui serait même plus possible de répondre aux besoins financiers de
ses clients. On ne peut tabler sur le fait qu’une autre IMF pourrait prendre sa
place et les pauvres, aussi bien que les très pauvres se verraient une fois de
plus réduits à utiliser les services des prêteurs traditionnels. Une autre
étude récente des rendements du capital des micro-entreprises en Inde et au
Kenya (Harper, 1998) les a trouvés encore plus élevés en moyenne que ce
qu’avaient observé Hossain et Diaz pour le CARD.
Les expériences de remboursement pratiquement
toujours parfaites qui caractérisent les IMF du monde entier offrent la preuve
empirique que les pauvres de toutes les catégories sont bien en mesure de rembourser
les taux d’intérêt appropriés facturés par les institutions de microfinance.
Dans une région de l’Inde où les prêts du Programme de développement industriel
et régional connaissaient un taux de remboursement inférieur à 10 %, le CFTS
réussit à recouvrer 97 % des remboursements dus chaque semaine, depuis le
lancement de son programme local. SHARE, au Andra Pradesh (Inde), enregistre un
taux de remboursement parfait depuis ses débuts. Le CARD affiche un taux
presque aussi proche de la perfection depuis des années, avec une clientèle
composée pour moitié de la catégorie des plus démunis. L’expérience du CRECER
et de FINCA Ouganda est identique auprès d’un grand nombre de clients parmi les
plus démunis. Notre impression est même que les clients les plus pauvres
assurent un taux de remboursement plus élevé que celui des clients moins
pauvres. Cela peut être dû au fait que les femmes les plus démunies obéissent à
un désir particulièrement fort de s’élever au-dessus de la pauvreté et d’offrir
une vie plus confortable à leurs enfants ou encore à l’absence relative
d’autres opportunités génératrices de revenus.
Les 16 IMF membres de CASHPOR, dont le
portefeuille combiné de prêts en cours s’élevait à 42,7 millions de dollar US
pour une clientèle supérieure à 315 000 familles pauvres et très pauvres à
travers toute l’Asie à la fin de 1999, pouvaient afficher un portefeuille de
prêts à risque d’un montant de 2,04 %. Les millions de versements hebdomadaires
effectués dans les délais qui produisent ces chiffres apportent la preuve
évidente de la capacité des pauvres et des très pauvres à payer des taux
d’intérêt appropriés pour les prestations financières qu’ils reçoivent[34].
Il est donc clair que les pauvres et les très pauvres
peuvent payer des taux d’intérêt réels plus élevés sur leurs emprunts destinés
à des activités génératrices de revenus qu’il n’avait été pensé auparavant.
On a très peu parlé au cours de cet article de la
question si souvent rebattue de l’épargne. Il est peu de sujets qui aient
provoqué autant de débats ou fait naître autant d’émotions dans le secteur de
la microfinance. Notre intention n’est pas de nier l’importance de la promotion
de l’épargne parmi les pauvres, point de départ sur lequel s’accordent la
plupart des praticiens de la microfinance.
Il est essentiel que les pauvres aient à leur
disposition une épargne de secours qu’ils puissent utiliser en cas de crise
(disette ou maladie) sans être obligés d’avoir recours à des usuriers. Il est
aussi très important que les femmes pauvres disposent d’institutions sûres où
déposer leurs surplus financiers mais qui leur soient d’un accès facile. Les
réunions hebdomadaires organisées par une IMF dans les villages sont l’occasion
d’offrir ce genre de service aux clientes. Grâce à ces économies, les clients
sont également en mesure d’augmenter leur épargne pour pouvoir acheter des
biens productifs qui assurent la durabilité de leur sortie de la pauvreté, ou
pour pouvoir assumer d’importantes obligations sociales. Personne ne peut
douter de l’importance de l’épargne pour les pauvres.
La plupart des IMF admettent également
l’importance de l’épargne pour l’institution et ses activités. Une institution
peut utiliser l’épargne de ses clients comme une garantie, réduisant ainsi son
risque. Qui plus est, l’épargne peut apporter aux IMF une source de financement
relativement bon marché, dans la mesure où les taux d’intérêt qu’elles doivent
verser sur les comptes d’épargne de leurs clients sont en général inférieurs à
ceux qu’ils doivent verser pour emprunter des fonds auprès d’établissements
commerciaux.
Les IMF expriment néanmoins de fortes différences
au sujet de l’importance relative à accorder à l’épargne par comparaison avec le
crédit comme outil de réduction de la pauvreté ainsi que sur le meilleur moment
d’en souligner l’importance [auprès des clients]. Ces différences sont
illustrées par les trois études de cas de cette présentation. Le CARD, à
l’image de la Grameen Bank, place l’accent sur l’emprunt et n’accorde qu’une
importance secondaire à l’épargne. Le Fonds de groupe n’impose qu’un faible
montant d’épargne durant quelques semaines avant que les clients ne soient
admis à participer aux programmes de crédit générateurs de revenus et le
montant des prêts n’est pas lié à celui de l’épargne. Dans le cas de CARD en
revanche, à mesure de la progression du crédit de ses clients, l’institution
augmente le montant d’épargne de groupe obligatoire et encourage l’épargne
individuelle volontaire. FINCA Ouganda et le CRECER, qui utilisent le concept
des services bancaires au village, mettent l’accent sur un épargne
préliminaire. Ce n’est qu’après avoir économisé pendant plusieurs mois qu’une
famille pauvre est admise à faire une demande de prêt et, dans le cas de FINCA
Ouganda, le montant du prêt est plafonné en fonction du montant de l’épargne
(cinq fois).
Les trois études de cas diffèrent, comme on
pouvait s’y attendre, au niveau du montant moyen de l’épargne de leur clientèle
: le plus bas est celui du CRECER, à 29 $US[35],
suivi de celui du CARD à 43 $US et de celui de FINCA Ouganda, à 65 $US.
Veuillez remarquer que le classement des IMF en termes de total moyen des prêts
en cours est inversé, le CRECER étant doté du plus élevé, à 163 $US, suivi du
CARD, à 83,3 $US et de FINCA Ouganda, à 54 $US. La stricte corrélation demandée
par FINCA Ouganda entre le montant de l’épargne et celui de l’emprunt a pu
limiter les montants que pouvaient emprunter les pauvres. Il s’ensuit que le
CRECER affiche le ratio d’épargne sur Portefeuille de prêts en cours le moins
élevé, 20 % par rapport aux 47 % du CARD et au 119 % de FINCA Ouganda.
En sus des visions différentes des IMF sur
l’importance relative et l’utilisation de
l’épargne et du crédit dans la lutte contre la
pauvreté, il existe un certain nombre de questions morales et juridiques au
sujet de l’épargne. Morales, en raison de la nécessité d’assurer la protection
de l’épargne des pauvres, et juridiques, du fait de l’engagement des états, au
travers des banques centrales et autres organismes de réglementation, à assurer
cette protection. En conséquence, les IMF soutenues par des ONG ne peuvent pas
légalement rassembler des dépôts, même en provenance de leurs propres clients,
et encore moins du grand public. En réalité, de nombreux gouvernements et
organismes de réglementation « ferment les yeux » lorsque des IMF soutenues par
des ONG reçoivent des dépôts de la part de leur clientèle, en raison du fait
qu’il est évident que la plupart de ces institutions cherchent sincèrement à
aider les pauvres. Il reste à savoir si cette formule assure une protection
adéquate pour l’épargne des pauvres. Par ailleurs, les ONG gérant des comptes
de dépôts sont à la merci d’une action en justice. Au bout du compte, une telle
protection ne peut reposer que sur la suffisance en capital d’une IMF, mais les
ONG sont en général dépourvues de capitaux propres. C’est pour cela que le
montant d’épargne rassemblée par les IMF doit être soumis à des limites. En conséquence, les IMF soutenues par des
ONG qui désirent offrir un crédit progressif à un grand nombre de familles ne
peuvent pas s’appuyer sur l’épargne comme source principale de financement, ni
comme fondement de leur autonomie financière institutionnelle. Il ne s’agit tout
de même pas de négliger cette source de fonds qui peut néanmoins atteindre des
niveaux importants. Une fois atteinte l’autonomie financière, une IMF qui a
accumulé des capitaux propres dans les réserves (bénéfices non distribués) peut
s’appuyer sur les dépôts du grand public pour renforcer ses activités de
réduction de la pauvreté.
Un très grand nombre de familles les plus démunies
situées en Asie et un nombre croissant de familles en Afrique et Amérique
latine reçoivent désormais des prestations financières durables dans le cadre
d’une structure durable. L’observation détaillée des IMF de notre étude de cas
a révélé, non seulement que cela est possible, mais aussi comment y parvenir. L’élément crucial consiste à augmenter la
rentabilité économique [des opérations] de manière à minimiser le taux
d’intérêt approprié payé par les pauvres et les plus pauvres. La
comparaison avec le CFTS a montré comment planifier et mettre cela en oeuvre de
manière systématique pour raccourcir considérablement la période de temps
nécessaire pour obtenir l’AFI, en maximisant la portée et l’intensité de
l’action auprès des pauvres et des très pauvres – sous réserve qu’un financement adéquat soit disponible jusqu’au moment
où l’IMF devient rentable.
L’augmentation de l’efficacité institutionnelle
passe par trois étapes essentielles : 1) un ciblage économiquement efficace ;
2) la maximisation de l’efficacité institutionnelle aussi bien que de celle du
personnel local, au moyen de systèmes d’information de gestion, d’une
planification opérationnelle explicite et du renforcement de la qualité du
Portefeuille de prêts grâce à un système de mesures d'incitation destinées à la
clientèle et au personnel et 3) l’adaptation des instruments financiers [en
fonction des besoins de la clientèle].
Dès qu’une IMF a intégré dans sa stratégie des
niveaux élevés d’efficacité et réussit à contrôler ses coûts conformément à ces
objectifs, il lui faut ensuite facturer un taux d’intérêt approprié et
s’assurer que le rendement de son portefeuille est bien égal à ce taux.
Pour obtenir la généralisation de ces concepts à
l’intérieur de certains des pays les plus défavorisés, il faudra procéder à des
changements de politique et de stratégies fondamentaux. En premier lieu, là où
il est encore en vigueur, on doit supprimer le plafonnement des taux d’intérêt
sur les prêts aux pauvres et aux très pauvres. En deuxième lieu, il faut créer
une identité juridique convenable pour les institutions fournissant des
services de microfinance aux pauvres et très pauvres (peut-être exclusivement,
afin d’éviter tout détournement des ressources vers les non pauvres) et la mise
en place d’un système de réglementation conçu pour l’objectif fondamental du
secteur : la réduction de la pauvreté au moyen de l’offre de services de
microfinance aux pauvres et très pauvres.
Il est également temps de modifier les attitudes.
Certains continuent à estimer au sein de l’industrie de la microfinance, et
peut-être en-dehors de celle-ci, que l’AFI ne fait pas partie des objectifs
réalisables par de nombreuses IMF – particulièrement celles qui ont débuté sous
la forme d’ONG. Or notre étude de cas d’IMF offre la preuve empirique du
contraire. Un grand nombre de responsables d’ONG se sont tournés vers la
microfinance en raison de la promesse offerte par le concept, à travers la
réussite de la Grameen Bank du Bangladesh et d’autres praticiens du microcrédit
innovateurs, dans le domaine de la réduction de la pauvreté. Nombreux sont ceux
d’entre eux qui sont en train d’effectuer une transformation progressive de
leurs programmes polyvalents d’ONG en institutions financières pures et simples
: la microfinance était devenue leur programme de réduction de la pauvreté le
plus efficace. Ils suivent une formation qui leur permettra de gérer plus
efficacement leurs institutions de microfinance. Leur motivation et leur
satisfaction professionnelle n’ont pas leur source dans les opérations
bancaires elles-mêmes mais proviennent du contentement d’observer, de leurs
propres yeux, un nombre toujours croissant de femmes pauvres enfin à même de
sortir leurs familles de la pauvreté et de promettre une vie plus facile à
leurs enfants grâce aux opportunités offertes par les services de microfinance
de leurs ONG. Il est difficile d’imaginer un niveau de satisfaction
professionnelle plus élevé que celui acquis en fournissant des services de
microfinance aux pauvres et très pauvres selon une méthode efficace et
financièrement durable.
Nous espérons que cette présentation a réussi à
supprimer une grande partie du mystère entourant les concepts d’autonomie
opérationnelle, d’AFI et de rendement ajusté de l’actif, et a fait la preuve
que ces objectifs sont réalisables par des IMF gérées par des femmes et des
hommes normaux, motivés par le désir de réduire la pauvreté au moyen de la
fourniture de services de microfinance aux pauvres et très pauvres et qui
feront l’effort (effort qui n’est d’ailleurs pas très intense) d’apprendre à le
faire d’une manière efficace et financièrement durable.
Les IMF, une fois munies de l’identité juridique mentionnée
précédemment, devraient commencer à établir une relation suivie avec des
institutions bancaires de leur pays dès que possible. Fonds de garantie* et
Quasi-capital* sous la forme de prêts subordonnés à conditions de faveur
accordés par des donateurs ou des organismes sensibles [à leurs besoins
spécifiques] pourraient aider à attirer les banques dans un premier temps. Une
fois la relation établie, toutefois, c’est la fiabilité du recouvrement des
prêts et la solidité de la gestion financière des IMF qui détermineront dans
quelle mesure elles sont autorisées à faire usage de leurs capitaux propres
pour obtenir les ressources considérables dont elles auront besoin pour toucher
et aider de très nombreuses familles très pauvres.
Une IMF qui peut présenter des plans opérationnels
quinquennaux et apporter la preuve de son aptitude à en atteindre les objectifs
trouvera une attitude favorable auprès des banques avant même d’avoir pu
réaliser un profit. Le CFTS a obtenu de la part d’une banque commerciale, la
Oriental Bank of Commerce, une ligne de crédit à un taux de marché de 14,8 %
par an et a reçu d’une banque faîtière , la Small Industries Development Bank
of India - SIDBI, un financement à un taux situé près de celui du marché, sur
la base de son plan opérationnel bien conçu et de sa capacité à atteindre ses
objectifs. Les deux banques assurent le financement du CFTS en tant
qu’intermédiaire financier auprès des pauvres. Elles ont reçu en marge de prêt
10 % du montant souscrit sous forme d’un dépôt à terme et ont toutes deux
accepté comme garantie des prêts accordés à des pauvres. CFTS a pu tirer parti
d’une notation favorable émise par un organisme indépendant de notation des
institutions de microfinance, le statut « alpha minus » signifiant que l’institution
faisait l’objet d’une recommandation « en raison de son niveau de risque
acceptable et de bons systèmes».
Afin de maximiser les avantages pour les pauvres
et les très pauvres, il devrait être possible de céder les IMF[36]
(sous forme de franchise) à leur clientèle une fois que ces institutions ont
réalisé l’AFI. Cela permettrait aux pauvres et très pauvres de recevoir
certains des profits réalisés par la fourniture de services financiers qui leur
sont destinés. Cela aurait également l’avantage de contrer l’argument que les
pauvres paient des taux d’intérêt « trop élevés ». En dernier lieu, le
franchiseur serait libre d’établir de nouvelles franchises pour toucher un
nombre toujours plus important de familles pauvres et très pauvres, même si
cette méthode demande de vérifier que le niveau de qualité des opérations
décrit à l’intérieur du contrat de franchise est bien respecté. C’est de cette
manière que des nombres considérables de familles pourraient être élevées au
dessus du seuil de pauvreté.
David S. Gibbons et
Jennifer W. Meehan, 15 avril 2000
ABBL (Additional Balance-Based
Loan) Prêt
additionnel fondé sur le solde
ABSL (Additional Savings-Based
Loan) Prêt
additionnel fondé sur l’épargne
AE (Administrative
Expenses) Dépenses
administratives
APL (Annual Percentage
Rate) Taux
d’intérêt annuel
AROA (Adujsted Return on
Assets) Rendement ajusté
de l’actif
BSP Bangko
Sentral ng Pilipinas
CARD ( Center for Agriculture and
Rural Development ) Centre
pour l’agriculture et le développement rural
CD (Cash Deposit) Dépôt
en espèces
CF (Cost of
Funds) Coût
du financement
CFTS CASHPOOR
Financial and Technical Services
CGAP (Consultative Group to Assist the Poorest) Groupe consultatif d'assistance aux plus
défavorisés (GCAPD)
CHI (Cashpoor House Index) Indice
de logement Cashpoor
CLAP (CARD Loan Accelerated
Program) Programme
de prêts accélérés du CARD
DCPI (Daily Per-Capita
Income) Revenu
quotidien par habitant
DOS (Disk Operating
System) Système
d’exploitation à disques
FINCA (Foundation for International Community
Assistance) Fondation pour
l’entraide internationale communautaire
IFS (Institutional Financial
Self-Sufficiency) Autonomie
financière institutionnelle (AFI)
II (Investment Income) Revenu
d’investissement
K Taux
de capitalisation
LL (Loan Losses) Pertes
sur prêts
LMS (Loan Monitoring
System) Système
de contrôle (surveillance)le des prêts
MFI (Microfinance institution) Institution
de microfinance (IMF)
MIS (Management Information
System) Système
d’information de gestion (SIG)
OSS (Operational
Self-Sufficiency) Autonomie
opérationnelle
PWR (Participatory Self-Ranking) Système
d’évaluation participative de la richesse
R Taux
d’intérêt réel
SHARE Society
for Helping and Awakening of Rural Poor Through Education
SIDBI Small
Industries Development Bank of India
Rendement
ajusté de l’actif :
Ce ratio mesure la rentabilité des IMF, en
particulier, si les actifs – les investissements des IMF – ont été gérés de
manière à générer un profit. Il est calculé en fonction des résultats ajustés :
|
Résultat
d’exploitation ajusté Montant moyen de l’actif ajusté |
Efficacité
administrative :
Ce ratio mesure ce qu’il en coûte à une IMF, en
frais de gestion, pour un dollar de prêt en cours :
|
Montant total des frais administratifs Montant moyen du Portefeuille de
prêts |
Taux
d’intérêt annuel :
Ce qu’une IMF facture à ses clients pour emprunter
auprès de l’IMF, ce montant prenant en considération tous les frais, plusieurs
méthodes de calcul des taux d’intérêt (fixe, dégressif…) et la durée des prêts.
C’est le taux d’intérêt qu’une IMF espère recevoir sur son Portefeuille de
prêts. Également désigné sous le terme
de taux d’intérêt réel annualisé.
Taux
d’intérêt réel annualisé :
Voir la définition du Taux d’intérêt annuel.
Actif :
L’un des trois postes principaux sur le Bilan
comptable. Comprend les investissements ou les acquisitions effectués par l’IMF
avec ses ressources. En tant que fournisseur de services financiers, une IMF
affiche son Portefeuille de prêts comme actif principal.
Rendement
de l’actif :
Ce ratio mesure le montant de revenu réellement
généré par les actifs d’une IMF. La différence observée entre le Rendement du
portefeuille et le Rendement de l’actif indique la qualité de tous les
investissements d’une IMF, et pas seulement la qualité du Portefeuille de prêts
:
|
Total des revenus financiers
(intérêts et frais divers) – prêts montant moyen de l’actif |
Montant
moyen du portefeuille de prêts :
Solde moyen des prêts en cours pour une période considérée.
Une méthode de calcul simple consiste à ajouter le solde initial du
Portefeuille de prêts (au premier jour de la période) au solde final du
Portefeuille (au dernier jour de la période considérée) et à diviser ce total
par deux. Un calcul plus précis de la moyenne pouvant se révéler plus complexe,
nous avons choisi d’utiliser la méthodologie simplifiée dans le cadre de cette
présentation.
Dotation
aux provisions pour amortissement :
Coût encouru par l’IMF et enregistré sur le Compte
de résultats comme une dépense. Il représente la perte de valeur des
immobilisations (actifs immobilisés) à mesure de leur vieillissement.
Dons :
Également désignés sous le terme de subventions.
Les dons sont des ressources financières fournies par les bailleurs de fonds
(donateurs) et autres organismes à mission sociale. La plupart du temps ces
dons servent à couvrir les pertes d’exploitation d’une IMF. Enregistrés au
Bilan au poste du capital.
Capital
propre / Fonds propres :
L’un des trois postes principaux du Bilan.
Également désigné sous le nom de « Valeur nette » d’une organisation.
Garantie :
Souvent fournie par les organismes bailleurs de
fonds au lieu d’un financement direct (prêts à conditions de faveur,
subventions…) pour aider les IMF à trouver de nouvelles sources de financement
– en particulier sur les marchés de capitaux commerciaux. Cette formule permet
à une tierce partie solvable d’apporter sa « garantie » que l’IMF sera en
mesure de rembourser le capital et les intérêts (et si elle n’en avère
incapable, le « garant » remplira les obligations de l’IMF). Cela donne à l’IMF
l’accès aux sources de financement, nationales et internationales qui lui
étaient fermées jusqu’alors. À long terme, on espère que, lorsque l’IMF aura
fait la preuve de sa capacité de remboursement et lorsque les places
financières se seront familiarisées avec les risques du secteur de la
microfinance, il sera possible à l’IMF de maintenir sa relation avec les
marchés de capitaux alors même que la « garantie » disparaît.
Autonomie
financière institutionnelle (AFI) :
Ce ratio reflète la capacité d’une IMF à couvrir
tous ses coûts (y compris les ajustements), qui figurent au compte de résultats
pour une période donnée à côté du revenu d’exploitation ajusté :
|
Revenu ajusté
d’exploitation totale Frais financiers
ajustés + rovision pour pertes sur prêts ajustée + frais administratifs
ajustés |
Efficacité
de la Main d’oeuvre :
Mesure l’efficacité et la productivité du personnel
de votre IMF, dont les coûts salariaux représentent souvent de 50 % à 70 % des
frais d’administration totaux d’une IMF. Dans le cadre de cette présentation,
nous avons utilisé deux ratios spécifiques utilisés par l’ensemble des IMF :
|
Montant net du portefeuille de prêts en fin de la période Nombre total d’employés locaux Nombre total de clients emprunteurs actifs Nombre total d’employés locaux |
Effet de
levier :
Représente la capacité d’une IMF à utiliser ses capitaux
propres comme « levier » pour obtenir des fonds supplémentaires, figurant au
poste « passif » du Bilan, (obligations envers des tierces parties), telles que
des dettes ou des comptes d’épargne.
Passif :
L’un des trois postes principaux du Bilan.
Représente les obligations de l’IMF envers des tierces parties. Les comptes de
passif les plus importants d’une IMF comprennent l’endettement à court terme et
à long terme ainsi que les comptes d’épargne.
Liquidité :
Fait, la plupart du temps, référence à la capacité
d’une IMF à convertir ses actifs en liquide afin de satisfaire, le cas échéant,
ses obligations à court terme. Peut également être une mesure à long terme.
Dotation
aux provisions pour pertes sur prêts :
Coût de l’institution, figurant au Compte de
résultats, destiné à maintenir ou à renforcer la valeur de la Réserve pour
pertes sur prêts sur le Bilan.
Réserve
pour pertes sur prêts :
Représente le montant cumulé mis en réserve par
une IMF, à l’aide des dotations aux provisions pour pertes sur prêts à la fin
de chaque exercice comptable, pour se protéger contre les futures pertes sur
prêts. Ce compte ne diminue en valeur que lorsqu’une IMF décide de passer un
prêt par pertes et profits.
Actif ou
passif non financiers:
Les postes de l’actif et du passif qui ne
représentent pas des obligations financières, comme les immobilisations par
exemple.
Autonomie
opérationnelle:
Ce ratio reflète la capacité d’une IMF à couvrir
tous les coûts réels, figurant au compte de résultats au cours d’une période
donnée, à l’aide du revenu d’exploitation réel :
|
Revenu d’exploitation total Frais financiers + Provision
pour pertes sur prêts + Frais d’administration |
Pauvres:
Les familles situées dans la moitié supérieure de la
catégorie de population vivant au dessous du seuil de la pauvreté pour un pays
donné.
Très
pauvres, familles les plus démunies:
Les familles situées dans la moitié inférieure de la
catégorie de population vivant au dessous du seuil de la pauvreté pour un pays
donné.
Ratio du
portefeuille de prêts à risque:
Ce ratio mesure la qualité du portefeuille de
prêts. Il fait plus que prendre en compte les remboursements non versés par les
clients défaillants, mais prend également en compte le solde restant des prêts
à risque. La définition d’un prêt « à risque » est basée sur la longueur des
arriérés et peut varier en fonction des IMF. Les responsables prudents
devraient utiliser une date « limite » de 30 jours ou de quatre semaines, selon
la situation :
|
Montant total du Portefeuille
de prêts assortis d’arriérés supérieurs à 4 semaines Portefeuille de prêts totaux |
Rendement
du portefeuille:
Ce ratio mesure le montant de revenu réellement
dérivé du Portefeuille de prêts. La différence entre le Taux d’intérêt annuel
et le Rendement du portefeuille révèle si une IMF réussit à percevoir tous les
revenus financiers projetés :
|
Montant total des frais financiers Montant moyen du Portefeuille
de prêts |
Quasi-capital:
Souvent désigné sous le terme d’endettement
subordonné (non privilégié). Ce type de financement est accordé à l’IMF sous
forme de capitaux propres et remboursé aux créanciers comme une dette. «
Subordonné/non privilégié » fait référence à la position des créanciers au sein
de la hiérarchie de remboursement en cas de faillite; ils viennent après les
créanciers de premier rang mais sont remboursés avant les actionnaires.
Réserves
(ou bénéfices non distribués) :
Les réserves (ou bénéfices non distribués)
reflètent le profit (ou la perte) annuel (le) cumulé (e) généré (e) par une
IMF, calculé (e) sur le compte de résultats. Elles figurent au poste des
capitaux propres sur le bilan.
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Publications.
[1] Dans le cadre de ce document, du Sommet du
Microcrédit de 1997 et de la campagne de neuf ans d’accomplissemnt de la
Campagne, toutes les références au microcrédit font référence aux programmes de
prêts destinés à encourager l’emploi indépendant, ainsi qu’aux autres
prestations financières et professionnelles à cet effet (notamment l’épargne et
le soutien technique) réservées aux personnes très pauvres
[2] Les auteurs désirent remercier le Sommet du
Microcrédit de son invitation et de l’assistance considérable reçue au cours de
la préparation de cette présentation. Nous sommes tout particulièrement
reconnaissants de la collaboration suivie de Rob Gailey, du Secrétariat. Nous
avons bénéficié de l’aide considérable des IMF de notre étude de cas qui ont
réussi à nous faire parvenir les informations demandées dans les délais
impartis, ce qui est d’autant plus louable étant donnés les obligations
découlant de leurs activités sur le terrain. Nous remercions tout
particulièrement Dolores Torres, Marjorie Bugia, Robert Ridgley, Stuart
Bresnick, Barbara MkNelly, Beth Porter, John Hatch, Michael McCord et Paul
Ssegawa. De nombreux commentaires nous sont parvenus de la part de lecteurs à
qui le Secrétariat du Sommet avait envoyé une version préliminaire. Nous avons
apprécié notamment les remarques de Sam Daley-Harris, Alex Counts, Charles
Waterfield, Howard Brady, Gary Woller, Bill Gheen et Hartmut Schneider, mais
nous tenons à remercier toutes les personnes qui ont trouvé le temps de nous
envoyer des suggestions. Nous avons pu prendre en compte la plupart d’entre
elles, pour le plus grand bien du présent article. Helen Todd a relu la
dernière version préliminaire et offert des suggestions précieuses. Nous tenons
néanmoins à accepter la responsabilité de tout ce qui figure à l’intérieur du
présent article. Nous serions heureux de recevoir les commentaires de nos
lecteurs aux adresses suivantes : gibbons@pc.jaring.my et
jenifer_meehan@hotmail.com.
[3] Les termes suivis d’une « * » sont définis
dans le Glossaire des termes, pages 30-32.
[4] Nous utilisons la définition du Sommet du
Microcrédit : les familles « très pauvres » (ou « les plus démunies ») sont
celles dont le revenu les place dans la moitié inférieure de la catégorie de
population vivant au dessous du seuil officiel de la pauvreté pour un pays
donné. Les familles situées dans la moitié supérieure de la catégorie de
population vivant au dessous du seuil officiel de la pauvreté pour un pays
donné sont définies comme «pauvres».
[5] Jonathan Conning (1998 : 2), au sujet de
Christen ,1997 ; Microfinance Network, 1998 et Otero & Rhyne, 1994.
[6] Les ajustements relatifs à l’inflation et aux
subventions sont calculés en fonction de la méthode décrite au deuxième
chapitre de « Evaluating MFI Financial Sustainability », par Christen dans «
Banking Services for the Poor: Managing for Financial Success ».
[7] Cette hypothèse tend à simplifier grandement la réalité : il ne tient pas
ompte de la préservation de valeur du capital contre les effets de l’inflation.
[8] Dans certains cas, des montants apparemment
illimités de subventions au crédit destiné aux pauvres sont disponibles sous
forme de refinancement, dans la cadre du « crédit aux secteurs prioritaires »
auprès de banques centrales ou de banques faîtières. Il semble toutefois que ce
financement ne puisse être obtenu qu’en satisfaisant des conditions similaires
à celles du financement commercial auprès d’institutions financières
officielles. Par ailleurs, il est peu vraisemblable que des économies pauvres
puissent offrir ce genre de financement subventionné de manière durable.
[9] En vertu du droit de réponse, nous avons soumis un article au GCAPD, mais
il a été rejeté en raison du grand nombre de contributions en attente de
publication à revoir avant qu’un « nouveau numéro » puisse être publié ! Voir Gibbons (1998) « Can the ‘Core Poor’ Benefit from Microcredit »,
Bulletin du CASHPOR « Credit for the Poor », n° 20.
[10] Les services destinés aux familles pauvres et
très pauvres en milieu rural sont en effet plus chers que ceux qui sont
destinés aux familles pauvres et très pauvres en milieu urbain, mais ils
peuvent être fournis d’une manière qui soit financièrement durable.
[11] Il nous a été demandé pourquoi nous n’avions
pas choisi d’analyser des IMF plus connues telles que BancoSol, K-Rep, BRI et
la Grameen Bank. En fait, les trois premières ne répondaient pas à l’un de nos
critères de sélection : l’action auprès d’un nombre élevé de pauvres. BancoSol,
K-Rep et BRI n’agissent pas auprès d’un nombre considérable des pauvres situés
dans leur pays. La Grameen Bank possède bien entendu de nombreux clients parmi
les familles les plus démunies du Bangladesh, mais il nous a semblé que la
démonstration serait plus convaincante si elle était menée au sujet d’un
programme construit à l’image de la Grameen Bank, celle-ci pouvant après tout
être considérée comme un cas unique.
[12] Communication par courrier électronique de
John Hatch, Fondateur et Directeur de la Recherche, FINCA, 8 mars 1999.
[13] La faillite de la Co-Op Bank a été très difficile pour FINCA Ouganda et il
faut reconnaître que cette institution a eu le mérite de se stabiliser dans des
délais très brefs. Toutefois, ses
résultats du 31 décembre 1999 s’en sont fortement ressentis. Lorsque la Co-Op Bank a fermé, les clients
ont d’abord assumé que FINCA Ouganda cesserait
aussi ses opérations. Mais FINCA
Ouganda est intervenue pour leur assurer qu’il n’en était rien. Comme tous ses fonds n’étaient pas déposés à
la Co-Op Bank, et que de nouveaux financements commerciaux ont pu être obtenus
(avec des garanties de la Bank of Uganda s’appuyant sur une autre garantie de
FINCA International), FINCA Ouganda a pu verser tous les prêts ultérieurs et
conserver ainsi la confiance de ses clients.
FINCA Ouganda n’a pas exigé le remboursement en espèces des échéances
des prêts détenus à la banque, mais a demandé à ses clients de signer un acte
de cession.
[14] Veuillez
remarquer que, à mesure qu’augmente la concurrence entre les IMF du
monde entier, comme cela est le cas au Bangladesh et dans un grand nombre de
régions d’Amérique Latine, les IMF se trouveront dans l’obligation de réduire
leurs taux d’intérêt pour préserver leur part de marché et conserver leur
clientèle. Dans ces conditions, les effets de la viabilité des institutions
inefficaces et mal gérées pourraient avoir des conséquences désastreuses.
[15] Il existe un effort grandissant pour assembler des
données comparables au sujet des résultats opérationnels et financiers des IMF.
L’un des exemples les plus détaillés est celui du Microbanking Bulletin, publié
deux fois par an par le Microfinance Program, Economics Institute, Boulder,
Colorado (États-Unis). Ces efforts devraient également pouvoir tirer parti à
l’avenir des activités d’organismes de notation voués aux IMF, telles que
Private Sector Initiatives et EDA Rural Systems et des résultats d’analyses
effectuées de manière indépendante, telles que CAMEL par ACCION.
[16] Ce sujet sera abordé en détail dans le cadre d’une
présentation séparée au cours de la Réunion des Assemblées d’Abidjan de la
Campagne du Sommet du Microcrédit.
[17] Pour obtenir des informations supplémentaires, voir le manuel
Cost-Effective Targeting: Two Tools to Identify the Poor par David Gibbons et
Anton Simanowitz avec Ben Nkuna. CASPOOR: Serembam,
Malaysie. [Fax:
(606) 764 2307 et email: gibbons@pc.jaring.my.]
[18] Ces ratios peuvent utiliser n’importe quelle unité
de devise locale. Dans le cas où une unité de devise locale ne serait pas significative, on peut
utiliser 100 ou 1000 unités (n’importe quel multiple de dix peut être utilisé).
[19] Communication électronique de Chuck Waterfield, 26 mars 1999.
[20] On trouvera une description plus détaillée dans : « Handbook for Management Information Systems for
Microfinance Institutions», GCAPD, février 1998, préparé par Nick Ramsing et
Chuck Waterfield.
[21] On se référera aux documents suivants : « Format
for the Appraisal of Microfinance Institutions », GCAPD, version finale, 1997,
« Financial Ratio Analysis for Microfinance Institutions», SEEP Network, 1995
et la mise à jour récente du manuel «
Tracking Financial and Operational Performance », CASHPOR, 1999.
[22] On trouvera des instructions de calcul du montant du portefeuille de prêts
à risque et de la dotation aux provisions pour pertes sur prêts dans : GCAPD
(1997) et Christen (1997).
[23] Effectué au moyen d’une modification des hypothèses
de base : montant du financement, coûts administratifs…., afin d’en évaluer
l’impact sur les autres indicateurs essentiels tels que l’autonomie
opérationnelle et l’AFI. On parle alors fréquemment d’analyse de « variance »
ou de « sensibilité ».
[24] Consulter par exemple le récent « Business Planning
and Financial Modeling for Microfinance Institutions: A Handbook », GCAPD,
Novembre 1998, préparé par Tony Sheldon et Chuck Waterfield.
[25] Le plan opérationnel quinquennal n’est bien entendu
pas limité à une période de cinq ans. Il devra en effet faire l’objet de
plusieurs mises à jour en fonction des événements ayant réellement survenu au
cours de la période. Le modèle financier mis à jour révélera l’impact probable
de ces modifications sur le triple objectif de maximisation de l’offre de
prestations financières aux pauvres de manière efficace et durable.
[26] On définit comme membres « à risque élevé » ceux
qui n’appartiennent pas à la catégorie des pauvres ou dont la réputation, dans
leur village, est qu’on ne peut leur faire confiance pour les questions
financières.
[27] Ayant un revenu supplémentaire suffisant pour que
la famille se situe au dessus de la ligne officielle de la pauvreté.
[28] On trouvera une discussion plus approfondie dans :
Gibbons (1998b)
[29] Les auteurs expriment leur reconnaissance à Ismail Serageldin,
vice-président de la Banque mondiale, dont l’intervention a permis d’inclure
cette section et la suivante à ce document.
[30] Robert Ridgley, du CRECER, a fait remarquer dans une communication
électronique datée du 11 mars 2000 qu’en 1999, le CRECER «…a poursuivi
l’objectif de réduction de la pauvreté au détriment de l’AFI. Le CRECER a été en mesure de le faire parce
qu’il a pu générer suffisamment de fonds supplémentaires destinés à l’expansion
continue de ses programmes à la fois sous forme de financements commerciaux et
de subventions… Si le CRECER avait choisi de ne pas étendre ses programmes dans
de nouvelles zones (qui sont pauvres), il aurait probablement atteint et
dépassé le taux de 100 % d’AFI en augmentant le montant de ses prêts sans
accroître les frais d’exploitation correspondants. »
[31] Les auteurs sont reconnaissants à Huguette Labelle, ancienne présidente de
l’Agence canadienne pour le développement international, d’avoir porté ce
danger à leur attention.
[32] Nous remercions Howard Brady, du Global
Partnerships de Seattle, de nous avoir suggéré d’inclure cette analyse. Elle
apporte une amélioration considérable au présent article.
[33] Directeur de la Division des Sciences sociales,
Institut international de recherche sur le riz, (IIRR), Los Banos, Philippines
(Hossain & Diaz, 1997)
[34] Les pauvres des Philippines aiment à utiliser un proverbe en tagalog selon
lequel : << un home au bord de la catastrophe peut decider de se
raccrocher meme a la lame d’un couteau trachant>>, me nous ne pensons pas
que cela s’applique au secteur de la microfinance destinee aux paouvres. Les
taux de remboursement presque parfait observés dans le secteur de la
microfinance destinée aux plus pauvres sont particulièrement convaincants en
raison de leur persistance au cours de plusieurs décennies, preuve que les
pauvres retirent un avantage de cette opportunité : comment autrement
pourraient-ils systématiquement rembourser intégralement leurs emprunts ?
[35] Le CRECER s’efforce actuellement d’établir des liens entre ses groupes
bancaires de village et les institutions financières du secteur formel afin
d’offrir à ses clients un établissement d’épargne fiable, ce qu’il ne peut pas
faire lui-même en raison de la réglementation actuellement en vigueur en
Bolivie. Ce processus est au stade expérimental et vise principalement les
banques communautaires dont la proximité avec des institutions financières
formelles le justifie.
[36] L’expérience de la Grameen Bank, dont les
actionnaires sont en majorité des clients, en est la preuve.