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Volume 2, Numéro 3
fevrier/mars 1999

Dans ce numéro

Le DFID déclare que le microcrédit est un outil important de la lutte contre la pauvreté

En toute franchise: Noeleen Heyzer, directrice générale au FNUF

La Campagne du Sommet met au point un kit de mesure de la pauvreté

La PKSF: une institution faîtière finance plus de 162 programmes

Actualités

La recette de la réussite d'une boulangère

La Réunion des Assemblées 1999— Ordre du jour et inscriptions

La Campagne du Sommet remercie les sponsors nouveaux et fidèles

Remerciements aux présidents adjoints

Les numéros précédents

Volume 1, numéro 4, mai/juin 1998

Volume 1, numéro 3, février/mars 1998

Volume 1, numéro 2, novembre/décembre 1997

Volume 1, numéro 1, août/septembre 1997

La Campagne du Sommet met au point un kit de mesure de la pauvreté

Le conseil de direction de la Campagne du Sommet du microcrédit vient de donner son accord à la création d'un kit de mesure de la pauvreté par le Sommet du microcrédit (Poverty Measurement Tool Kit, PMTK). Le conseil de direction de la Campagne a décidé que les deux premiers outils de mesure seraient l'Indice du logement (House Index) de CASHPOR utilisé en Asie rurale et la méthode d'Évaluation participative de la richesse (Participatory Wealth Ranking). Bien que le Sommet n'impose pas ces instruments d'évaluation pour la sélection des clients, il est possible que les programmes de microcrédit désirant servir les familles les plus pauvres et dont la méthodologie leur permet d'incorporer facilement ces outils les jugent utiles pour évaluer le niveau de pauvreté de leur clientèle. Ces outils, et d'autres qui seront identifiés ultérieurement, serviront à évaluer les progrès accomplis vers l'objectif du Sommet de toucher 100 millions des familles les plus pauvres du monde. La méthodologie de ces outils, ainsi que les sources d'informations à leur sujet sont présentées brièvement ci-après.

Historique
L'objectif du Sommet du microcrédit est d'offrir à 100 millions des familles les plus pauvres du monde, notamment aux femmes de ces familles, les crédits qui leur permettent d'exercer une activité indépendante ainsi que d'autres services financiers et commerciaux d'ici l'an 2005. En 1996, le comité d'organisation du Sommet a adopté la définition « des plus pauvres » formulée par le Groupe consultatif en matière de directives du Groupe consultatif pour l'assistance aux plus pauvres. Dans le cadre de la Campagne du Sommet du microcrédit, « les plus pauvres » sont les familles vivant en pays en voie de développement et classées comme faisant partie de la moitié inférieure de la tranche de population vivant en dessous du seuil de pauvreté dans leur pays. Dans les pays industrialisés, l'objectif du Sommet est de toucher les familles situées en dessous du seuil de pauvreté de leur pays.
Dès le début de la campagne, il est apparu qu'il serait difficile de suivre les progrès accomplis par rapport à l'objectif du Sommet, étant données les connaissances actuelles dans le domaine. Souvent, lorsque l'on demande aux praticiens du microcrédit d'indiquer le nombre de clients servis, ils sont en mesure d'indiquer le nombre total de clients et le pourcentage de femmes parmi ces clients. Toutefois, la plupart des praticiens ne possèdent pas de documentation indiquant la proportion de clients appartenant aux familles « les plus pauvres » au moment où ils reçoivent leur premier prêt, telles que cette catégorie « des plus pauvres » a été définie par le Sommet. Pour la plupart des praticiens, il n'existe tout simplement pas de méthode simple et peu coûteuse pour analyser le niveau de pauvreté de leurs clients.
C'est la raison pour laquelle la Campagne du Sommet du microcrédit a mis en oeuvre le Groupe de discussion de mesure de la pauvreté en octobre 1997. Ce groupe de discussion permanente a été conçu pour aider à rassembler les méthodologies utilisées par les programmes de microfinance pour identifier ceux de leurs clients qui font partie de la moitié de population la plus pauvre parmi la catégorie vivant en dessous du seuil de pauvreté défini pour un pays en voie de développement. Plus de 680 personnes se sont jointes à ce groupe de discussion. Au cours des deux premiers échanges, les participants ont examiné deux instruments d'évaluation très prometteurs et bien décrits : l'Indice du logement (House Index) de CASHPOR utilisé en Asie rurale et le Classement par évaluation participative de la richesse (Participatory Wealth Ranking).

La nécessité de trouver d'autres outils de mesure de la pauvreté
Nous espérons que les outils de mesure présentés dans cet article seront suivis de nombreux autres à l'intérieur du Kit de mesure de la pauvreté du Sommet. Il est à souhaiter qu'à mesure que ces premiers outils sont portés à la connaissance d'institutions à travers le monde, celles-ci décideront de faire connaître leurs propres outils d'évaluation de la pauvreté. Le Sommet pourra alors lancer un examen de ces nouvelles méthodes par les membres du Groupe de discussion d'évaluation de la pauvreté. Les outils paraissant les plus efficaces feront l'objet d'une présentation au Comité directeur de la Campagne du Sommet pour insertion éventuelle dans le Kit d'évaluation de la pauvreté.
Le secrétariat du Sommet fera parvenir au Groupe de discussion de mesure de la pauvreté un nouvel assortiment de méthodes d'évaluation au début de 1999 et lance un appel général pour recevoir des descriptions détaillées d'autres méthodes de mesure de la pauvreté utilisées en ce moment. Tout envoi devrait contenir les réponses aux questions suivantes :
1. De quelle manière l'outil de mesure de la pauvreté est-il mis en oeuvre ? Il est essentiel de nous faire parvenir les instructions détaillées, des exemplaires de tous les formulaires ou questionnaires utilisés et une liste du matériel concret employé au cours de la mise en œuvre de la méthode.
2. Quelle est l'efficacité de cet outil d'évaluation ? Permet-il de faire la différence entre les familles pauvres et les non-pauvres ? Entre les familles pauvres et les familles très pauvres ? Veuillez inclure toutes les évaluations et études effectuées comparant cette méthode à d'autres ou fournissant une indication de sa fiabilité pour déterminer les niveaux de pauvreté de la clientèle.
3. Quels sont les coûts d'utilisation de cet outil de mesure de la pauvreté ? Quelle est la durée de temps nécessaire de la part du personnel animateur ? Quel est le niveau de compétences requis de la part du personnel pour que la méthode soit efficace ? Quelle quantité des ressources d'une institution est nécessaire pour cette méthode ?
Veuillez transmettre les outils de mesure de la pauvreté au Directeur de recherche de la Campagne du Sommet du microcrédit, Robert Gailey, à gailey@microcreditsummit.org, ou par fax  à : (1) 202 637 3566.

Présentation abrégée du Classement par évaluation participative de la richesse (Participatory Wealth Ranking) utilisé par la Fondation pour les petites entreprises (1).
Le Classement par évaluation participative de la richesse (CPR), est une reformulation de la technique d'Évaluation rurale participative. Il s'agit d'une méthode de classement très subjective et très locale utilisée par les membres de la communauté désirant trouver les membres les plus démunis au sein de la communauté. Les membres de la communauté choisissent leurs propres critères de classement entre la richesse et la pauvreté ; ces critères comprennent souvent des facteurs invisibles ou difficilement identifiables pour les observateurs extérieurs à la communauté. Dans la mesure où le processus demande la participation des membres de la communauté durant toute sa durée, ceux-ci reçoivent la responsabilité d'analyser leur propre situation, ce qui accroît souvent leur sentiment d'appartenir aux programmes créés pour aider les plus pauvres à l'intérieur de leurs communautés.
Le CPR débute lorsqu'un membre du personnel invite les participants de la communauté à venir assister à l'analyse cartographique du village. Il est important d'inviter les femmes et de s'assurer de la participation d'au moins quelques personnes de chaque secteur du village. La première étape consiste à tracer une carte de la zone entière, en y inscrivant les noms de tous les foyers de la communauté considérée. Une fois cela terminé, le groupe inscrit le nom de chaque foyer sur une fiche. L'organisateur doit ensuite établir plusieurs groupes de référence composés des participants membres de la communauté (trois ou quatre groupes de quatre à six personnes) et établit un calendrier de rendez-vous pour le jour suivant.
Au début de chaque réunion avec les groupes de référence, l'organisateur lance une discussion générale sur la pauvreté et les caractéristiques communes aux personnes les plus pauvres. Au bout d'un moment, on demande aux groupes de trier les fiches portant les noms des différents foyers en différentes piles, selon le statut de richesse du foyer. Chaque groupe est libre de créer autant de piles qu'il le veut (minimum de quatre piles) à condition que les piles séparent les pauvres des moins pauvres. Les membres du personnel prennent des notes au sujet des caractéristiques servant à distinguer chacune des piles discutées par le groupe.
A la fin de l'exercice de tri effectué par les trois groupes de référence, on attribue un score à chaque foyer en fonction du classement qu'il a reçu de la part de chaque groupe. On additionne ensuite les scores attribués à chaque foyer par les groupes de référence. Les scores sont classés en trois catégories: cohérents, incohérents mais utilisables, ou non fiables. Les foyers ayant reçu un score non fiable devront recevoir un autre score de la part d'un autre groupe de référence ou devront être évalués par d'autres méthodologies permettant de cibler les clients, telles qu'un indice du logement, pour permettre d'aboutir à une plus grande clarification. Une fois que les scores ont été additionnés et comparés aux notes prises au cours des discussions, on choisit un score limite pour le groupe à cibler. Les foyers dont le score est inférieur peuvent faire appel aux service de microcrédit.
Le CPR présente les avantages suivants :
• Le fait de recevoir des réponses de trois ou quatre groupes garantit une plus grande fiabilité des données et élimine l'impact des manipulations ou de l'ignorance d'un groupe unique.
• Les biens spécifiques d'une famille ne font pas l'objet d'une discussion publique, ce qui évite d'embarrasser certains et de permettre à d'autres de dissimuler des informations.
• Les membres du personnel, qui ne font pas partie de la communauté, y gagnent une meilleure connaissance de celle-ci, tandis que les membres de la communauté ont la possibilité de définir leurs propres critères et méthodes d'analyse de la pauvreté. Par ailleurs, ce sont les membres de la communauté qui effectuent la plus grande partie du travail concret, laissant ainsi la liberté aux membres du personnel d'animer les discussions et de prendre des notes.
• Le processus génère des informations détaillées au sujet de la région. Les données obtenues permettent de déterminer le seuil à partir duquel un foyer est réputé assez pauvre pour être admis au programme. On peut également utiliser ces informations au moment de la conception d'un projet ou de l'analyse de son impact.
Un désavantage possible du CPR est que les membres du personnel sur le terrain détiennent une responsabilité significative au niveau de l'animation efficace du processus. Bien que le fait de rassembler les réponses de trois groupes de référence différents permette de détecter facilement les problèmes, si l'animation laisse à désirer, on peut aboutir à des résultats incohérents qui doivent être rejetés, ce qui représente un gaspillage de ressources.
Il est possible d'éliminer ou d'éviter ce désavantage possible en mettant l'accent sur la formation à ces méthodes du personnel et en surveillant régulièrement leurs performances.

Présentation abrégée de l'Indice du logement de CASHPOR, utilisé par CASHPOR Inc.(2)
L'Indice du logement (IL) de CASHPOR est une méthodologie externe, une méthodologie d'observation, qui offre un moyen peu coûteux d'identifier les personnes très pauvres dans la plupart des conditions en Asie rurale. C'est une adaptation de l'approche du ciblage de la pauvreté pratiqué par Grameen. Les institutions appartenant au réseau de Grameen ont découvert que cet outil leur permet d'identifier très rapidement les familles très pauvres habitant dans une région donnée, avec un taux de fiabilité d'environ 80 pour cent. L'IL consiste à inspecter sept des caractéristiques d'une maison, notamment : la taille, le nombre d'étages, la condition de la structure, les matériaux de construction utilisés pour les murs et la toiture, les services publics offerts et la possession de véhicules. Ces critères sont adaptés en fonction des situations locales. Chaque composante reçoit un certain nombre de points. Un seuil limite est fixé (en fonction, une fois de plus, des conditions locales), de manière à ce que les familles dont les maisons ont reçu un certain nombre de points ne puissent participer au programme, tandis que les foyers dont le score est inférieur au score plafond sont susceptibles d'appartenir au programme, en général après avoir subi un test administré par le personnel. Une procédure d'appel existe pour les familles qui déclarent être très pauvres bien qu'habitant dans des maisons dont le score était trop élevé pour leur permettre d'accéder au programme. L'IL ne fonctionne pas très bien dans les villages bénéficiant de logements fournis par le gouvernement : dans ce cas, l'évaluation peut être remplacée par une forme participative d'évaluation de la richesse.
La première étape de l'IL a lieu lorsque les organisateurs s'adressent aux responsables administratifs locaux (dans les secteurs de l'agriculture, de la santé, de l'éducation ou des services sociaux), pour déterminer où se trouve le plus grand nombre de foyers pauvres dans une région donnée. Avec ces informations, l'un des organisateurs établit rapidement une carte des zones suggérées. Cela fournit une liste des quartiers qui semblent contenir les foyers susceptibles de convenir le mieux au programme. On peut ensuite mener une étude de l'IL dans ces quartiers de manière à examiner chaque maison et à indiquer clairement sur la carte lesquelles devraient faire partie du programme.
Chaque foyer retenu en fonction des résultats de l'IL est étudié selon un « test de richesse ». La « richesse » est calculée en diminuant la valeur des principaux biens du foyer du montant des dettes de celui-ci. Dans la mesure où, seuls les foyers ayant satisfait les critères sévères de l'IL doivent passer le « test de richesse », il est inutile de procéder à un test de vérification des ressources (l'étude du revenu du foyer et non seulement de ses biens) plus détaillé.
Le test de la richesse fournit un moyen de vérification supplémentaire des résultats obtenus avec l'IL et permet d'obtenir des données de base au sujet des clients potentiels.
Une fois que tous les foyers remplissant les conditions ont satisfait ce processus, ils apprennent s'ils sont admis provisoirement à participer au programme. C'est à ce moment-là que les organisateurs prennent le temps de motiver les foyers admissibles au programme. Dans les régions où il apparaît possible qu'une proportion importante des fonds puissent se retrouver entre les mains de non pauvres, un organisateur expérimenté est chargé de rencontrer et d'interviewer un échantillon des foyers choisis pour vérifier que c'est bien le groupe ciblé qui a été touché.
Le cas échéant, un foyer peut faire appel de sa non participation au programme. Dans ce cas, un organisateur expérimenté doit procéder à un entretien approfondi pour déterminer si le foyer fait bien partie de la population ciblée en dépit des apparences. Cette procédure d'appel évite qu'un pauvre « discret » se voit refuser l'accès au programme.
L'IL présente les avantages suivants :
• Il est possible de distinguer les foyers pauvres des foyers très pauvres.
• L'étape d'élimination de la plupart des foyers est peu coûteuse. L'essentiel des efforts déployés et des frais utilisés est consacré à l'identification des foyers extrêmement pauvres.
• En raison de son utilisation par un personnel formé à ce programme, les critères choisis pour répertorier les maisons peuvent être adaptés aux conditions locales sans perdre leur caractère objectif.
• Il est facile de former le personnel aux évaluations.
• Il est possible d'effectuer des entretiens de contrôle pour éviter la corruption et renforcer la fiabilité des données.
• La procédure d'appel permet de toucher la plupart des foyers les plus pauvres, même cachés.
Parmi les points faibles de l'IL, il convient de noter les problèmes suivants :
• Il perd de son efficacité pour distinguer entre les pauvres et les très pauvres lorsqu'il est utilisé dans des régions peu pluvieuses, dans les régions où le gouvernement a créé des programmes d'aide au logement ou dans les régions où règne une certaine uniformité des structures d'habitation.
• Les clients potentiels peuvent tricher lors du test de contrôle d'évaluation de la richesse en fournissant des informations fausses.
Il est possible d'éliminer les inconvénients de l'IL de la manière suivante :
• Il est important de constamment vérifier les procédures afin de déceler les faiblesses de mise en œuvre ou les effets d'une équipe sans enthousiasme apte à laisser des non pauvres participer au programme.

Pour recevoir des informations supplémentaires :
« Draft Training Manual on Cost-Effective Targeting » peut être commandé au prix de 15 $US, plus frais d'envoi, auprès de CASHPOR Publications :
CASHPOR Technical Services (M) Sdn. Bhd.
No. 29 Jalan Permata 5
Taman Permata (Lobak)
70200 Seremban NSDK
MALAISIE
Tél. : 606 764 2307 Fax : 606 764 5116 e-mail : gibbons@pc.jaring.my site web : www.cashpor.com

Les informations contenues dans cette présentation abrégée proviennent du manuel « Participatory Wealth Ranking Operational Manual », Version 3.0, Août 1998, publié par le PROGRAMME DE CRÉDIT TSHOMISANO de la Fondation des petites entreprises et rassemblé par Anton Simanowitz avec l'assistance de Ben Nkuna.

Les informations contenues dans ce rapport proviennent du manuel « Draft Training Manual on Cost-Effective Targeting », écrit par CASHPOR Inc., publié par GRAMEEN TRUST et rédigé par Wayne Tomlinson et David S. Gibbons, nouvelle édition, Juin 1995.