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Une partie intégrale du programme d’enseignement du Sommet du microcrédit était les 40 sessions Relever le défi qui ont eu lieu à la Réunion des Assemblées en 1998. Les leaders des secteurs du microcrédit, de gouvernements, d’entreprise, des services bancaires, et d’ONG ont participé à des présentations. Cet article ci-dessous est un extrait d’une session intitulée "Prise en compte des politiques afin d’assurer les programmes de microcrédit qui permettent aux femmes d’être autonomes employés et clientes."

Édition Double Spéciale de la Réunion des Assemblées, 1998
Septembre 1998

Dans ce numéro

Réduction de la pauvreté grâce a l'ACDI

Alberto Fujimori, president du Pérou

Rendre les femmes autonomes

Présentation des plans d'action des assemblées

Actualités

De fil en aiguille

Les numéros précédents

Volume 1, numéro 4, mais/juin 1998

Volume 1, numéro 3, février/mars 1998

Volume 1, numéro 2, novembre/décembre 1997

Volume 1, numéro 1, août/septembre 1997

Rendre les Femmes Autonomes

Robin Ratcliffe, vice-président, Communications, ACCION International

[Ratcliffe] ACCION International est un praticien de la microentreprise qui a des filiales en Amérique Latine et aux États-Unis. Je vais vous parler principalement des politiques qui permettent aux institutions de microentreprise d’aider les femmes, surtout les femmes très pauvres, de façon plus efficace.

La première politique ...consiste à parler la langue que parlent ces femmes... En effet, il est indispensable que les chargés de prêts et les conseillers parlent la même langue que leurs clientes. Par exemple, à la banque BancoSol en Bolivie, il est plus important que les chargés de prêts parlent quecha ou aymara plutôt qu’espagnol car les femmes souffrant de la pauvreté qui ne sont jamais allées à l’école ne parlent peut-être pas ou peu espagnol. Il est évident que lorsque l’on ne parle pas le dialecte ou la langue d’une personne, on a un handicap dès le départ et il est beaucoup plus difficile de l’aider et de lui rendre service.

Par ailleurs, il faut comprendre les conditions dans lesquelles ces femmes vivent. Dans le monde entier, les femmes continuent de s’occuper de plus de 90 % des tâches ménagères et des enfants. C’est le cas en Amérique latine... Par conséquent, il est très important que les institutions de microcrédit offrent des prêts, et plus précisément des procédures de demande, adaptés aux besoins des femmes : petits prêts, procédures de demande très simples qui ne demandent pas d’être lettré, des termes courts et des délais d’attente et d’exécution très courts et encore moins de coûts d’opportunité que pour les programmes destinés aux hommes.

La seconde politique consiste à comprendre le travail que font les femmes... Les institutions de microfinance doivent comprendre comment les femmes considèrent leur travail, comment elles gèrent leurs microentreprises, et comment elles dépensent l’argent supplémentaire qu’elles gagnent... ACCION a fait une enquête financée par le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) et a interwievé 600 femmes de cinq pays d’Amérique latine et un peu plus de 200 hommes...Cette enquête a démontré que : puisque les femmes s’occupent des enfants et de quasiment toutes les tâches ménagères, elles consacrent moins de temps à leurs microentreprises que les hommes. Les microentreprises des femmes sont en fait moins productives que celles des hommes, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont moins douées qu’eux. Cela signifie seulement qu’avec ces contraintes de temps, les microentreprises sont moins productives et cela pour différentes raisons : les femmes ont moins d’expérience dans le domaine des affaires, suivent moins de formation et doivent jongler avec les responsabilités du ménage et des enfants. D’après cette enquête, les femmes réinvestissent moins dans leurs entreprises que les hommes. Elles préfèrent consacrer cet argent à leurs enfants et à leur famille. Les femmes ne dépensent pas d’argent en boisson ou au jeu et ne gaspillent pas leurs bénéfices. Elles réinvestissent dans leurs entreprises et surtout se servent de cet argent pour améliorer le bien-être de leurs enfants (nourriture, école) et le logement familial. D’après cette enquête faite en Amérique latine, le taux de remboursement des prêts est quasiment le même pour les hommes et les femmes...Pour comprendre le travail que font les femmes il ne faut pas généraliser d’un pays à l’autre et d’une culture à l’autre. Chaque institution doit s’engager à comprendre le statut des femmes qui se trouvent dans sa région.

Attardez-vous sur le personnel de l’institution de microentreprise. Premièrement, embauchez plus de femmes pour les postes de cadres supérieurs... De nombreuses organisations ont non seulement à leur tête des hommes, mais n’offrent pas non plus de postes à responsabilités aux femmes. La meilleure façon de rendre une institution pour le développement de la microentreprise sensible à la question de l’inégalité des sexes, c’est de mettre des femmes dans des postes de gestion. De nature, les femmes sont plus enclines à s’occuper des problèmes de genre que les hommes et conseilleront plus facilement les femmes à l’intérieur de l’organisation.

ACCION estime qu’il n’est pas nécessaire de cibler spécialement les femmes car ce praticien offre des prêts qui, grâce à des procédures de demande simplifiées et un service rapide, prennent directement en compte les problèmes auxquelles doivent faire face les femmes tels que les obstacles entravant le chemin menant au crédit, l’illétrisme important et le temps libre limité.

Deuxièment, formez votre personnel. Les chargés de prêts, les cadres moyens - tout le monde au sein d’une institution de microfinance a besoin d’être formé en matière de disparité entre les hommes et les femmes. Regardez si, dans votre propre personnel, vous n’êtes pas limités par des convictions qui ne sont pas apparentes mais qui sont bien présentes - un courant de pensée négatif quant à l’égalité des sexes.... Faites circuler un questionnaire sur les femmes pour savoir en fait ce que votre personnel pense...

Toujours est-il qu’embaucher des femmes chargées de prêts...n’est pas forcément la solution à ce problème. Dans de nombreux pays, les femmes travaillant seules dans les quartiers pauvres s’exposent à des situations dangereuses... Il est donc très important de sensibiliser les chargés de prêts masculins pour qu’ils deviennent des spécialistes du problème de disparités entre les sexes...

Gardez les données sur le problème de l’inégalité des sexes et diffusez-les généreusement. Les institutions de microentreprise ne doivent pas se contenter d’aider les femmes uniquement. Elles doivent changer la façon selon laquelle les décideurs perçoivent et comprennent pourquoi donner plus de pouvoir aux femmes aboutit à une société plus saine et plus forte.

Helen Todd, Rédactrice, CASHPOR

[Todd] CASHPOR est un réseau de banques suivant le modèle de la Grameen Bank. Ces banques offrent de la formation, de l’assistance technique et de l’information à leurs membres. CASHPOR encourage aussi la création de banques de ce genre. J’aimerais d’abord vous raconter une histoire... Un jour, je suis allée visiter une institution de microfinance au Népal. Étant donné que David Gibbons et moi faisions une évaluation du programme dans ce pays, les responsables voulaient à tout prix nous montrer leurs meilleurs emprunteurs. On m’a emmenée chez une femme qui avait fait trois emprunts auprès de ce programme... L’argent avait été investi dans une entreprise d’épicerie. Lorsque j’ai commencé à poser des questions sur l’entreprise, c’est le mari qui a répondu...À chaque fois que je m’adressais à elle (qui avait fait l’emprunt), elle ne pouvait pas répondre, elle ne savait pas de quoi je lui parlais. Leur ménage s’en sortait bien financièrement : leur revenu avait presque doublé. Ils possédaient plus de biens et ils étaient l’exemple même du succès.

Ensuite, j’ai suivi la femme et nous sommes allées dans la maison où elle s’est mise à pleurer. Je lui ai demandé ce qu’il se passait. En fait, étant donné que son mari réussissait si bien et qu’il gagnait plus d’argent qu’avant, il avait décidé de prendre une deuxième femme qui s’était installée dans la maison le mois précédent. La première femme dormait alors en bas avec la belle-mère...

En plus de la douleur que ressent cette femme, l’aspect économique de cette situation ne lui est pas favorable non plus. En effet, la seconde femme aura des enfants, et toute augmentation de revenu généré par l’emprunt devra être partagée entre un plus grand nombre de personnes. Une fois sortie de la maison, j’ai dit au responsable qui m’accompagnait : "Pensez-vous vraiment que cet emprunt a profité à cette femme?" Il s’est vraiment fâché contre moi et ne voyait pas la différence entre les intérêts personnels de sa cliente et ceux du ménage. Par ailleurs, il avait des doutes quant à l’efficacité d’un programme qui octroye des prêts et reçoit des remboursements sans que des retombées positives existent forcément. 

Je me suis alors rendu compte qu’à Tangail au Bangladesh, dans le cas d’emprunts à long terme, les familles qui avaient le mieux réussi (dans l’échantillon étudié) étaient celles dont les femmes et les hommes travaillaient ensemble et où les deux personnes étaient des acteurs économiques importants... Sur les 40 emprunts à long terme (voir Women at the Center, Westview, 1996) pris par des femmes auprès de la Gramen Bank que constituaient notre petit échantillon, 10 (c’est-à-dire 25 %) n’avaient presque pas ou pas du tout leur mot à dire quant à l’utilisation de leur emprunt. Elles prenaient l’argent à leur nom pour ensuite le distribuer à leur mari, à un fils, à un beau-père, ou à un autre membre masculin appartenant le plus souvent au ménage mais quelque fois non, et se retrouvaient ainsi dans une situation d’exploitation encore pire.

Une autre étude sur quatre programmes de microcrédit du Bangladesh a été faite par Goetz et Gupta (World Development, Janvier 1996) à peu près au même moment que la mienne et voici ce qu’il en est ressorti :  Les femmes n’ayant presque pas ou pas du tout leur mot à dire quant à l’utilisation de leur emprunt représentaient 10 % des clientes de la Grameen Bank (nombre bien inférieur à celui que j’ai trouvé); 45 % des clientes du BRAC; 38 % des clientes de TMSS et 63 % des clientes de RD-12 (programme de crédit gouvernemental). La moyenne était de 39 %, ce qui vous admettrez, est inacceptable.

Les gens se servent de ces chiffres pour argumenter que rendre le crédit accessible aux femmes représente moins d’avantages que le disent les "évangélistes." Ce n’est pas de cette façon que j’interprète ces résultats. Pour moi, si 39 % des femmes n’ont presque pas ou pas du tout leur mot à dire, cela veut dire que 61 % d’entre elles font partiellement ou entièrement ce qu’elles veulent. C’est beaucoup mieux que l’état de dépendance totale dans lequel elles étaient quand elles ont commencé.

On peut voir ces chiffres sous un angle encore plus utile : si dans un seul pays - le Bangladesh - à l’intérieur d’une seule culture, les résultats varient autant (de 10 à 63 %), nous devons alors nous pencher sur ces programmes pour voir comment ils fonctionnent et essayer de comprendre quels aspects et quels mécanismes font que les femmes ont le contrôle ou non de leur emprunt....

Je pense que l’un des moyens les plus efficaces de rendre les femmes plus autonomes est d’avoir des structures simples qu’elles peuvent exploiter et comprendre (comme la structure groupe et centre de la Grameen Bank). Elles peuvent alors être au centre et à la tête de cette structure, comprendre et suivre les règles de fonctionnement et se débrouiller seules. Si quelqu’un, que ce soit un membre du personnel ou non, essaie alors de contourner ces règles, elles savent comment réagir et quoi faire.

La façon de procéder en affaires devrait être transparente : si les affaires se font au grand jour dans le village, il y a alors moins de possibilités de corruption, activité qui se traduit généralement par l’exploitation de quelqu’un.

Les groupes devraient aussi être homogènes : lorsque dans un groupe, vous avez des femmes plus aisées ou beaucoup plus vieilles que d’autres, elles essaient généralement de dominer et d’exploiter les autres...

Souvent, les mécanismes destinés à encourager les femmes à utiliser leur emprunt elles-mêmes existent déjà au sein du programme, et il suffit de les rendre plus efficaces. Par exemple, le système de la Grameen Bank prévoit un contrôle de l’utilisation qui est faite de l’emprunt, contrôle effectué par la personne à la tête du groupe ou du centre et un membre du personnel travaillant à ce centre. Il est très important que ce contrôle soit fait en profondeur au cours des premières années et par du personnel sensible à ce problème. Il est donc possible que vous ayez à organiser des ateliers de formation destinés à votre personnel, surtout si celui-si se compose essentiellement d’hommes.

IPendant les séances de formation des clientes, il faut mettre l’accent sur le fait que ce sont les femmes qui doivent être les acteurs économiques, que c’est leur droit et leur responsabilité en tant qu’emprunteuses. Il faut que vous instauriez un esprit d’entreprise économique au sein des vos clientes. Dans le programme CASHPOR en Inde, qui vient de voir le jour à Mirzapur, on envisage d’imposer des pénalités (et non des mesures punitives) aux femmes qui laissent les hommes s’occuper de leurs emprunts. Nous savons que les très petits prêts n’intéressent pas les hommes. Dans les cas où le mari se charge du prêt, il faut non seulement réduire la taille de ce prêt à l’étape ultérieure pour que mari soit moins tenté, mais aussi réduire le prêt autant que possible pour que les personnes du groupe pensent que la femme est capable de gérer cet argent, de prendre confiance en elle pour ensuite être capable de gérer un prêt plus important....

Muhammad Yunus, Directeur Général, Grameen Bank

[Yunus] La Grameen Bank a été créée en 1976 dans le but de réduire la pauvreté et la faim. Elle compte aujourd’hui 2,3 millions d’emprunteurs au Bangladesh. Nurjahan et Jannat sont deux étudiantes qui ont travaillé avec moi lorsque j’ai essayé d’agir dans le village voisin... Je n’arrivais pas à communiquer avec les femmes du village car elles ne voulaient pas me rencontrer. Je devais dire à Nurjahan et Jannat ce que j’avais en tête et c’est elles qui allaient chez ces femmes leur expliquer ce que j’avais dit, essayaient d’obtenir une réponse pendant que j’attendais à l’ombre d’un arbre. Elles revenaient me dire les questions qu’elles avaient posées. Je leur donnais alors les réponses et c’est comme ça que nous avons commencé à travailler...

Lorsque Nurjahan et Jannat ont commencé à travailler avec moi, elles ne pouvaient rien dire à leur famille car en tant que musulmanes, elles n’étaient pas supposées travailler. Quand on est musulmane, on fait sa maîtrise et on attend de se marier. Nurjahan a dû cacher à sa famille qu’elle devait faire du porte-à-porte et aller à pied parler aux familles pauvres du village dans le cadre d’un projet expérimental...

Lorsque nous essayions d’aider les femmes, de leur donner des prêts, elles pensaient qu’elles ne devaient pas accepter cet argent. Elles disaient tout le temps : "Pourquoi n’avez-vous pas donné cet argent à mon mari?" Voilà comment tout a commencé, et on a dû travailler très dur pour faire participer les femmes...

Que se passe-t-il lorsque les personnes qui ont fait des emprunts auprès de la Grameen Bank se mettent à gagner de l’argent? Arrivent-elles à gérer les biens et tout ce qu’elles ont acheté avec cet argent? Notre politique de prêt au logement est le suivant : il faut que vous ayez réussi à garder un prêt pendant trois ans pour être éligible. Le prêt au logement que nous offrons est de 300 $US...Nous n’accordons pas de prêt au logement à une femme, ou tout emprunteur de la Grameen Bank, qui ne peut prouver qu’il ou elle est le/la propriétaire du terrain sur lequel la maison va être construite. Bien-sûr au départ, le terrain n’appartient pas à la femme puisqu’elle vit dans la maison de son mari. Le terrain appartient au mari... Il faut donc qu’elle en parle à son mari : "Qu’est ce qu’on fait? Est-ce qu’on veut une maison? Si oui, la seule façon, c’est de me donner le terrain." Tout cela représente un choc pour le mari, mais le besoin de logement est tel qu’il finit par accepter et signe. Ils vont au bureau de l’État qui s’occupe des transferts de propriétés pour obtenir le nouveau titre de propriété qu’elle peut alors présenter à la banque pour sa demande de prêt au logement. Nous avons accordé 400 000 prêts au logement jusqu’à présent. Dans tous les cas, si c’est la femme qui fait l’emprunt, c’est à elle que doit appartenir le terrain et la maison.

Le divorce d’avec la femme est une pratique très courante, surtout parmi les pauvres. Il faut dire que la procédure est très simple : il suffit de dire "je divorce" trois fois de suite, et c’est fait. Par ailleurs, cette décision est irrévocable, même si le mari a des regrets... Lorsqu’on est en colère, la première chose qu’on dit c’est "je divorce" trois fois de suite et ça y est. Dans le cas où le ménage a un prêt au logement, fait construire une nouvelle maison et que toute la famille vit dans la même maison, le mari, même s’il est noir de colère, ne prononce pas cette phrase car il sait pertinemment que c’est lui qui doit partir...

Nous voulions être sûrs que 100 % des familles clientes de la Grameen Bank votent aux élections nationales de 1991. Nous avons donc fait campagne. Personne n’était très enthousiaste et le message commun était "Pourquoi voter? Peu importe qui est élu, ça revient au même." Nous nous rendions compte qu’il y avait une absence totale d’enthousiasme. Pouvions-nous les encourager à participer aux élections? Après de nombreuses discussions, nous avons décidé de changer notre politique... "Vous avez raison, ils sont tous les mêmes. Mais si vous ne votez pas, le pire candidat risque d’être élu.... Si vous faites attention, si vous discutez entre vous du meilleur candidat possible, votre vie sera peut-être plus facile si ce meilleur candidat est élu." Cet argument les a fait réfléchir.... Ensuite, nous leur avons demandé de discuter du pire candidat, de ce qui fait qu’un candidat est le pire, et enfin du meilleur candidat...

Aux élections de 91, nous avons vraiment réussi à faire voter tous les membres des familles clientes de la Grameen Bank. C’était très perfectionné...Tout le Grameen Center, les adultes, les enfants et les nouveaux-nés devaient se rassembler au centre de la maison et aller voter ensemble, avant que qui que ce soit arrive... Tout le village était aux aguêts, parce que personne n’y allait...C’est très important : vous vous sentez forts car vous y allez ensemble. Les hommes politiques vont vous remarquer... La fois d’après, ils viendront vous voir en premier car ils savent que vous formez un bloc. Vous irez alors voter pour quelqu’un...

 D’autres élections générales se sont tenues en 1996. Nous avons réutilisé la même stratégie, tout en y ajoutant un petit élément... Cette fois, nous avons fait participer les voisins - surtout les voisines... Les élections de 1996 ont marqué l’histoire du Banglasdesh : le taux de participation a été de 73 % pour l’ensemble du pays, ce qui est un taux supérieur à la normale. Ce qui nous a le plus surpris, c’est que, pour la première fois dans l’histoire du Bangladesh, plus de femmes que d’hommes ont voté. Les hommes et les femmes votent à des bureaux de vote séparés, c’est la tradition. Généralement, l’organisation du vote des femmes nécessite deux fois moins de travail que le vote des hommes car deux fois moins de femmes que d’hommes votent... En 1996 par contre, elles étaient beaucoup plus nombreuses : le temps d’attente était beaucoup plus long aux bureaux de vote des femmes. Elles n’ont pas pour autant cèder leur place. Elles ont fait la queue pendant des heures avec leurs bébés, leurs enfants. Elles n’ont pas abandonné.

En 1997, se sont tenues des élections locales. Nous avons refait la même chose...Nous avons vraiment été surpris des résultats : de nombreuses emprunteuses de la Grameen Bank ont été élues. Nous leur avons demandé pourquoi elles avaient fait cela et elles ont répondu : "Ne nous aviez-vous pas dit de chercher le meilleur candidat, que si on trouvait des bons candidats, on devait voter pour eux? On en a discuté et on n’a trouvé personne. Ensuite, on s’est demandé pourquoi on cherchait de bons candidats. On pouvait se présenter aux élections, on était de bons candidats, nous. On était toutes ensemble, on a toutes voté et on a toutes été élues." Plus de 4000 emprunteuses de la Grameen Bank ont été élues aux élections locales, 38 ont été élues pour être à la tête de gouvernements locaux.