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Volume 2, Numéro 3
fevrier/mars 1999

Dans ce numéro

Le DFID déclare que le microcrédit est un outil important de la lutte contre la pauvreté

En toute franchise: Noeleen Heyzer, directrice générale au FNUF

La Campagne du Sommet met au point un kit de mesure de la pauvreté

La PKSF: une institution faîtière finance plus de 162 programmes

Actualités

La recette de la réussite d'une boulangère

La Réunion des Assemblées 1999— Ordre du jour et inscriptions

La Campagne du Sommet remercie les sponsors nouveaux et fidèles

Remerciements aux présidents adjoints

Les numéros précédents

Volume 1, numéro 4, mai/juin 1998

Volume 1, numéro 3, février/mars 1998

Volume 1, numéro 2, novembre/décembre 1997

Volume 1, numéro 1, août/septembre 1997

La PKSF: une institution faîtière finance plus de 162 programmes

[Dr. Ahmed]

En devenant membre d'une Assemblée du Sommet du microcrédit, chaque institution s'engage à créer un Plan d'action institutionnelle illustrant sa contribution à l'objectif du Sommet. Ce numéro présente le Plan d'action institutionnelle de la Fondation Palli Karma-Sahayak (PKSF), l'institution faîtière de financement par microcrédit nationale la plus importante au monde à cibler exclusivement les pauvres. Le Dr. Salehuddin Ahmed, directeur général explique ci-dessous la réussite de son institution.

En devenant membre d'une Assemblée du Sommet du microcrédit, chaque institution s'engage à créer un Plan d'action institutionnelle illustrant sa contribution à l'objectif du Sommet. Ce numéro présente le Plan d'action institutionnelle de la Fondation Palli Karma-Sahayak (PKSF), l'institution faîtière de financement par microcrédit nationale la plus importante au monde à cibler exclusivement les pauvres. Le Dr. Salehuddin Ahmed, directeur général explique ci-dessous la réussite de son institution. Parlez-nous de la Fondation Palli Karma-Sahayak (PKSF).

La Fondation Palli Karma-Sahayak est le nom bengali, qui signifie Fondation pour le soutien à l'emploi en milieu rural. La fondation a été créée en 1990 par le gouvernement du Bangladesh, sous la forme d'une société à but non lucratif. Cette forme reflète son statut autonome et non bureaucratique. La PKSF est une institution faîtière de financement [qui fournit] des prêts sans garantie à environ 162 ONG et également à quelques programmes et coopératives gouvernementaux. Il s'agit pour nous d'atteindre les organisations de base travaillant sur le terrain. Nous les traitons en organisations partenaires. Notre mission est également d'établir des normes régissant les opérations de microcrédit et d'aider les ONG à se transformer en institutions de financement durables.
La PKSF est administrée par un conseil d'administration formé de sept administrateurs et il existe également un conseil général de 15 membres. Les représentants du gouvernement sont désignés en fonc-tion de leurs compétences personnelles et non en raison de leur position dans le gouvernement et ils s'ex-priment en général en leur nom propre. La Fondation PKSF jouit d'autonomie et de souplesse. Notre budget est accepté par le conseil d'administration avant d'être transmis au gouvernement à titre d'information. Pour toutes ces raisons, nous sommes en mesure de fonctionner de manière réellement souple et autonome.
Les sources de financement de la PKSF sont les suivantes : tout d'abord, le gouvernement du Bangladesh a alloué 31,9 millions de $US depuis la création de la Fondation. Par ailleurs, nous avons reçu une ligne de crédit de 105 millions de $US de la part de la Banque mondiale. L'emprunteur est en fait le gouvernement du Bangladesh, pour le compte de la PKSF. Nous devrons rembourser le principal au bout de 20 ans. Le taux d'intérêt versé par le gouvernement du Bangladesh s'élève à 0,75 pour cent, tandis qu'il facture à la PKSF un taux de 1,00 pour cent. La Banque asiatique de développement a octroyé une ligne de crédit de 18 millions de $US, et l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), environ 10,3 millions de $US sous la forme d'une subvention pour capitaux de lancement. Enfin, un certain nombre d'institutions ont offert de fournir des fonds.
A ce jour, l'organisation regroupe 162 institutions partenaires. Il existe plusieurs critères de sélection : les institutions doivent cibler les pauvres et les non propriétaires ; elles doivent opérer dans différentes régions du Bangladesh, sans que leurs zones d'activité se recouvrent ; elles devraient posséder un système d'information de gestion (SIG) et un système comptable. C'est ainsi que nous les sélectionnons.
Sur les 162 organisations partenaires, trois d'entre elles sont d'une taille importante : le BRAC, la PROSHIKA et l'ASA. Comme je l'ai mentionné précédemment, nous payons, sur les fonds que nous recevons du gouvernement, un taux d'intérêt de 1 pour cent, que nous considérons d'ailleurs comme des frais d'administration et non comme des intérêts. Les petites organisations nous versent des intérêts de 3 pour cent, les organisations plus importantes, comme l'ASA, le BRAC et la PROSHIKA, 5 pour cent. Cette marge de 2 pour cent à 4 pour cent nous sert à payer les coûts opérationnels de la PKSF, si bien que nous ne sommes pas dépendants d'un budget gouvernemental.
Les 162 organisations partenaires de la PKSF touchent environ 1,2 million d'emprunteurs en milieu rural, et plus de 90 pour cent des clients sont des femmes. Au 30 septembre 1998, nous avions octroyé environ 91,3 millions de $US. Ce montant avait en fait circulé sur le terrain à un taux de 2,7 fois, car nous si nous fournissons les fonds aux organisations partenaires, elles les mettent en général à la disposition des groupes pour une durée de 50 semaines. Ce qui leur permet de faire circuler l'argent pendant environ trois ans, si bien que sur le terrain, le 1,2 million d'emprun-teurs a eu à sa disposition 247 millions de $US, sans compter l'épargne générée par les bénéficiaires. Le taux de remboursement s'élève à 98 pour cent et pour obtenir les fonds alloués par la Banque mondiale et le gouvernement, la PKSF doit maintenir ce taux de 98 pour cent. Ce taux est valable aussi bien au niveau des clients qui remboursent les organisations parten-aires qu'au niveau des remboursements effectués par les organisations partenaires à la PKSF. Dernièrement, à la suite des grosses inondations du Bangladesh, la PKSF a octroyé à ses organisations partenaires des subventions d'un montant global de 0,2 million de $US pour les aider à créer un « Fonds de gestion de catastrophe naturelle », qui devra être un fonds renouvelable pour chaque organisation partenaire.
A la fin décembre 1998, nous [avions] un objectif de 1,8 millions d'emprunteurs. Et dans le cadre de l'objectif du Sommet, nous projetons d'atteindre environ 3 millions d'emprunteurs d'ici l'an 2005.

L'expérience a montré que les gouvernements et les organismes gérés par des gouvernements ne devraient pas être chargés de l'administration de programmes de microcrédit, car cela offre de trop grandes chances de corruption, favoritisme et autres problèmes politiques. Quels sont certains des principes à l'origine de la réussite de la PKSF et quelles sont les erreurs spécifiques que le gouvernement du Bangladesh a pu éviter en créant la PKSF ?
Les principes : en premier lieu, la mission de la PKSF est claire et simple et le mécanisme de mise en œuvre est souple et libre de toute ingérence bureau-crate. Le deuxième principe est que la PKSF opère selon un système de coopération amicale, par exemple, nous traitons nos clients en partenaires, nous leur donnons ce nom et nous travaillons en collaboration étroite avec les ONG et avec nos partenaires. En troisième lieu, la PKSF est administrée par un personnel expert et profes-sionnel entièrement voué à la tâche fixée. Le quatrième principe est que la PKSF possède des systèmes de gestion d'information et de comptabilité excellents, ce qui lui donne de très bons moyens de contrôle. Et en dernier lieu, la PKSF reçoit d'excellents conseils de la part de son conseil d'administration et du conseil général des membres. Ce sont les cinq principes très simples de la PKSF.

Quelle est l'importance du personnel employé ?
En ce moment, je dirige environ 121 employés.

Comment sont choisis les membres du conseil d'administration ? Comment est choisi le directeur général ? 
Le gouvernement désigne trois des membres du conseil d'administration, dont le président. Le directeur général est choisi par le conseil après sélection par un comité de recherche. J'ai été nommé parmi trois cents candidats par le conseil d'administration, à la suite de la recommandation du comité de recherche. Les trois derniers administrateurs sont des universitaires ou travaillent avec des ONG, etc., et sont élus par le conseil général chaque année.

Comment la PKSF choisit-elle les programmes qu'elle subventionne ?
Toutes les organisations partenaires peuvent nous adresser une demande si elles sont intéressées. Le critère, de loin le plus important, est que l'institution doit offrir des programmes de microcrédit aux pauvres et aux non propriétaires terriens: c'est la toute première chose que nous vérifions sur leur demande. Deux autres critères importants sont la présence en milieu rural et l'importance accordée aux femmes. A partir de ces critères, nous évaluons leur demande : le rapport d'activité, le rapport d'audit, la composition du conseil d'administration – car nous reconnaissons l'importance des personnes qui apportent leur soutien à une organisation —, nous effectuons une espèce d'audit social. C'est sur cette base que nous opérons une première sélection, en posant un grand nombre de questions. Ensuite, nos animateurs leur rendent visite sur le terrain : ils se rendent à leurs bureaux, dans la région et s'entretiennent avec les bénéficiaires du programme. Ils vérifient que cette organisation fonctionne réellement. Il s'agit donc d'une visite approfondie sur le terrain, à la suite de laquelle ils peuvent écrire une recommandation finale et la présenter au conseil d'administration. Les critères de sélection sont donc très rigoureux et le procédé est plutôt systématique.

Quels genre de comptes-rendus la PKSF demande-t-elle des programmes subventionnés par la Fondation ?
En général, nous demandons cinq types de rapports différents. Par exemple, une liste des emprunteurs de micro prêts. Ils doivent nous donner les noms spécifiques et nous faisons des contrôles. Cela est important.
Nous leur demandons ensuite un calendrier de déboursement du prêt, c'est-à-dire les montants accordés à chaque individu – 2 000 taka à Amena, 3 000 à Rezia, par exemple. Nous leur réclamons également le rapport d'audit. Nous recevons ensuite les rapports mensuels de trésorerie et d'exploitation. Cela nous permet de connaître leurs dépenses d'administration, leurs dépenses en formation et en développement institutionnel et le montant réel consacré aux opérations de microcrédit. En dernier lieu, nous recevons un rapport mensuel sur le taux de remboursement, les prêts en souffrance et le montant de l'épargne générée.

En plus des prêts, quel est le type de formation que vous offrez ?
Nous offrons trois types de formation. L'un est au niveau de dirigeant ou administrateur des organisations partenaires. Le deuxième est celui du personnel intermédiaire, tels que les comptables et les coordinateurs sur le terrain et la dernière formation concerne les animateurs travaillant sur le terrain. Nous n'offrons pas de formation pour les bénéficiaires, car c'est le rôle des organisations partenaires elles-mêmes. La PKSF a offert quelques prêts sans intérêts aux organisations partenaires qui avaient besoin d'acheter, par exemple, des vélos, des motos et des ordinateurs. Nous avons accordé des prêts sans intérêts d'un montant d'environ 2,3 millions de $US. Ce qui signifie qu'ils n'ont pas besoin de verser d'intérêts pendant trois ans. Nous offrons ce genre de motivations pour encourager nos organisations partenaires à augmenter leurs compétences.

L'un des thèmes fondamentaux du Sommet est d'avoir un impact, d'aider les pauvres à s'élever au dessus de la pauvreté. Possédez-vous des critères dans ce domaine ?
Nous avons chargé l'Institut d'étude sur le développement du Bangladesh (BIDS) d'effectuer une étude longitudinale multi-période sur trois ans. Nous y consacrerons environ 400 000 $US. Nous étudierons 3 000 foyers pendant trois ans pour voir de quelle manière s'est améliorée leur situation de départ à la fin de la période d'étude, en l'an 2001. Nous voulons également observer l'impact sur le niveau de leur revenu, leur éducation et sur le bien-être général de leur famille. En fait, nous possédons environ 11 indicateurs [d'impact]. Le premier indicateur, le tout premier, est le niveau de revenus. Le deuxième est la ration alimentaire et nutritive. Le troisième indicateur est celui du logement et le quatrième celui de la terre. S'ils obtiennent un prêt, ils peuvent acquérir un terrain et s'élever au-dessus du niveau des sans-terre. Les indicateurs suivants portent sur l'éducation, les conditions sanitaires et l'eau potable. Ce sont les indicateurs très simples que nous aimerions observer – et aussi s'ils ont une maison avec un toit en tôle. Nous essayons donc d'évaluer l'impact du microcrédit sur les pauvres à l'aide de ces indicateurs.
Le défi qui se présente à la PKSF est de pouvoir toucher les plus pauvres d'entre les pauvres. En fait, les pauvres que nous n'avons pas réussi à toucher : les 10 pour cent ou 15 pour cent de ceux que nous appelons les pauvres chroniques, ceux dont la ration alimentaire quotidienne est inférieure à 1 800 calories. C'est l'un de nos buts à l'avenir. Le deuxième problème est celui des participants multiples, des personnes qui appartiennent à deux ou trois institutions de microfinance.
Le troisième défi est de tenter d'apporter des prêts aux micro-entreprises pour les membres innovateurs et expérimentés du programme de microcrédit. Le quatrième défi est celui posé par la lutte contre la pauvreté en milieu urbain. Et en dernier lieu, le plus important : la PKSF est en train d'essayer d'édifier une sorte de cadre juridique. Vous savez que les ONG qui reçoivent et octroient des fonds ne font partie d'aucune structure stricte concernant les produits et services financiers. La banque Grameen est une banque qui a fait l'objet d'une loi adoptée par le Parlement. Mais les autres ONG ne bénéficient pas d'une telle loi. C'est pour cela que la PKSF est en pourparlers avec le gouvernement et la banque centrale pour établir une structure juridique adéquate pour le microcrédit.
Il faut qu'il existe une autorité juridique quelconque permettant à ces ONG de mobiliser l'épargne et d'offrir un rendement à cette épargne. Parce qu'il n'existe aucune structure légale pour le moment.

Avez-vous regardé ce que font les autres banques centrales ou les autres gouvernements, ou toutes vos idées prennent-elles naissance au Bangladesh ?
Notre personnel est allé visiter des pays d'Amérique Centrale , comme la Bolivie et le Chili. Le personnel de la banque centrale s'est déplacé lui aussi. D'autres dirigeants de la PKSF, moi entre autres, ont visité de nombreuses institutions aux Etats-Unis ou dans d'autres pays. Ce qui est plus important est que nous travaillons en collaboration avec les organisations partenaires. Ce processus doit être un processus participatif. Il faut que ce soit un cadre de collaboration ouverte.
Par exemple, il faut qu'il y ait un certain cadre juridique pour que ces ONG puissent mobiliser l'épargne et également mobiliser l'épargne volontaire. Parce que c'est une sorte de service financier. Cette épargne, et une partie de ces fonds, peuvent être investis en prêts à long terme offrant un certain rendement, ce qui n'est pas forcément possible pour le moment. Par exemple, il leur est impossible d'acquérir des obligations du gouvernement avec ce genre de fonds, les économies qu'ils ont réussi à accumuler. Il n'est pas permis d'investir en obligations gouvernementales pour le moment.

À la suite des visites et des observations effectuées par les membres de votre personnel, pensez-vous qu'il existe un gouvernement qui ait réussi à élaborer un cadre juridique très positif ?
Non, personne ne [l']a encore fait. Il existe peut-être une espèce de cadre juridique en Bolivie et au Chili. Ils ont peut-être une sorte de loi, c'est-à-dire que, pour démarrer une opération de microcrédit, il faut tout d'abord s'enregistrer d'une certaine manière. Mais nous ne pourrions instituer ce genre de loi au Bangla-desh car les ONG ont déjà démarré les programmes de microcrédit. [Les programmes de microcrédit] ont déjà commencé et le gouvernement doit absolument adop-ter des lois qui puissent s'adapter à leurs besoins et à leurs situations.