Groupe de discussion sur les indicateurs et la mesure de la pauvreté, communication no 2

Nous vous souhaitons la bienvenue au deuxième numéro du Groupe de discussion sur les indicateurs et la mesure de la pauvreté de la Campagne du Sommet du microcrédit. Cette communication sera disponible par courrier électronique, sur notre site Web et, par courrier normal, pour les personnes qui la demandent. Le Groupe de discussion comptait 505 participants le 14 janvier 1998.

Objectif

La Déclaration et le Plan d'action du Sommet du microcrédit définit de façon très précise quels clients de microcrédit «comptent» pour l'objectif du Sommet, qui est d'aider les 100 millions de familles les plus pauvres du monde. Dans ce document, les «plus pauvres» sont, dans les pays en développement, la moitié la plus pauvre de ceux qui sont en deçà du seuil de pauvreté lors de leur premier prêt; dans les pays industrialisés, les “pauvres” sont toutes ces familles qui vivent en deçà du seuil de pauvreté de leur pays lors de leur premier prêt.

La définition très précise du groupe ciblé par le Sommet fournit à la fois un objectif très clair et représente en même temps un défi important. En effet, comment savoir combien des clients étaient très pauvres lors de leur premier prêt?

Le groupe de discussion sur les indicateurs et la mesure de la pauvreté a été créé pour relever ce défi ainsi que pour faciliter le contrôle des progrès faits pour atteindre l'objectif du Sommet. Le but de ce groupe est donc de parler des pratiques optimales rentables qui sont utilisées sur le terrain pour mesurer et contrôler le niveau de pauvreté des clients et ensuite, de les disséminer. Nous reconnaissons que, jusqu'à présent, la discussion a porté surtout sur les indicateurs de pauvreté dans les pays en développement, mais tout commentaire qui se pencherait sur les indicateurs de pauvreté dans les pays industrialisés sera le bienvenu.

 

Organisation du groupe de discussion

Comme point de départ du Groupe de discussion sur les indicateurs et la mesure de la pauvreté, nous avons utilisé deux extraits pris de la session «Relever le défi» intitulée « Cibler les plus pauvres et couvrir ses frais». Ces extraits de présentations faites par le professeur David Gibbons de CASHPOR (Malaysie) et John de Wit de la Small Enterprise Foundation (Afrique du Sud) portent sur les avantages que représentent l'utilisation de l'indice du logement et de la méthode d'évaluation participative rurale pour classer la richesse (EPR pour classer la richesse) et portent aussi sur l'utilité limitée d'utiliser la taille des prêts pour cibler les familles les plus pauvres à l'intérieur d'une communauté.

Vous trouverez, dans cette communication, les points suivants :

 

  1. Des citations très courtes tirées de la première communication du Groupe de discussion sur les indicateurs et la mesure de la pauvreté, intitulée « Cibler les plus pauvres et couvrir ses frais» et décrivant les trois méthodes pour mesurer la pauvreté dont il est question dans l'article (l'indice du logement, l'EPR pour classer la richesse, la taille des prêts). Vous trouverez le texte intégral sur notre site Web, ou vous pouvez en faire la demande par courrier électronique à (Gailey@microcreditsummit.org) ou par fax au 202-546-3228.

     

  2. Des extraits des commentaires que nous avons reçus entre le 14 octobre et le 1er décembre 1997 en réponse à la première communication du Groupe de discussion sur les indicateurs et la mesure de la pauvreté. Nous avons regroupé ces commentaires en fonction de la méthode dont ils parlent. Les commentaires sont suivis des réponses de M. Gibbons et M. de Wit que nous remercions pour le temps passé à revoir le premier brouillon de la présente communication et pour leurs commentaires.

     

  3. Les suggestions de l'animateur pour les discussions à venir.

 

Extraits de «Cibler les plus pauvres et couvrir ses frais» tirés de la première communication du Groupe de discussion sur les indicateurs et la mesure de la pauvreté (extraits d'une des sessions «Relever le défi» du Sommet du microcrédit de février 1997)

Indice du logement

David Gibbons, CASHPOR, Malaysie
[L'indice du logement] est une méthode basée sur l’observation des détails inhérents à la pauvreté. Une maison a trois dimensions que l’on peut voir de la route. Sans avoir à interroger qui que ce soit. Nous parcourons, de long en large, les rues d’un village à pied en notant les maisons qui remplissent les conditions requises. Nous regardons la taille en premier, les matériaux de construction ou l’état de la maison en deuxième et enfin, de quoi est fait le toit.

En fait, le toit est très révélateur et dans la plupart des pays d’Asie, c’est une méthode simple et bon marché pour différencier les très pauvres des pauvres. Chaume, bambou, brindilles, toile plastique sont autant de matériaux de couverture provisoires pour les maisons et sont sujets aux trous, aux fuites et entraînent souvent des problèmes de santé pour ceux qui y habitent. Personne ne s’abrite volontairement sous un toit de ce genre : ceux qui le font sont donc presque toujours très pauvres. Si l’on ajoute à celà la taille de la maison et des matériaux de construction très rudimentaires (boue, jute et autres), on peut facilement repérer la plupart des personnes très pauvres ...

L'évaluation participative rurale

David Gibbons, CASHPOR, Malaysie
On réunit tout le village et on découvre qui sont les plus pauvres, les moins pauvres, et ceux qui ne sont pas pauvres du tout ... Conclusion intéressante, les deux méthodes, c’est à dire l’indice du logement et l’évaluation participative, sont tout aussi rentables. Il faut compter à peu près cinq minutes pour qu'un employé chevronné évalue une maison en utilisant l’indice du logement, et à peu près cinq minutes aussi par ménage pour classer la pauvreté en utilisant l’évaluation participative.

L'utilisation de prêts de petite taille pour cibler les plus pauvres

John de Wit, SEF, Afrique du Sud
Quand on nous pose la question “pour atteindre les pauvres, un petit prêt suffit-il à les attirer?” on répond que non car cette stratégie n’a pas marché pour nous... Tout s’explique par le fait que les plus aisés ont désespérément besoin de crédits eux aussi et les seules personnes qui offrent des prêts dans la région sont des usuriers. Les plus aisés aussi ont des raisons valables pour demander des prêts. Mais ce qu’ils font, c’est qu’ils empruntent une petite somme d’argent, qui ne suffit pas à leurs besoins, dans l’espoir qu’un jour, nous leur octroierons un prêt plus important. Ils resteront avec nous pendant des années en attendant ce prêt...Pourquoi les clients pauvres, eux, n’accourent-ils pas? Et bien, parce que les clients plus aisés les intimident...

 

Commentaires en réponse à la première communication du Groupe de discussion sur les indicateurs et la mesure de la pauvreté

Nous remercions tous ceux qui ont envoyé leurs commentaires (nous en avons reçus 56). Les extraits suivants sont tirés de commentaires reçus entre le 14 octobre et le 1er décembre 1997. Nous intégrérons, une fois revues, les réponses reçues après le 1er décembre dans la troisième communication (qui paraîtra en mai 1998).

Commentaires à propos de l'indice du logement (reçus entre le14 octobre et le 1er décembre 1997)

Les deux commentaires suivants font ressortir les limites de l'indice du logement dans les quartiers pauvres urbains.

  • Dr Jacob Kurien, département des Sciences économiques, Loyola College, Inde
    L'indice du logement peut être trompeur, surtout dans les quartiers pauvres des grandes ou moyennes villes. Le coût élévé de la vie ajouté aux loyers prohibitifs font que les gens habitent dans des logements délabrés. En Inde, dans les villes de Bombay, Calcutta, Delhi et Madras, on voit très souvent des postes de télé et d'autres appareils électroniques dans des maisons des quartiers pauvres.

    Patricia Fuertes, DESCO, Pérou
    ... Je crains que le simple indice du logement induise en erreur dans certains contextes. Au Pérou, par exemple, dans une ville comme Lima, les conditions météorologiques permettent aux pauvres et aux très pauvres de vivre dans les mêmes situations précaires. Du fait qu'il ne pleut jamais et qu'il y a très peu de vent, leurs maisons peuvent avoir des toits semblables faits de matériaux insuffisants, mais, par contre, on trouve dans certains de ces logements, des télés, des radios et autres. Des cas de ce genre ne sont pas rares. Nous ne pouvons donc pas nous fier à l'état du logement pour identifier les plus pauvres....

     

Le commentaire suivant confirme l'opinion de M.Gibbon exprimée dans «Cibler les plus pauvres et couvrir ses frais» sur le fait que l'indice du logement ne convient pas comme outil de mesure de la pauvreté dans les régions qui bénéficient d'un programme public de logement.

 

  • Ramesh Bellamkonda, Inde
    Dans la région où le premier bureau sur le terrain de BSS a vu le jour, dans les environs de Hebbur, Tumkur District, (à peu près à 100 km de Bangalore en Inde du sud), notre première enquête sur le terrain a bien démontré les désavantages de l'utilisation de l'indice du logement. Un des employés de BSS qui nous accompagnait a constaté que les bonnes maisons étaient le résultat d'un programme public de logement et n'indiquaient donc pas le niveau de richesse des habitants.

Le commentaire suivant propose d'utiliser la présence (ou l'absence) de latrine sanitaire comme indice supplémentaire pour identifier le niveau de pauvreté

 

  • Ed Tongson, Haribon Foundation, Philippines
    L'indice du logement est en effet un outil rentable et simple pour trouver les plus pauvres. Dans les régions littorales, nous utilisons aussi la présence de latrine. Certaines maisons n'en ont pas, ce qui démontre que ces ménages-là n'ont pas les moyens de se construire des installations sanitaires. Les enfants dans ces endroits souffrent de maladies gastro-intestinales à cause du manque d'installations sanitaires et d'eau potable. S'ils ont un puit, l'eau peut être polluée par des bactéries coliformes provenant des déchets ménagers. Certaines maisons ont parfois des latrines extérieures que l'on peut voie sans avoir à interroger les habitants. Ceux qui n'en ont pas sont très pauvres et doivent utiliser les latrines publiques construites par le gouvernement.

     

Commentaires de M.Gibbons et de M. de Wit sur l'indice du logement (janvier 1998)

Dans la partie suivante, le Professeur Gibbons parle des conclusions tirées d'un atelier de CASHPOR en Chine au sujet de l'éfficacité de l'indice du logement qui avait été adapté aux conditions locales.

  • Un atelier de CASHPOR dans le comté de Yixean de la province de Hebei en Chine a mis à l'essai l'indice du logement, adapté aux conditions locales, pour voir si on pouvait l'utiliser pour prédire le niveau de pauvreté des ménages, déterminé par le revenu par personne. A l'exception d'un seul ménage, l'examen des ressources de tous les ménages a corroboré le niveau de pauvreté indiqué par l'indice du logement.

    Il est important que cette expérience (bien que faite sur un petit échantillon dans une seule région) prouve la justesse de l'indice du logement. Il coûte six à dix fois moins cher d'utiliser l'indice du logement que de déterminer le revenu et les biens des ménages en les interrogeant. La formation des agents de terrain est aussi beaucoup plus courte.

    Voici comment les participants de l'atelier qui s'est déroulé à Yixean ont mené l'expérience : dans leur travail sur le terrain, ils ont adapté l'indice du logement à une région dans laquelle des murs solides et des toits en ciment et en chaume s'imposent, même pour les plus pauvres, à cause des rudes hivers. Ils ont enlevé la catégorie «conditions du logement» sur leur liste de contrôle et l'ont remplacée par «conditions du mur d'enclos». En effet, dans cette région de la Chine, les gens ont l'habitude de construire un grand mur autour de l'enclos dans lequel ils ont leur maison et de le construire avec les matériaux les plus solides qu'ils peuvent s'offrir. Les gens ne souffrant pas de la pauvreté ont des grands murs en briques, tandis que les pauvres ont des murs plus bas faits de boue. La catégorie «matériaux du toit» a donc été remplacée par «matériaux du mur.» Les riches avait des murs en briques, les pauvres, en boue.

    Ensuite, cet indice du logement adapté a été mis en application, chaque participant s'occupant de 20 ménages. [Les participants] étaient divisés en trois groupes. En tout, ils ont répertorié 60 ménages. Bien que leur formation n'ait pas duré longtemps, on a pu constater très peu de variations dans les résultats des trois groupes. Ce fait semble indiquer que l'indice soit un outil fiable d'identification, puisque les résultats sont à peu près identiques même quand il est utilisé par des personnes différentes.

    On a ensuite utilisé les résultats de l'indice des 60 maisons pour les diviser en trois catégories : «pauvres» (6 points ou moins), «cas limites» (7 points) ou «non pauvres» (8 points ou plus). On a ensuite choisi 18 maisons au hasard, 12 venant de la catégorie «pauvres» et 6 de la catégorie «non pauvres».

    Des enquêteurs qui ignoraient les résultats trouvés par l'indice du logement ont visité les 18 maisons et ont obtenu des renseignements sur le revenu du ménage. Les résultats de cette enquête, mesurés en utilisant le niveau officiel de pauvreté par personne, a corroboré les prévisions faites avec l'indice du logement.

    L'enquête sur le revenu a montré que 17 des 18 ménages tombaient dans les catégories «pauvres» et «non pauvres»comme l'avaient prévu les tests de l'indice du logement. Un seul ménage que l'indice du logement avait placé dans la catégorie «pauvres»s'est révelé appartenir à la catégorie des «non pauvre»d'après l'enquête sur le revenu. L'atelier a conclut que l'indice du logement, quand il est adapté aux circonstances locales, est un indicateur fiable et rentable du niveau de pauvreté des ménages, sauf dans certains cas limites.

    Il est clair que cet indice est un outil fiable et valable pour cibler un grand pourcentage des ménages pauvres, mais, qu'en même temps, pour être fiable dans les contextes asiatiques, il faut l'adapter aux circonstances locales. C'est d'ailleurs un travail qui vaut bien la peine puisque cette méthode réduit de six à dix fois les frais d'identification de la population cible.

     

Dans le commentaire suivant, M. de Wit se base sur son expérience avec la Small Enterprise Foundation pour constater que l'indice du logement ne s'est pas révelé efficace dans les régions rurales de l'Afrique du Sud

 

  • Au début, la SEF utilisait l'indice du logement pour identifier les très pauvres, mais cette méthode nous a posé des problèmes dans notre contexte, et, nous avons donc commencé à la remplacer par la méthode EPR pour classer la richesse ... Dans notre travail en régions rurales de l'Afrique du Sud (là où le logement est un des indicateurs clés de la pauvreté et de la richesse) un système qui se base de façon exclusive sur les conditions extérieures du logement [pour cibler les ménages très pauvres] s'est révelé trop inexact pour être acceptable ...

Commentaires sur la méthode d'évaluation participative rurale (EPR) (reçus entre le 14 octobre et le 1er décembre 1997)

Les deux commentaires suivants indiquent les points faibles éventuels de l'EPR pour mesurer le niveau de pauvreté

 

  • SAFWCO, Pakistan
    [En ce qui concerne] l'EPR ...c'est-à-dire qu'un membre d'un ménage dresse la liste de ses biens et qu'on lise la liste ensuite à haute voix devant le village, et que le village ensuite classe le niveau de pauvreté -- il y a toujours la possibilité que la liste des biens ne soit pas juste et que certains villageois fassent pression, ce qui peut mener à des disputes entre eux.

     

  • Dr Jacob Kurien, département des Sciences économiques, Loyola College, Inde
    ...Le plus grand défi [de l'EPR] est de recueillir des renseignements fiables sur la quantité et la valeur des biens matériels et du bétail. De plus, il n'existe pas de papiers ou de documents officiels pour suivre les droits de propriété. Il faut donc se fier à des témoignages oraux, qui sont naturellement subjectifs et partiaux.

Le commentaire suivant fait la comparaison entre l'indice du logement et l'EPR en Afrique, et souligne que les deux méthodes sont relatives

 

  • Richard Smiley, USA
    Dans certains villages que j'ai visités en Afrique, la comparaison des maisons à l'aide d'un indice du logement est très utile pour identifier les plus pauvres. Par contre, dans d'autres villages, cette méthode ne marche pas du tout car la plupart des familles ont des maisons quasiment identiques du point de vue de la taille, de la forme et de la construction ... Par conséquent, il me semble qu'il vaudrait plutôt prôner la méthode EPR comme moyen efficace pour identifier les pauvres. Elle a l'avantage inné de demander l'opinion des membres de la communauté sur ce que cela veut dire d'être pauvre dans leur communauté.

    Un des dangers de cette méthode, par contre, (voir la description dans l'extrait) est qu'il serait possible de classer un ménage comme pauvre quand il ne l'est pas vraiment... Quant à savoir si toutes ces familles seraient d'accord pour faire la liste véritable de tous leurs biens, cela reste à voir.

    Il faut signaler aussi que ces deux indicateurs sont en fait des mesures de pauvreté relatives. Quand l'EPR classe un ménage comme étant pauvre, c'est en comparaison des ménages du village. Le ménage en question pourrait bien se débrouiller par rapport aux ménages du village d'à côté, mais cette méthode ne l'indiquerait pas...

    Ce qui me mène à la conclusion qu'il y a vraiment deux étapes à franchir pour identifier la pauvreté : 1) Identifier les régions les plus pauvres de façon générale (en utilisant, par exemple, des indices de santé, tels que le taux de mortalité chez les enfants au dessous de cinq ans, ou des indices économiques tels que le revenu) 2) Aller ensuite dans les régions identifiées de cette façon et utiliser les indicateurs de pauvreté relatives, mentionnés ci-dessus, pour identifier les plus pauvres à l'intérieur de ces régions. Nous devons nous pencher sur l'élaboration de politiques solides aussi bien pour la première étape que pour la deuxième.

     

Commentaires sur l'évaluation participative rurale de M. Gibbons et de M. de Wit (reçus en janvier 1998)

M. de Wit décrit la méthodologie EPR pour classer la richesse utilisée par la Small Enterprise Foundation

 

  1. Nous n'essayons pas de nous renseigner sur la richesse véritable des gens. Nous mesurons la richesse relative. Nous ne demandons donc pas à chaque ménage de dresser la liste de ses biens et de ses valeurs. Nous avons découvert que les gens sont souvent très sensibles quant à leur richesse : il n'aiment pas en donner les détails, surtout en public. Notre travail se base donc sur leurs opinions de la pauvreté et de la richesse. Une première discussion se concentrera sur les idées et sur les caractéristiques des personnes pauvres et ce qui fait la différence entre les très pauvres et les pauvres, par exemple. Nous mettons aussi les noms des ménages sur des cartes individuelles et nous demandons aux gens de les trier en piles différentes, basées sur le niveau de richesse -- pauvre, plus pauvre, un peu mieux nanti, etc.

     

  2. Nous ne demandons pas à tous les gens du village de se réunir. La plupart des villages dans lesquels nous travaillons ont au moins trois milles habitants; certains en ont le double, et il serait donc impossible d'impliquer tout le monde. Nous utilisons donc des petits groupes représentatifs qui nous renseignent sur le village. Nous commençons par nous mettre en contact avec les structures représentatives du village pour parler de notre travail éventuel dans le village et pour s'occuper de la logistique. Ensuite, nous organisons une réunion pendant laquelle une cinquantaine ou une centaine de personnes dessinent la carte du village tout entier sur le sol et où figurent tous les ménages; différentes personnes y participent. Après ceci, nous mettons en place plusieurs groupes représentatifs de trois à six personnes venant de chaque partie du village. Ce sont ces groupes qui font le classement.

     

  3. Le contrôle de ce processus est indispensable. L'opinion d'un groupe représentatif pouvant être partiale, nous utilisons au moins trois groupes par section du village. En général, les résultats des trois groupes se ressemblent beaucoup, ce qui garantit que les résultats reflètent correctement la perception qu'ont les gens du village du classement de richesse. Il est en effet peu probable que trois résultats semblables fassent tous l'objet de préjugés. Une faible corrélation entre les résultats indique que le processus de classement a été médiocre ou que les participants ont manipulé les résultats. Dans de tels cas, nous abandonnons les résultats et nous recommençons. Les quelques résultats incohérents sont vérifiés en rendant visite aux ménages en question s'ils font une demande d'emprunt.

     

  4. Le degré de précision (détails) est aussi lié au contrôle. En utilisant trois piles [très pauvre, pauvre, non pauvre, on n'obtient pas les précisions nécessaires pour bien classer les ménages du village ... SEF laisse les participants faire autant de piles qu'ils veulent. En général, une bonne animation de ces séances (demander si deux cartes appartiennent vraiment à la même pile, ou s'il y a une différence entre elles) aboutit à la formation d'un nombre élevé de piles (5 ou 6, mais quelquefois jusqu'à 10). On utilise un système pour compter les points de chaque pile pour ensuite calculer la moyenne. On donne des valeurs aux différences entre les points pour un même ménage de façon à déterminer si les résultats des différents groupes représentatifs sont cohérents ou non.

     

Professeur Gibbons fait des remarques sur l'efficacité de l'EPR pour classer la richesse dans les villages asiatiques

 

  • D'après mon expérience, l'EPR pour classer la richesse est une méthode fiable pour dresser la liste des biens de ménages et pour déterminer leurs valeurs. Dans un village asiatique typique, tout le monde connaît les biens de tout le monde. Si quelqu'un ne déclare pas un de ses biens, il y a toujours quelqu'un pour leur demander «Et ta vache,etc?». De plus, tout le monde sait combien les choses ont coûté.

    Le grand inconvénient de l'EPR pour classer la richesse c'est que, en tant qu'outil de ciblage, il encourage l'inclusion plutôt que l'exclusion. Puisque toutes les personnes participant aux réunions se rendent compte qu'il y a quelques avantages à tirer d'être classer comme pauvre, les participants ont tendance à vouloir inclure des parents ou des amis pas si pauvres, tandis qu'eux essayent de leur côté d'être inclus. On peut contrôler ce phénomène au moins en partie en imposant des limites pour les biens ou en créant plus de catégories. Au lieu de trois catégories (plus pauvre, pauvre, non pauvre), ou d'ailleurs, on trouve très peu de non pauvre, on peut, par exemple, en utiliser cinq (plus pauvre, très pauvre, pauvre, pas si pauvre, et non pauvre). Si on le fait avec soin, on se retrouve avec une meilleure distribution.

    Il est vrai que l'EPR a tendance à mesurer la pauvreté relative à l'intérieur d'un village; mais elle peut être adaptée pour identifier les pauvres absolus, c'est-à-dire, ceux qui n'ont pas assez de nourriture, etc. Quant à l'indice du logement, un toit provisoire qui a des fuites, c'est aussi un signe absolu.

     

Commentaires sur l'utilisation de la situation géographique pour identifier la pauvreté, (reçus entre le14 octobre et le 1er décembre 1997)

La remarque suivante indique comment on peut utiliser les indicateurs socio-économiques régionaux pour identifier les populations les plus pauvres dans un pays

 

  • Ana Luiza Estrada Galarza, FIRA Banca de Mexico, Mexiqu
    Dans mon institution, les groupes de producteurs ruraux les plus pauvres sont identifiés par le fait qu'ils viennent des régions connaissant un niveau élévé de précarité, un manque de services publiques, un manque de travail et d'emplois rénumérés, des revenus bas, une isolation et une dispersion géographique, ainsi que des activités productrices destinées à la subsistance. On peut aussi y rajouter la présence d'autres indicateurs sociaux de la pauvreté tels que des taux élevés d'analphabétisme, de mortalité infantile, une sous-alimentation, et une courte espérance de vie ...

    En premier lieu, le Institutio Nacional de Estadística, Geografía e Informática [l'Institut national de statistiques, de géographie et d'informatique] a publié un document intitulé «Niveles de Bienestar en Mexico» [Niveaux de bien-être au Mexique] dans lequel il catalogue les différentes variables touchant à ce sujet. En prenant cette classification comme base, au niveau des municipios (le Mexique divise ses états en unités administratives appellées «municipios»), on peut déterminer quelles communautés sont les plus sous-développées. Après cette étape, il est peut être nécessaire de trouver des caractéristiques plus précises, mais puisque ces communautés connaissent un niveau de précarité si élevé, on peut supposer que la population entière [dans un municipio donné] appartient à la catégorie des «plus pauvres» au Mexique.

     

Commentaires de M. Gibbons et de M. de Wit sur l'utilisation d'indicateurs approximatifs tels que la situation géographique pour mesurer la pauvreté, (reçus entre le14 octobre et le 1er décembre 1997)

Le professeur Gibbons nous met en garde contre l'utilisation exclusive de la situation géographique pour identifier les plus pauvres

 

  • Quand on n'utilise que la situation géographique pour identifier les pauvres, on peut s'attendre, dans presque tous les cas, à une infiltration des non pauvres puisque chaque région compte parmi ses habitants des ménages non pauvres (les leaders la plupart du temps). Néanmoins, cette méthode peut constituer une première étape rentable. Quand on l'utilise en conjonction avec l'indice du logements et l'EPR, ou avec l'un ou l'autre, là où c'est nécessaire, elle peut représenter une stratégie rentable.

     

M de Wit fait la distinction entre la nécessité du point de vue de l'exploitation de fournir des services à l'intérieur d'une zone limitée et la nécessité stratégique d'offrir des services aux clients les plus pauvres

 

  • En Afrique du Sud rurale, même si un village se trouve dans une région administrative que l'on peut considérer très pauvre, on peut s'attendre à trouver un pourcentage considérable de ménages relativement bien nantis. Proposer des services à tous les habitants d'une telle région profiterait presque certainement aux clients non pauvres plutôt qu'aux pauvres.

    Les personnes qui font partie de la population ciblée [les femmes ou les familles très pauvres, par exemple] par un programme de microcrédit destiné aux très pauvres peuvent très bien habitées dans des régions géographiques dispersées. Toutefois, les chances de succès et l'impact de l'organisation sont déterminés par un nombre élévé de clients se trouvant dans une région restreinte. Il est donc logique de se servir des données que l'on peut trouver, du moment qu'elles sont justes, pour se concentrer dans ces régions connaissant une forte concentration de personnes très pauvres. La SEF a adopté la même stratégie que la FIRA [voir ci-dessus]. Il faut absolument garder en tête, par contre, que cette méthode ne choisit pas les pauvres. Elle facilite la rentabilité de l'exploitation, mais n'aide pas à cibler les pauvres.

     

Commentaires à propos de l'utilité des entretiens porte-à-porte pour trouver des clients possibles, (reçus entre le14 octobre et le 1er décembre 1997)

Les commentaires suivants portent sur l'utilité des entretiens avec les clients ou les ménages pour déterminer le niveau de pauvreté des familles.

 

  • SAFWCO, Pakistan
    Les animateurs de notre organisation utilisent cette méthode pour identifier les pauvres : ils vont dans les rues du village et rencontrent les personnes chez elles, prennent en note les conditions du logis et posent des questions sur les membres de la famille, les sources de revenu, les dépenses, l'alimentation et constatent la condition physique des habitants, ainsi que leur état de santé. Pendant la visite, les membres de l'organisation du village, qui connaissent de façon intime la condition des personnes rurales, sont accompagnés par les animateurs. A la suite d'une discussion avec les organisateurs du village, ils peuvent classer les démunis. Cette méthode est fiable à 90 %, mais a l'inconvénient de prendre plus de temps que celle décrite par M. Gibbons et M. de Wit. D'ailleurs l'indice du logement répond bien aux besoins de notre région, et je pense que si nous décidons d'utiliser cette méthode, nous aurons plus de succès, non seulement pour identifier les pauvres, mais aussi au niveau de la rentabilité.

     

  • H.S. Shylendra, Institute of Rural Management, Inde
    Dans les programmes de crédit mis en oeuvre par le gouvernement, tel que le Integrated Rural Development Programme (IRDP), on utilise le seuil de pauvreté officiel (actuellement 11000 Rs par an) comme critère de base, la caste pouvant servir de facteur supplémentaire. On doit faire une étude des ménages et les autorités locales dressent une liste à partir des revenus. Les ménages se trouvant en deça du seuil de pauvreté sont classés ensuite par rapport à leur revenu dans les catégories «pauvres», «très pauvres», «très très pauvres» et «indigents». Jusqu'à récemment, l'IRDP a cherché à atteindre les plus pauvres parmi les pauvres, ceux qui se trouvent aux plus bas échelons. On donne la préférence aux ménages appartenant aux classes sociales les plus désavantagées, telles que les castes reconnues par le gouvernement...

    L'IRDP est un programme important à l'échelle nationale visant à réduire la pauvreté. La haute administration s'attendait à ce qu'il contribue de façon très importante à la reduction de la pauvreté, mais l'IRDP n'est pas parvenu aux résultats espérés... Il a surtout échoué du fait que ses ressources ont été utilisées en grande partie pour l'aide des groupes non ciblés... La sélection des pauvres ne pouvait pas être sans failles pour de nombreuses raisons... L'étude des ménages a démontré que les revenus des ménages étaient invariablement amoindris. En espérant recevoir des avantages tels qu'une allocation ou du crédit à bas prix, les ménages voulaient être classés comme étant pauvres. De plus, les études étaient faites par des gens non formés, ce qui a eu comme résultat, des estimations de revenu peu scientifiques. Cependant, deux facteurs ont contribué à contenir une grande fuite de ressources vers les groupes non ciblés : premièrement, l'existence d'une directive obligatoire imposant qu'un certain pourcentage des ménages se trouvent dans les castes reconnues officiellement; deuxièmement, le fait que la liste des ménages vivant en deça du seuil de pauvreté doit être approuvée par les anciens du village. Le premier facteur est un outil d'auto-ciblage puisque la plupart des ménages appartenant aux castes officielles sont pauvres. Il a été utilisé partout dans le pays et a garanti qu'au moins une partie des participants soient parmi les plus pauvres. Le deuxième facteur profite de l'expérience et des connaissances collectives du village pour trouver les pauvres de façon participative. Là où il a été utilisé, il a contribué aussi à trouver les vrais indigents.

     

Commentaires de M.Gibbons et M. de Wit sur l'utilité du entretiens porte-à-porte pour mesurer la pauvreté, (reçus en janvier 1998)

Le professeur Gibbons parle des limites des entretiens

 

  • Les entretiens avec les ménages sont bien connus pour être peu fiables et peu rentables. Ils ne devraient être utilisés que dans les cas limites, et seulement par des employés chevronnés. De plus en plus, il existe des différences sociales et économiques entre les membres des castes reconnues officiellement en Inde. Il est toujours rentable d'aller d'abord dans de tels villages, mais il faut aussi absolument utiliser une autre méthode comme l'indice du logement ou l'EPR dans le village-même. Sinon, la moitié supérieure profitera de la plupart des bénéfices.

M. de Wit parle de l'expérience de la SEF en ce qui concerne la porte-à-porte pour déterminer le niveau de pauvreté de chaque ménage

 

  • La SEF utilisait autrefois la méthode du «test sur la pauvreté». Elle était basée sur une liste détaillée d'indicateurs approximatifs de pauvreté qui prenait en compte les conditions extérieures de la maison du client éventuel et aussi les conditions à l'intérieur, c'est-à-dire, les biens. Cette méthode prenant beaucoup de temps et n'étant pas rentable, nous l'avons remplacée par l'indice du logement et, plus récemment, par l'EPR pour classer la richesse. Quand on essaye de recueillir des données réelles sur le revenu et les dépenses plutôt que d'utiliser des indicateurs approximatifs, il y a toujours un risque que les données recueillies aient été faussées. Les études sur le revenu et les dépenses ont la réputation d'être éronnées et sujettes aux déformations intentionnelles de la part des personnes interviewées -- soit par le haut, soit par le bas, tout dépend des bénéfices qu'elles espèrent en tirer. Il faut beaucoup de temps pour établir des relations de confiance avant que ce genre d'études puissent donner des résultats justes.

Commentaires sur l'utilisation d'indicateurs approximatifs tels que l'activité économique pour mesurer la pauvreté, (reçus entre le14 octobre et le 1er décembre 1997)

Les deux commentaires suivants décrivent deux façons différentes d'utilisation de l'activité économique, ou de l'endroit où l'activité a lieu pour atteindre les clients les plus pauvres

 

  • H.S. Shylendra, Institute of Rural Management, Inde
    SEWA essaye de cibler ses membres en travaillant presque exclusivement avec des femmes qui mènent des activités typiques des ménages à bas revenu. On retrouve des personnes telles que des marchands ambulants, des travailleurs à domicile, des chiffoniers, des travailleurs. Le genre d'activité sert dans ces cas-là d'indicateur approximatif du niveau de revenu.

     

  • Association des Artisans Sénégalais, Sénégal Un grand nombre d'entre eux [les artisans] travaillent dans des terrains squattés (peu sûrs), l'indice le plus objectif qui nous permet de repérer la situation sociale de ces artisans. C'est d'abord l'impossibilité de construire ces ateliers; ce sont plutôt du matériel récupéré (tôles zinc) qui servent de clôture à ces ateliers. Dans certains corps de métier ces derniers sont installés dans ces sites (isolés) n'y disposent pas d'eau, encore moins d'électricité. Ils sont souvent aussi l'objet de déguerpissement. Certains restent ainsi longtemps sans reprendre leurs activités. L'efficacité de cet indice est lié au fait que ceux-ci se retrouvent toujours en groupe dans une même zone (terrain non encore viabilisé). Tout travail d'identification peut se faire en quelques minutes.

Commentaire de M. de Wit sur l'utilisation d'indicateurs approximatifs tels que l'activité économique pour mesurer la pauvreté, (reçu en janvier 1998)

M. de Wit fait remarquer que le meilleur moyen de voir si un indicateur approximatif est fiable consiste à regarder le nombre de mauvaises réponses (l'identification d'un ménage comme étant pauvre quand il ne l'est pas, par exemple)

 

  • Les indicateurs approximatifs dépendent du contexte géographique. En fonction de la situation, ils donnent des renseignements plus ou moins justes. Il faut donc absolument déterminer la fréquence des cas «exceptionnels» (lorsque que quelqu'un est classé incorrectement) pour ensuite se mettre d'accord, au sein de l'organisation, sur le niveau d'inexactitude acceptable.

 

Autres sujets de discussion

Le Groupe de discussion sur les indicateurs et la mesure de la pauvreté a pour objectif de trouver un accord général en ce qui concerne les outils de mesure de la pauvreté qui se sont révélés être un succès dans des régions et des contextes différents.

Nous vous invitons à nous communiquer vos commentaires quant aux méthodes traitées dans la communication no 2 du Groupe de discussion sur les indicateurs et la mesure de la pauvreté : l'indice du logement, l'évaluation participative rurale pour classer la richesse; l'utilisation d'indicateurs approximatifs tels que la situation géographique pour déterminer le niveau de pauvreté; porte-à-porte pour trouver des clients potentiels; l'utilisation d'indicateurs approximatifs tels que l'activité économique pour déterminer le niveau de pauvreté.

Les commentaires devraient portés sur :

 

  1. Les défauts éventuels de l'outil : cet outil est-il efficace pour identifier la moitié la plus pauvre de ceux qui sont en deçà du seuil de pauvreté dans votre communauté, votre région, votre pays? Si non, pourquoi?
  2. La vérification de l'efficacité de l'outil : décrivez les expériences de votre organisation si cet outil identifie la moitié la plus pauvre de ceux qui sont en deçà du seuil de pauvreté de façon efficace. A votre avis, quelles sont les raisons de son succès? Comment savez-vous qu'il est efficace?

  3. L'amélioration de l'outil : Avez-vous modifié cet outil? Si oui, comment? Pourquoi ces modifications sont-elles efficaces?

     

Tout commentaire sur des outils de mesure de la pauvreté que nous n'avons pas encore traités sera le bienvenu. En tous les cas, les commentaires les plua adaptés sont ceux qui :

 

  • décrivent, avec le plus de précision possible, une méthodologie utilisée actuellement pour identifier le niveau de pauvreté des clients

    et qui

     

  • parlent des points forts et des points faibles de cette méthodologie, vis-à-vis de sa rentabilité pour le programme et la justesse de ses résultats pour identifier la moitié la plus pauvre de ceux qui sont en deçà du seuil de pauvreté dans les pays en développement (ou pour identifier ceux qui sont en deçà du seuil de pauvreté dans les pays industrialisés)